CHAPITRE PREMIER
J'ai passé près de six mois à parcourir la Sibérie, d'avril à septembre 1902. Ce n'est point un nouveau monde à découvrir; c'est à peine cependant si le transsibérien est inauguré et fonctionne régulièrement jusqu'à Irkoutsk et au Baïkal, et de la rive orientale du Baïkal jusqu'à Striétensk, sur l'Amour. II ne sera inauguré officiellement en Mandchoune qu'au printemps 1903, et ne fera guère le tour du Baïkal qu'en 1904. Pourtant ce mode rapide de répandre la lumière et la civilisation dans une contrée a déjà permis de faire connaître une assez longue bande de terrain; mais il reste beaucoup à faire, aussi bien pour la civilisation, qu'elle soit commerciale, industrielle ou morale, que pour le voyageur, qui est un peu le messager de cette civilisation. Si Ton trouve que la Sibérie est lente à se développer, c'est que les moyens dont elle dispose sont encoremalproportionnésàsesdimensionsgigantesques.
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1 du chemiD de fer, elle a ses fleuves; m&is ils ÎB la moitié de l'anaée, et quand ils ne le sont dirait, comme nous le verrons, que la torpeur produit sur les gens un effet semblable à celui ar les eaux.
ission est toute de civilisation industrielle; je X ni bibles ni canons, ce qui n'empêche pas la russe de fouiller avec minutie mes modestes , comme d'ailleurs elle fouille indiscrètement monde. Les douaniers russes ne ressemblent out aux nôtres : c'est one troupe de gens en blancs et souliers de feutre, qui se glissent sans brait comme des chats et extraient de ses les objets les plus inoffensifs pour les emers des tables auprès desquelles siègent des galonnés en uniformes de toutes couleurs. On c une anxiété mal déguisée la dispersion de 3. Les moindres inrractions volontaires sont l'amendes énormes, bien supérieures à la valeur :ts. Pour ma part, je vis ainsi partir vers les n complet de toile grise tout neuf acheté à )ur supporter l'été sibérien. Ne le voyant !air, je me dirigeai vers la table sur laquelle eauté s'étalait. Un ofBcier extrêmement élé- I dit, en allemand (il ne savait pas le fran* je n'osais me servir da peu de russe que je que j'aurai à payer six roubles.
y&i en vain de lui expliquer que, dans ce cas, alait le lui laisser et acheter un costume de Sibérie. J'avisai alors le grand chef en unianc; celui-là devait pai'lei' français. En effet, iprit tout de suite que je ne poUVais porter en gelait cette nuit-là où noug passibnâ 1& froQ'>
tière, un costume de toile destiné à l'été; ce fut du moins la raison que je lui donnai. Peut-être voulut-il être aimable en raison de TAlliance, et il s'écria d'une voix forte : < Libre^ > en russe, naturellement. Je ne le lui fis pas dire deux fois, et je remportai mes effets. Pour calmer la susceptibilité possible de l'homme si distingué qui me demandait six roubles, j'allai le chercher et le conduisis au buffet pour lui offrir quelque chose. Les douanes russes sont du moins situées à côté de confortables buffets. Il choisit du schnaps^ boisson allemande, et des gâteaux; puis je dînai, car il était minuit et j'avais faim, de plus j'avais bien gagné mon dtner. Ainsi ma première impression des Russes fut favorable, ils décident suivant les circonstances.
A Varsovie, j'avais vu surtout des Polonais, et j'avais été frappé de la supériorité du nombre des femmes sur celui des hommes : je pouvais déjà faire une comparaison entre l'apparence extérieure des Russes et des Polonais. Les Russes ont la tète plus carrée et le corps plus robuste, mais incontestablement les Polonais ont l'air plus fin, plus civilisé.
En traversant la Russie, de la frontière à Moscou,
mes impressions se refroidirent : de grandes plaques
de neige couvraient une campagne triste, couverte de
bois de petits bouleaux, ou parfois de petits sapins.
Des villages russes, de pauvres isbas de bois et de
chaume, semés en désordre en pleins champs^ s'éten*
daient sans même former de rues^ de même qu'aucune
barrière ne paraissait diviser les propriétés alentour.
