‹ Si la guerre est bienfaisante?Chapitre 3 sur 12 · LA REVUE DE PAB · texte numérisé non relu

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de la nation française ; mais ce serait une grande injustice de ne pas reconnaître que le Parlement avait le devoir d'user du son droit de contrôle, qu'il en a utilement usé, qu'il a efficacement contribué aux œuvres de la défense nationale.

Quant à la France, qui semblait divisée en tant.de partis dont aucun n'était capable de créer un ordre, piétinante, rétrogradante, calomniée par elle-même, dédaignée ou même méprisée par l'étranger, elle a, jetant son masque, révélé son vrai visage. Un même amour lui ordonna le même devoir, et clic obéit ; ou plutôt, il n'y eut ni commandement, ni obéissance; poinl de réflexion ; point de délibération : un mouvement naturel, un phénomène d'instinct profond et sûr.

Il ne Vient pas à notre esprit, bons cl lidèles alliés que nous sommes, de nous préférer à nos vaillants alliés, grands et petits ; nous savons la part de chacun d'eux dans l'œuvre commune; tous nous les admirons eu pleine sincérité; mai-; les circonstances nous ont donné dans ce grand drame un rôle d'une grandeur particulière.

« Il faut en finir avec la France », avait dit l'empereur Guillaume au roi des Belges dans une visite qu'il lui fit, deux ans, je crois, avant la guerre. Ce mot impénal, Bernhardi et bien d'-mlres l'ont répété; toute l'Allemagne l'a pensé. C'est pourquoi le grand etïort initial porta contre nous. Si, après l'écrasement de l'admirable Belgique., après notre fléchissement, nous ne nous étions retournés, criant le halte-là. par quoi fut arrêté l'ennemi; si, depuis, nous ne l'avions contenu, malgré la fureur et la puissance de ses attaques, la misérable petite armée » du maréchal French ne serait pas devenue la splendide armée anglaise d'aujourd'hui ; la Bussie eùl élé réduite à une défensive pénible; la Serbie ne survivrait pas dans son armê^; c'eût été une folie insigne de la part de l'Italie et de la Roumanie que de risquer leur fortune dans cette guerre. Il avait raison, l'ennemi Guillaume, de vouloir en finir avec la France ; tout ensuite devenait facile. Or, que serait-il advenu après la victoire allemande?

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Plus tard, quand la victoire des Alliés aura liai do dissiper les nuages énormes amoncelés par le mensonge allemand, toute la hautaine doctrine de l'hégémonie germanique apparaîtra. On verra qu'après la défaite des Alliés, il ne serait plus resté que les États-Unis à mettre a la raison et des Allemands ont dit que l'Allemagne n'y manquerait pas — , pour que le monde entier fût soumis humblement : personne, rien n'aurait remué nulle part — Guillaume II l'a dit en propres termes — sans l'agrément de l'Allemagne. Le monde se serait accommodé aux fins et convenances de l'unique empire. Car, voilà bien ce qu'ils voulaient. Ils le nient aujourd'hui; Us osent, ces effrontés, le nier; mais on leur resservira Unis propres paroles, non pas des paroles de premiers venus, mais des paroles de grands intellectuels, de chefs d'armée, de ministres, de chancelier, d'empereur. Rassemblées, ces incroyables mais authentiques paroles, témoigneront d'une folie mégalomane, coordonnée en doctrine comme un système de philosophes. On y ajoutera les propos de mépris et de haine à l 'adresse de tous les autres peuples, et puis tant d'attentats commis contre le droit et l'humanité, tels qu'on n'en trouve pas de pires dans l'histoire, si riche pourtant en pages sinistres ; et puis encore ces cris de joie saluant, exaltant les noyades ou les massacres de foules sans armes. Ces paroles et ces actes, — invraisemblables, mais authentiques - seront autant de témoignages de la haine et de la férocité allemandes, innées, congénitales, haine et férocité de brutes. Ah! si l'on pouvait admettre qu'une guerre comme celle-ci ne doit pas être terminée par un traité semblable a tous les traités, qu'elle doit être conclue par un jugement en forme, quelle série de considérants précéderaient la condamnation ! Les peuples y verraient de quels périls les Alliés les ont préservés. Jamais impérialisme ne fut autant odieux que. celui que rêvait et rêve encore la folle Allemagne.

Mais déjà les peuples ont commencé à comprendre. Chez tous, le nombre de ceux qu'on appelle les proalliés augmente de jour en jour. Or, nous pouvons bien dire (pie la France a une part privilégiée dans ce concert de sympathies. On reconnaît la grandeur et l'efficacité de notre action. Des millions de cœurs humains ont battu au nom de Verdun. On salin- la

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rrsunvcfionde la France. Nous recevons des témoignages d'admiratioa, mftme des déclarations d'amour qui nous sonl très

douces. ■ , ,

Allons-nous dune redevenu vains? Certes, nous l'avons cU ; mais nous ne le sommes pas redevenus. La gloire de nos arme? nous inspire une joie grave, une sorte d'émotion religieuse. Nous admirons nos soldats pieusement. Au vrai, de notre résurrection, nous sommes étonnes nous-mêmes :. H Est-ce bien nous? n Oui, c'est bien nous, nous, qui, pendant un demi-Siècle, avons rongé le dur frein imposé par le vainqueur, it plusieurs lois senti le vent de sa cravache.. Et voilà qu'en un moment détir, nos épaules mil porté sans faiblir le destin du monde. Nous n'avons, que faire de la vanité; nous avons droit à quelque chose de plus et de mieux, l'orgueil ; non pas l'orgueil aveugle, que suggère à r Allemagne la contemplation hypnotisante de sou gros nombril, mais l'orgueil d'être un peuplé qui, en une circonstance formijdab}?, combattant pour lui même, a combattu vraiment pour te droit, pour la justice, pour l'humanité vraiment. .

