‹ Si la guerre est bienfaisante?Chapitre 6 sur 12 · I.E CAUAVAN si: RAIL · texte numérisé non relu

I.E CAUAVAN si: RAIL

Non, — dit-elle, d'un* autre voix. - et c'est justement ce que je venais l'apprendre. Je n'ai plus do porte-respect. Frseulëin est partie.

Quand donc?

— Il y a un quart d'heure.

- Sans me présenter ses devoirs !

Ellè a prétendu que tu devais être sortie. D'ailleurs, elle n a eu que le temps de filer. Elle a reçu un télégramme... qu'elle s'est abstenue de me lire, et elle a aussitùt demandé un la\i. Heureusement que sa malle était faite.

— D'avance! Mais, ma chère, tout cela est très mystérieux !

— Je suis de ton avis, pour une l'ois.

— Xc devait-elle pas nous quitter le l*"1 août pour aller faire sa cure annuelle à Carlsbad. et ensuite nous rejoindre à Dean ville?

— Oui.

— Et elle part subitement le 25 juillet sans dire pourquoi ni où elle va !... Voulez-vous que je vous dise, moi, ce que j'en pense?

— Je t'en prie.

Irène instinctivement se rapprocha de sa mère : non qu'elle se méfiât des oreilles dressées du faune ; mais l'entretien semblait devenir pathétique, et elle jugeait convenable de baisser le ton. La princesse, à rebours, poursuivit son discours sur nu ton encore plus élevé, et même à tue-tête, après avoir toutefois désigné le faune de son face-â-maiu et juré qu'il n'entendait pas un mot de français.

— Ce que j'en pense, ma chère? Vous m'accorderez que je suis fine. J'ai mes petits dcfnuls, vous aussi, mais j'ai mon nez. Oui, oui, vous pouvez rire, mon nez. (Elle renifla.) Mon nez! (Elle le frappa légèrement du bout de l'index.) Et mon nez me dit : c'est la guerre. Depuis beau temps je la sens venir. Votre Anna doit avoir reçu 1111 avis oili< -jeux. Peut-être des instructions secrètes. Qui sait si elle n'était pas une espionne? Eh? -Moi. je m'en lave les mains : c'était votre, institutrice et non la mienne, je ne me soucie pas d'être compromise. Vovez-vous que vous ayez abrité une espionne sous mon toit? Dieu puissant ! Qu'allons-nous devenir? C'est la

LA REVOIS l>»i PAIÎIS

guerre 1 Mais'dites donc quelque chose, rèpondefrjstoî 1 lVnsez-vous que ce soit lu guerre?

Gomment veux-tu que je le sache?

— Je me passerai donc de votre approbation. Celle de monsieur Gilet me suffit. Il sent la guerre. Kt vous ne nierez pas, j'imagine, que monsieur Gilet ne soit un homme extrêmement judicieux. Monsieur Uilet n'est pas le premier venu.

Oh I — lit Irène en levant les yeux vers les pampres

du plafond, — si monsieur Gilet croit à la guerre.!...

M lis la princesse poussa un cri sauvage el se mit soudain à parler russe, toujours avec la même volubilité ; elle proféra une kyrielle de mois si malsonnants qu'il élail en vérité heureux que sa fille n'en pût comprendre le sens, ni, à peine, le deviner. Elle tira du trou de sa palette son bâton de peintre Comme on dégaine un sabre, et elle en allongea un grand coup entre 1rs épaules du l'aune couché, qui pour se diverlir agitait ses [ambes velues en cadence, faisait les ciseaux, et déchirait de s s sabots postiches m brocatene jaune el rose du canapégondole.

M. GIÏ.P.T

M. Gilet n'élail pas en effet le premier venu : c'était le prirjvî-consort ; oui, à lu leltre, le mari de ht princesse. Étrange histoire, que rendnil plu*1 invraisemblable encore l'aspect et, si l'on ose dire, la touche du personnage.

Sans doute, les cheveux de M. Gilet n'avaient pas toujours été poivre et sel ; mais il avait toujours manqué de fraîcheur: il élail né vieux et petit employé. C'est uniquement pour sa ligure cl sans lui demander d'autres certificats, que le prince

de Samos, en 1894, avait bombardé ce jeune Français, égaré sur les côtes de l'Asie Mineure, bout à la fois secrétaire particulier, chef du cabinet politique, et surveillant général des vignobles.

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