3n me dit que c'est l'inïage sensible de la propriété
lommunale russe, où de temps à autre^ à des époques
[éterminées, on fixe par le sort ou bien aux enchères
4 domaine que chaque paysan devra cultiver. Le pro-*
SIBËBIE
lera tanUt à lui, tantôt mis en commun : c'est à un type parraitde communisme. Or ie résultat franchement mauvais : on cuttire peu et mal.
rt-ëtre le sol, le climat, l'eau, sont-ils plus ou I responsables de cet état de choses. On ne peut dant s'empêcher de faire la comparaison avec la 'e en France, en Angleterre, anx États-Unis, où la iété exclusive, même égoïste, a produit de si iâques résultats, et où presque tout terrain est Q valeur. On sent ici que la terre pourrait rendre itage, sans que les paysans émigrent en Sibérie, le ils le font, au nombre de 150 ou 200,000 par est fort possible qu'une organisation différente, moins de communisme, eût mieux réussi, et X mains des Américains par exemple, ou des pay- 'ran^ais, la terre russe fût autrement productive, stons pas sur les paysans français; ils travaillent , mais on sait qu'ils sont indéracinables de leur ital, et ce n'est pas eux qui iront maintenant colosn Sibérie, ni ailleurs, et pourtant ils trouveraient lies terres à cultiver au lieu de végéter sur un de terre. II y a cent cinquante ans, c'était difféen somme, ils ont été les. pionniers du Canada et nmense Louisiane, qui s'étendait du golfe de la dle-Orléans jusqu'à l'État de Washington, sur le ijue. Peut-être sont-ils trop bien chez eux à préon leur fait tant de faveurs, dans un but électoirce qu'ils sont le nombre.
Q voudra bien m'excuser de parler du peu de la i avant d'entrer en Sibérie, parce que l'une [ue l'autre. A Moscou, j'ai causé avec diverses DUes de cette question des paysans et ouvriers I, et on se plaint d'un fait général : la main-
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d'œiivre est difficile à se procurer en Sibérie comme en Russie, parce que les hommes veulent recevoir beaucoup et travailler le moins possible. N'y a-t-il pas là-bas notre petit père le tsar^ qui doit veiller sur tous ses enfants et leur distribuer tout l'argent qui circule ? Cet argent est un droit, le travail n'est pas un devoir, et voilà où mène le communisme russe. En apparence, la journée de travail n'est pas très chère; mais il faut y ajouter tant d'accessoires pour recruter les hommes, les entretenir, compléter leur travail, qu'elle devient aussi chère qu'aul États-Unis. Au lieu d'un rouble par jour et par homme, la padionchina, ou compte des dépenses, divisée par le nombre d'ouvriers, arrive à quatre et même cinq roubles. On préférerait avoir des ouvriers chers, mais responsables de leur travail; des êtres énergiques et actifs plutôt que ces masses impalpables de moujiks qui roulent à droite ou à gauche suivant des poussées aveugles où le vodka ou eau-de-vie de grains joue un rôle assez important. Mais il me semble qu'on fait bien peu pour l'éducation de ce peuple; à peine commence-t-on à établir des écoles de villages^ et quant à la religion et aux popes, le peuple n'a guère de respect pour eux, il se contente de pratiques extérieures exagérées et même rebutantes (1).
Dans les rues, à chaque pas, ce sont des églises, des chapelles (il y en a cinq cents à Moscou), et à chacune, à l'extérieur, ce sont des moujiks, tête nue ou à genoux, gesticulant force signes de croix. Des messieurs en gibus font de même; notre cocher s'arrête
(1) J'expliquerai plus loin que le paysan russe est vraiment à plaindre ; il ne trouve pas toujours du travail.
pour satisfaire ce culte extérieur, et pourtant, m'at-on dit, tout cela n'empêche pas ces gens de vivre chez eux comme des animaux. La moralité n'est pas leur idéal, ils sont trop faibles pour résister, mais ils paraissent prier.