En cet orgueil, réside et respire une grande force. La France a retrouvé la foi en elle-même. C'est un événement dans notre histoire, el pas dans m.tre histoire seulement^

dans l'histoire universelle.

Alors, la guerre a donc été bienfaisante?

Oui, et, si nous voulions considérer tous les changements que nous espérons qu'elle apportera dans la vie des nations il faudrait énumérer d'autres bienfaits encore.

Mais, quand je dis « la guerre », j'entends non pas la guerre en général, in nbslracto, mais la guerre prés-'iitc. La plupart des guerres furent néfastes, sans compensation. D'une série de guerres sans profit pour l'humanité est née la Prusse malfaisante. D'ailleurs, des bienfaits de la guerre d'aujourd'hui, il n'est pas permis de tirer argument pour appuyer la thèse de la nécessité perpétuelle de la guerre. (> serait désespérer de l'humanité ; nous n'en avons pas le droit.

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Sommes-nous donc incapables de mous représenter que l'humanité a devant elle tîne Carrière indéfinie? Habituas à prendre comme mesure des temps la si Courte durée de notre vie, l'humanité nous apparaît, après cinquante siècles d'he toire, très vieille, à bout d'expériences ; et pane que. aujourd'hui encore, nous retrouvons eu elle tant d'instincts de la barbarie primitive, au lieu d'y voir la preuve que ses origin s ne sont pas si lointaines que nous le pensons, nous jugeons qu'elle n'est pas capable du mieux ». Le mot » progrès » lait sourire les pessimistes et les gens d'esprit. Pourtant, je suppose qu'il est incontestable que l'homme d'aujourd'hui vaut plus et mieux que le contemporain des rois de Mem] his> de Ninive et de Babvloue; on ne peut viaiu.eut comp relies peuples d'aujourd'hui aux troupeaux de ces despotes antiques. Voici justement une des grandes nouveautés de l'heure présente : les peuples prenant conscience d'euxmêmes. Il ne tant pas croire à la légère que leur événement au gouvernement d'eux-mêmes aura pour elïet l;i totale Cttsation de la guerre; les périples sont des personnes différentes les unes des autres, et dont les intérêts, les sentiments et les passions pourront toujours se conlrediie et se heurter; mais il est permis d'espérer que la guerre deviendra plus rare, quand la direction des affaires nationales sera enlevée aux

professionnels de la politique, négociateurs de conventions secrètes et préparateurs de conflits.

Reste le grand argument: la paix pourrirait l'humanité; l'humanité, dans la paix, croupirait. Vraiment, l'humanité n'aura plus rien à faire? Elle n'aura plus à Lutter contre les fléaux naturels et contre les fléaux de ses vices? Espiits et bras cesseront de s'employer à la domination et à l'exploitation de la matière pour accroître la puissance de l'homme et. alléger la peine du travail humain? D'autre part, dans tous les • peuples, l'idée d'une meilleure justice sociale s'affirme ; elle a fort à faire, mais elle travaille; et voilà une très grande tache, proposéeauxintelligeuccs, aux volontés, aux bonnes volontés, occasion superbe oiïerle à de dilficiles victoires sur fégoïsme et à l'esprit de sacrifice. Enfin, la grande vie intellectuelle ne s'arrêtera pas ; les génies inventeurs d'idées, inventeurs d'arts, philosophes, savants et artistes, au lieu de s'éteindre

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dans les démocraties do l'avenir, s'exalteront, le jour ou ils auront pour auditeurs et pour spectateurs tout un peuple, et, mieux que cela, l'humanité qui comprendra. Ces jours-là, ceux qui enseignent aujourd'hui que V humanité sans la guerre ne peut être qui' croupissemenl et pourriture, paraîtront d'étranges barbares.

Mais, en attendant?

En attendant, prendre ton les les précautions préventives imaginables contre une récidive, et, en même lemps, ne plus jamais perdrel i v-ue du réel; ne pascroirequ'il s'embellisse du jour au lendemain. Certainement nous sommes au printemps d'une ère nouvelle; mais a èn avril, ne te découvre pas d*un fil ». Nous garderons donc nos armes. Nous transformerons notre régime militaire, selon les leçons de la guerre, qui sont de grandes leçons très claires. Nous serons plus que jamais, mieux que jamais, la nation française en armes. Notre armée sera la principale sauvegarde de l'union sacrée, car l'esprit en sera créé par les survivants qui pourront dire : « J'étais là, nous étions là »; ils se sont tutoyés dans les tranchées, ils ont vu, comme m'a écrit un officier, « l'échelle sociale dressée sur le sol dans le sens de la longueur pour être barrière contre l'ennemi ».

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