AVANT-PROPOS
l’instar, de l’Angleterre. Du reste je n’ai garde de penser que, dans cette comparaison, l’Angleterre ait partout l’avantage, et que nous n’ayons rien ici qui soit digne de l’inspirer. J’estime qu’entre peuples civilisés il est utile de se connaître, que chaque nation trouve à gagner dans la fréquentation de ses voisines, que le profit des bonnes relations est presque toujours réciproque, et qu’il n’est jamais bon de se cantonner à soi.
Un autre regret, corollaire du premier, c’est de n’avoir appris l’anglais que très tard. Si je puis le lire à présent sans peine, j’ai dû renoncer à l’espoir de le parler jamais couramment; et cela me désole, car j’aime beaucoup l’Angleterre, et certains de mes meilleurs amis sont anglais. Il est vrai qu’ils parlent le français à merveille ; mais n’est-il pas mortifiant de ne pouvoir leur rendre leur politesse ?
La dernière année de la guerre, revenant du Havre à Paris, je me trouvai au wagonrestaurant, assis en face d’un officier de l’armée anglaise, encore jeune; son beau visage exprimait une si douce et souriante sympathie, que j’aurais donné je ne sais quoi pour pouvoir m’exprimer couramment dans sa langue. Je le regardais en souriant aussi, mais ne pouvais trouver rien à lui dire. Il n’avait plus qu’un bras. Je songeais aux horreurs de la guerre.