Pourtant il a passé ici un homme qui était bien le type de l'énergie. Aux devantures de certains magasins, des gravures représentent l'incendie de Wilna, la veillée d'Austerlitz, une série de souvenirs dont Moscou et la campagne russe sont encore tout imprégnés^ cette triste campagne que la Grande Armée a parcourue par le froid le plus terrible du siècle. Et de voir ici, si loin qu'était alors la France^ le petit caporal dans cette entrevue des trois empereurs, c'est un frisson de vieille gloire qui vous saisit. J'ai vu aux États-Unis tout le monde admirer Napoléon, mais je trouve que c'est en Russie surtout qu'il devrait l'être; peut-être son nom et son histoire arriveraient-ils à secouer la torpeur des moujiks; mais cette race solide a l'avenir pour elle.
Je suis allé, en compagnie d'un officier d'artillerie français, sur la montagne des Moineaux, d'où Napoléon a contemplé Moscou avant d'y pénétrer. C'est à quatre ou cinq kilomètres de l'autre côté de la Moskowa. Nous y sommes allés à pied, en passant au couvent de Novodiévitch, célèbre dans l'histoire de Russie. Il est entouré d'un mur crénelé et de seize tours; c'est ici que Boris Godounoff prit la couronne, et que trois cents strélitz furent pendus pour avoir pris le parti de Sophie, la sœur de Pierre le Grand, contre son frère. Son aspect et sa couleur rougeâtre n'ont plus rien de lugubre, et même la campagne alentour a l'aspect le plus paisible.
Nous passons la Moskowa en canot et nous grimpons
la montagne des Moineaux. L'on contemple d'en haut l'infinie variété de formes et de couleurs des dftm^, des clochers, des tours, des palais et des maisons de cette Rome tartare. Nulle ville au monde ne présente un tel kaléidoscope de couleurs. Je croyais que Napo* léon avait examiné d'ici les ravages de l'incendie de Moscou pour se préparer à la quitter, mais mon compagnon m'explique qu'il n'en est rien, que cet incendie a été peu de chose, et que la Grande Armée a campé dans Moscou près de deux mois après l'incendie. Mais pendant ces deux mois^ Alexandre faisait traîner les négociations de paix, en retenant Napoléon par des illusions : lorsque Napoléon décida la retraite, son intention était de s'installer sur le Niémen et l'année suivante de marcher sur PéterBhourg. Si l'année n'eût pas été exceptionnelle, il avait encore tout le temps d'arriver au Niémen, mais on sait que l'hiver commença deux mois plus tôt que d'habitude et qu'il fut glacial. Ainsi au contraire de ce que Ton croit, si l'incendie de Rostopchine eût fait quitter Moscou à Napoléon, il échappait à ce terrible hiver, qui seul, par sa précocité et sa rigueur, détruisit la Grande Armée. ,
Les musées de Moscou sont pleins de souvenirs de Napoléon^ on y voit même son portrait en pied en empereur romain, et ce fait témoigne de la largeur d'idées des Russes.
Il faut commencer à Moscou de s'habituer à la cuisine russe^ du moins, et c'est le plus difficile, aux heures des repas. On peut bien manger à toute heure, mais bien plus cher qu'aux heures coutumières, et à condition d'être patient. A midi, par exemple, vous demandez le dîner « obied »; il n'est pas prêt et ne le sera qu'à 2 heures. A 7 heures du soir^ vous demandez
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le souper, ou plutôt le dîner encore. C'est trop tard; il QSt fini à 6 heures. On mange entre 2 et 6 heures. Une seule fois, direz-vous? Non, mais il y a autre chose. Les Russes se lèvent tard, prennent du thé, des œufs, même une côtelette en se levant, puis ils dînent vers 3 ou 4 heures. Le soir vers 10 heures, parfois à minuit, ils font un autre dîner. Ceux qui ne sont pas riches se contentent le soir de nombreux verres de thé. Leur temps se passe autour du samovar à ingurgiter des libations presque ininterrompues d'eau bouillante, aussi doivent-ils aisément se passer de purgations. Les restaurants ne ferment jamais avant 3 heures du matin.
