‹ Si la guerre est bienfaisante?Chapitre 7 sur 12 · K CARAVANSÉRAIL · texte numérisé non relu

K CARAVANSÉRAIL

Le prince (un homme superbe) était marié de l'année précédante, Irène venait de naître. U princesse, de sou prénom Sophie-Daplmé, était l'hauariote. Selon l'usage el la coustitul ion de 1832, le prince était Grec de race, et prince comme on es! chef de bureau ; c'est-à-dire que Le ^uvernemenl le dégomma, sitôt qu'il v eut dans l'île des troubles de quelque importance* et des émeutes de plus de vini;t-cinq personnes. On n'a pas coutume d'appeler un chef de bureau révoque . monsieur le chef de bureau « ; maison conlinue rappeler prime un ci-devant prince de Samos. cl surtout d'appeler sa femme l princesse n : ce sont des titres de courtoisie.

Sophie-Daphnc. en ce temps-là aussi line (pie FaW tl quand il était pafte. avait su plane a son époux : d lui 8*0)1 plu bien davantage: car elle était la plus honnête tille du Phanar et de tout C.onstanlinople, mais déjà elle ai» ail passionnément le corps-z-humain. Par malheur, presque aussitôt après la naissance d'Irène, elle prit <cl ewbonpowl orienta] que depuis lors, elle détail pas arrivée à réduire. Le pnnee n'avait pas à cet égard les goûts orientaux. Il négigea Sophie* Daphné; à la première occasion, .1 h. Irompa outrageusement. Sophie-Daplmé lui avertie par son (lair, sinon tout d'abord, du moins dés quel- pnuce .m harem monté. Sophie-

Daphné ne pouvait po.nl se passer d'amour, et elle n avait pas l'embarras du bhoïx : elle tomba eu pleurant dans leBbras du secrétaire intime, chef du cabinet pblHique et surveillant des vignobles. M. Gilet ne sut pas lui résister. A SamOft, il n est pas iaeile de dissimuler une lia.sou. Le. prince exila M Gilet et la princesse, en resliluanl a cclle-e. sa dut, (|u. était considérable, et en y ajoutant une pension importante, outre la donation d'un hôtel a Paris, rue Saint-Dominique.

SopVc-I>; pbeé v étafeut avec pW 8a réside, ce. I \r ■dînait le corps humain, mais elle continuait d'être 1;. plus honnête femme du Phanar et de la Corne d'or. Ayaul imt a M Gtleî le don de soi, tllc ne concevait pas «p. elle put se reprendre ni le tromper jamais, et ,11*. ne voyait pas (p. il était fait expressément pour être trompe.

M Gilet, d- son côlé, était indélicatesse même. Les exigences deSopliie-l)aphné,qui I.' voulait toujours ifl nllnulanrr, ne lui permirent point de ch-rcher une autre proless.on lucra-

LA REVUS l" l'A m S

tive ; mais il s'obstina à n'accepter d'elle que les appointements de sa charge, sans espoir d'augmentation ; il tint à en conserver les fonctions apparentes et les divers titres, qui n'étaient aussi plus guère que des titres de courtoisie (notamment la surveillance des vignobles) ; et ce n'est que pour les besoins de ce service fictif, pour installer en quelque sorte une permanence dans l'hôtel, qu'il consentit d'y habiter une chambre de domestique.

Il dirigea l' éducation d'Irène sans avoir l'air de rien, sauva plus de vingt fois la fortune de Sophie-Daphné, et ne mit pas un sou de côté pour mi-même. Il se lit même tirer l'oreille p< ur l'épouser quand elle divorça. Il faisait avec elle un pelit ménage bourgeois : on en citerait peu de si exemplaires, el le monde était bien injuste de tourner en dérision un couple Secret emert légitime el parfaitement vertueux.

La princesse, qui avait, entre autres, la maladie du scrupule, voulut franchement avouer celte situation à sa fille dès qu'Irène atteignit Page de raison. Elle chercha des CÎrconL entions pendant près de dix années, et enfin ne trouva rien de mieux que cet euphémisme :

— Ma chère... je voulais vous dire... Monsieur Gilet.,, Il pourrait être votre père. /

Irène répondit simplement :

- - Oh ! ma pauvre maman ! Il y a beau temps que je le savais !

D'une jeune fille si bien née. ce style était peu ordinaire ; mais la princesse de Samos n'en aperçut pas d'abord l'étrangété, et la réponse d'Irène lui procura, au contraire, un immense soulagement.

Celle jeune personne si bien informée n'ignorait pas non plus qui avait tous les torts ; et trop libérale pour tenir rigueur à sa mère excusable ni au complice innocent, trop intelligente pour méconnaître ce qu'elle devait au surveillant des vignobles, elle avait aussi trop de coeur pour ne pas l'aimer beaucoup ; mais elle se croyait obligée par une sorte de bienséance à lui témoigner de la froideur, et même dans les occasions du mépris. Elle lui adressait fort rarement la parole en public : elle ne lui répondait jamais par une fin de non-recevoir lorsqu'il sollicitait la faveur d'un entretien particulier.

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