Tout ceci ne laisse pas de vous rendre perplexe sur le point de fixer l'heure de vos repas. Nous avons de la peine à attendre 3 heures, même 2 heures pour dîner. Aussi vous entrez à midi dans la salle à manger, et à défaut du dîner du jour, vous cherchez dans les menus un plat à commander. L'embarras se lisant sur votre visage de déchiffrer les menus russes et de désigner en russe l'objet, plein de surprises futures, de votre choix, vous voyez s'avancer vers votre table, avec une intention évidente de vous parler, un monsieur aux cheveux blancs tellement distingué que vous vous levez pour le saluer. Mais il vous fait asseoir avec politesse, il ne désire que vous servir d'interprète. Ceci et d'autres attentions vous enlèvent bientôt toute envie de parler russe.
Il y a une autre difficulté, la boisson. Les Russes boivent aux repas de l'eau-de-vie, vodka, et ensuite de la bière, puis du thé. Vous demandez des vins, mais ils sont hors de prix, et alors on se demande à quoi sert notre alliance, si nous ne pouvons acheter nos
vins, en Russie, à moins d'un rouble la demi-bouteille quand nous ne pouvons les vendre plus de 20 francs rhectolitre. C'est évidemment la faute de la douane^ qui protège ainsi les vins russes de la Crimée et du Caucase. Mais comme les hôteliers les vendent aussi cher que les vins français, le public, qui devrait être le grand consommateur, n'en boit pas; il préfère le vodka, le thé et la bière, qui sont à meilleur marché, mais moins sains. N'y aurait-il pas quelque chose à faire pour améliorer cet état de choses, nos gouvernants gagneraient en popularité s'ils assuraient un bon débouché pour leurs vins aux viticulteurs français.
Je ne parlerai pas des distractions de Moscou, ni de ses curiosités et de ses musées, pour lesquels les guides imprimés, et même de chair et d'os, ne font pas défaut à Moscou; je n'ai abusé ni des uns ni des autres et je suis allé m'assurer une place dans le train sibérien. Il y a deux express par semaine, c'est-à-dire neuf par mois, dont trois sont composés de voitures de la Compagnie internationale des wagons-lits, et les six autres de wagons russes. Je ne blesserai personne en ne faisant aucune comparaison; d'ailleurs toutes ces voitures sont confortables; une légère critique seulement : j'ai pris un train russe ; il y avait un wagon-restaurant, mais pas de fumoir. Or ce restaurant était constamment si rempli de fumée de tabac que bien des dames n'auraient pu y dîner. Aux États-Unis il est interdit de fumer dans le restaurant; ailleurs, il y a une partie i'éservée aux fumeurs. Il m'a semblé aussi que la tenue les passagers laissait à désirer. C'était un monde en najorité de tchinovniks, c'est-à-dire de fonctionnaires. Is ont de beaux uniformes, de toutes les teintes, avec
galons et des boutons dorés, et l'universelle coife en forme de casquette bien plate. Notre éduca- 1 françaine de respectpourl'uaifornie militaire nous terait à delà déférence. Mais il ne Eaarait y avoir is un monde de tchinoTnike^ l'allure et la tenue des ciers . J'imagine que l'armée russe voit de très maus œil tous ces uniformes; par contre, Iça civils y sent plus de respect de la part du peuple, par suite si de l'assimilation des grades. Mais il n'importe, ï semble créer davantage de Bervilité ; deux pernes ne peuvent plus s'aborder sans regarder leur de respectif, et aussitôt l'une redevient modeste et Ltre se redresse. Tous ces tchins ont l'air de se faire Tckin, Tchin Bouddha, l'obséquieux salut annamite, lue deviendrions-nous en l^rance si tous nos foncinaires et nos employés portaient aussi des unîmes dorés? C'est déjà bien assez des croix: Mérite icole. Instruction publique, mèmeLégiond'hoDQeur, on a tant prodiguées aux fonctiono aires pour si peu mérite. Je préfère l'égalité de la grande république éricaine, qui n'admet qu'on porte ni croix ni uni- Daes; ceux même de l'armée sont fort simplifiés, 'ependant aux États-Unis comme chez nous, comme Russie, les tchins comptent avant tout sur ce bon tpère de tsar, qui est plutAt le contribuable, et tra- Uent le moins possible; peut-être qu'ils sont trop, lous passons l'Oural; plusieurs stations: Zlatooust, léliabinsk, nous rappellent que nous sommes dans district minier. Il y a, quelque cent verstes au nord, mines de cuivre Demidoff, dirigée par un Françailuis de longues années, beaucoup d'alluvions auri îs, des alluvions de platine et des mines de pierre cieuses. De celles-ci, l'une, de découverte assez ré
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cente, est fort curieuse. L'on nous offre d'en acheter pour plusieurs centaines de roubles, suivant le degré de pureté. C'est une sorte d'émeraude qui passe du vert durant le jour, au rouge le soir; on l'a appelée alexandrite parce qu'elle fut découverte au commencement du règne d'Alexandre !•% et en présage d'espérance; plus tard on a voulu voir en elle un présage d'avenir, le rouge signifiant que ce règne finirait dans le sang d'un assassinat. Parmi les mines d'or se trouvent celles de Kotchkar, payées un prix fabuleux par une compagnie française, et dont les résultats sont faibles; mais cet achat, comme plusieurs autres, a eu pour résultat malheureux d'exciter les Russes à demander aux étrangers des sommes énormes en prix de leurs mines, et l'étranger y a renoncé. Les placers de platine sont uniques au monde et n'occupent qu'une très petite région. Naturellement ils s'épuisent, mais on les lave une seconde et une troisième fois et en même temps le prix du platine s'élève. La roche platinifère paraît être la serpentine sur laquelle se trouvent ces alluvions. En vingt ans, la production a presque doublé : elle a passé de trois à six tonnes; mais le prix faisait plus que quintupler : de 500 francs le kilogramme en 1880, il passait à 2,600 francs en 1900, de sorte que la valeur de la production à cette date dépassait 15 millions.
Le guide transsibérien fourmille tellement de renseignements sur chacune des stations que je me dispenserai d'en donner beaucoup. Certaines informations dépassent môme les bornes de l'utilité : on fait remarquer les villages où les paysans ont des goitres, et ceci en style administratif; ailleurs on dit que telle montagne se dresse menaçante au-dessus de la localité; lorsqu'on
<n cherche ea vain la montagne : on ne voit me aplati de l'aspect le plus paisible. Nombre es ont, soit élevé une école, soit bâti un arc de ; avec quelques madriers, en souvenir du pastsar actuel, lorsqu'il était césarévitch, et le : perd pas une occasion de rappeler te fait et : que c'est le plus grand bonheur dont ces Dns aient encore joui; il cite la maison du >à le tsar a daigné coucher. Il est certain que en un grand mérite à accomplir un pareil de Vladivostok à l'Oural, en voiture, longtemps construction du transsibérien, et aussi à loger paysans, mais je pense que souvent il n'aura né y entrer, et aura préféré coucher dans sa En certains endroits il a inauguré une église cole et il est touchant d'apprendre qu'il a, de is, posé la première pierre, et de ses bras, une brouette de terre. Voilà des traits qui de niveau le souverain et son peuple et qui 3 faits pour les unir que de pompeux discours ;es agricoles.
)assoDS quelques instants à Abdoulan et Taldiieun villes tar tare s, qui ont pris un très grand lement depuis peu d'années comme centres 1 ; ce pays est un grenier de seigle. Les mait en grosses poutres, couvertes en chaume; le presque plat, très légèrement ondulé, en ce laboueetlaneigesele disputent; nous sommes niers jours de mai, et il neigera encore. me terrible épreuve pour un pays que cet hiver de sept à huit mois; je me demande s'ils pouriussir mieux que les Russes, les Anglo-Sazons, te leur énergie et leur activité; je ne sais si le
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froid ne les paralyserait pas : en fait, le Canada s'est beaucoup moins développé que les États-Unis. Mais le KIondyke et l'Alaska? C'est là que le premier venu pouvait, à l'origine, ramasser de l'or, sans autres capitaux que ses provisions et ses outils. En Sibérie, les placera ne sont pas des poor men's diggings (mines de pauvres gens)^ c'est sur leur masse qu'on réalise des bénéfices, il faut le concours de beaucoup de monde, du moins en général^ et des capitaux importants. Mais nous avons tout le temps d'être renseignés en détail sur ces questions. D'ailleurs, une fois l'or épuisé en Alaska^ il est fort peu probable que le pays conserve ses habitants. Nous traversons les steppes kirgbizes, riches en pâturages et en cultures dans beaucoup d'endroits, et où l'on connaît aussi des gisements métallifères, mais sans les exploiter encore, sauf le charbon àËkibastous, qui fournit le transsibérien. Ce pays manque d'eau, l'été est absolument sec, les gelées sont précoces et les fortes chaleurs brûlent les herbes; c'est au sud, dans la région un peu montagneuse, que le sol est plus riche. Nous voyageons avec de riches marchands kirgbizes dont plusieurs sont énormes ; le plus gros, qui a l'air bonhomme, m'avoue peser iâ pouds, c'est-à-dire 496 kilogrammes et demi : heureusement il couche sur la banquette inférieure; s'il couchait sur celle d'en haut, je crois qu'elle s'effondrerait. Assis, il occupe toute la banquette. A la station de Kourgane, où il descend, un isvostchik refuse de le prendre dans sa voiture, et vraiment il a plutôt l'air capable de la soulever; il est gigantesque. Les kirgbizes vivent surtout des produits de leurs troupeaux : laitage, koumiss, fromage, viande; leurs vêtements sont faits de peaux fumées ainsi que leur vaisselle^ et leur principal plaisir
dés courses i cheval. Ils ont, dans la seule
Akmolinak, 3,100,000 têtes de bétail.
ici des concessions cosaques, et ce sont eux
|ue seuls cultivent les légumes, et surtout le
lis les hommes étant pris pour le service, les
les champs sont faits ici presque aniquement
!mmes.
Sgion se développera bien davantage lorsque
L de fer la reliera d'un cAté au transsibérien
itre au Turkestan, à travers de nombreux
) miniers.
l'Obi et rirtiach, le transsibérien traverse,
irès de 600 kilomètres, la steppe de Baraba,
B, presque entièrement plane, et dans laquelle
nemeot a fait exécuter d'importants travaux
ge, qui ont augmenté encore la surface des
Durables, de façon k faire de ce pays un gre-
aversons de magnifiques ponts en fer sur le
sur richime, puis celui de t'Irtish qui a is de longueur, en six travées de 100 mètres^ itrons dans la belle gare d'Omsk; mais voilà s que je roule dans un wagon, et une seule téresserait, celle de Tomsk, où je doism'ar-
ais entendre un bruit de voix grotesqae dans .rtiment, comme si l'on amusait des enfants.
Lit moins enfantin. Ce wagon retentit des sons et criards d'un phonographe exaspérant, nt des tchins dorés ; deux d'entre eux, qui mes, me font l'effet de Fasolt et Fafaer (1).
itaUtdvatSiegfrMt
le motif des géants conviendrait à ce phonographe. Je ne connaissais pas encore ce genre de divertissement, il peut bien aider à passer ces monotones journées de wagon, mais celui-ci me fait par trop l'effet d'une caricature musicale; je préférerais le pianista ou régina américain, mécanique, mais harmonieux et d'un son très pur. La voix humaine, pour ôtre imitée, réclame plus de perfectionnements. Mais notre phonographe, ou plutôt grammophone, est impitoyable, il crie toute la journée, remplit le wagon de ses hurlements, et je m'enfuis au fond démon compartiment. C'est pourtant merveilleux qu'une simple ligne reproduise, ténue comme un fil, les sons de tout un orchestre ou de plusieurs voix.
Toujours et de plus en plus la neige couvre la campagne; nous passons un immense pont sur l'Obi, long de 750 mètres, entièrement construit en Russie. L'Obi a souvent 20 à 30 mètres de profondeur, il est relié à l'Yénisséiparun canal à écluses; malheureusement ces écluses sont trop étroites, nous dit-on, parce que leurs dimensions ont été réglées dans les bureaux de l'administration, sans consulter les besoins locaux, et le canal est peu fréquenté. Voilà bien la chinoiserie administrative. Cependant la ville voisine d'Obi, qui n'était qu'un village de 200 habitants, en a déjà plusieurs milliers et expédie chaque année, en blé seulement, près de 15^000 tonnes. La situation de cette ville nouvelle est excellente, à l'intersection du grand fleuve et du transsibérien. Il est probable qu'elle remplacera peu peu la ville de Tomsk.
Depuis Omsk, j'ai la chance de partager mon com- Ttiment avec le baron B..., un ancien officier de arine, encore très jeune» qui voyage pour visiter les
ElBËniE ins de Sibérie et pour s'occuper des enfants dea mniers, les sortir d'un milieu malsain et dégra- , les instruire et leur fournir un état. Il doit parir ainsi toutes les villes principales de Sibérie l'à l'Ile de Sakhaline, où il s'occupera des enfants orçats. Jusqu'ici son succès est complet: à Omsk, ait une conférence aux commerçants ricbes et aux blés; ceui-ci ont souscrit les fonds nécessaires,
une maison, et les enfants des forçats y ont été liés pour y recevoir logement, nourriture et insion. Je ne tarirais pas de vous raconter les conitions que nous eûmes ensemble. Un homme rtenant à la plus haute noblesse de Pétersbourg occupant d'œuvres charitables est à portée de altre toutes les classes de la société. L'aristocratie, k été k peu près ruinée par la libération des serfs
la suite de cette réforme, vit surtout à la cour et rmée, remplissant des postes élevés et faisant en ne une œuvre utile. Je ne puis m'empécher de 3arer le rdle utile qu'elle remplit avec celui auquel , réduit la noblesse française. Les commerçants ;s forment la classe riche et ils habitent surtout ;ou, la ville la plus riche de beaucoup de l'empire i ; mais ces commerçants ont l'esprit étroit et :ré, ils ne songent qu'à accroître leur fortune, et il t de voir l'état dans lequel ils entretiennent Moscou
le comprendre : les rues mal pavées et sales, les ens de communication rares, lents et incommodes; oitures de place sans tarifs; cette ville, une des
grandes du monde, peut-être plus grande que ), car les maisons basses et souvent agrémentées
jardin s'étendent beaucoup plus en surface qu'à s, cette ville aurait, plus que toute autre, besoin
d'uH chemin de fer urbain ou d'un métropolitain, et personne n'en prend l'initiative; on réussira à le faire, cependant; la municipalité, qui est le souverain de Moscou, dispose de beaucoup d'argent; mais il faut être si prudent avec les entrepreneurs russes, ils font des dupes môme chez euxl
Il paraît que la dernière œuvre de Tolstoï, Ràurrectûm, a eu un retentissement considérable dans tout l'empire russe, et je ne puis m'empècher de trouver un lien entre l'œuvre du baron B... et celle du prince Neklioudof ; mais celle de mon compagnon de voyage est certainement la meilleure, car il veut sortir du mal des êtres innocents, et qu'on peut réformer, tandis que Neklioudof est trop disposé à admettre que le monde des malfaiteurs est composé de très braves gens. Ce qui est vrai, c'est que le peuple russe n'a guère le sens de la moralité et commet des crimes qu'en France le peuple ne commettrait pas : il est plus près de la nature que nous. Cette bonté du cœur, qu'on remarque chez le Russe, est en somme de l'ignorance, ignorance du cœur et ignorance de l'esprit.
Ces conversations et d'autres font que j'arrive sans m'en douter à la station de Taïga, celle d'où part l'embranchement de Tomsk. C'est un bien vilain tour qu'on a joué à la plus grande ville de Sibérie de la reléguer à 90 kilomètres au nord du transsibérien. Peut-être ne pouvait-on faire autrement. C'est en tout cas un mauvais tour pour les voyageurs à destination de Tomsk. Il est minuit; Taïga n'est qu'un amas de bâtiments de bois où logent des employés du chemin de fer et des épiciers; il n'y a pas d'hôtel, mais on peut s'allonger dans le buffet de la gare. Le train de Tomsk ne part qu'à 4 heures du matin. Mais le baron B... a l'habitude
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n'emmène avec lui dans on wag:on à omsk; nous nous y installoDB conforlormir, et à notre rëveil il est en route, X heures de retard, suivant la coutume . An dehors, la neige s'étend partout; ladroitA 1m nlus froids de la Sibérie.