‹ Sibérie: notes de voyage et de séjour, 1902-1903Chapitre 6 sur 31 · TOMSK · texte numérisé non relu

TOMSK

celles qui ne savent que le russe : l'on perd tout l'avantage d'être polyglotte, et l'on sent trop son infériorité lorsqu'on voit des Russes manier le français comme leur langue naturelle. D'ailleurs on ne vous laisse pas le choix; le moindre Russe qui, d'aventure, sait quelques mots de français vous les sert avec ostentation, et tandis qu'il pourrait vous être utile en vous donnant une leçon de syntaxe ou de prononciation russes, il ne peut s'empêcher de vous faire savoir qu'il sait quelques mots de français, pour que nul en France ne l'ignore, et parce qu'il tient à s'instruire avant de vous instruire. J'ai connu un Anglais qui m'a tenu ce raisonnement : parlant bien français et allemand, il refusait par principe de causer anglais avec des Français ou des Allemands, c Pourquoi^ disait-il, leur servirais-je de professeur? > Je sais bien des gens qui n'en auraient point été fâchés, et puis, n'est-ce pas en somme un témoignage de respect pour la France que de se servir de son langage?

J'ai reçu ainsi plusieurs invitations à dîner, sans pouvoir les rendre. Mais il semble que dans ce pays c'est plutôt l'invité qui fait honneur à son hôte, car c'est celui-ci qui rend la visite que nous appelons la visite de digestion, comme pour remercier d'avoir bien voulu accepter à dtner : je ne regrettais qu'une chose, c'est d'attendre une heure si tardive, et pour ne pas montrer trop d'appétit, j'étais obligé de faire un petit déjeuner vers 11 heures. Le soir, je passais régulièrement une longue soirée, jusque vers 11 heures ou minuit, avec le baron B..., dans sa chambre ou dans la mienne, causant en français, qu'il parlait comme un Parisien, sans le moindre accent, de toutes sortes de choses russes et sibériennes, en prenant du thé au sa-

ar toujours bouillant. Nous arrivions aux sujets plus intéressants, quand je dus lui annoncer mon irt pour le lendemain, mais nous nous promîmes de s retrouver à Vladivostok, ou peut-être plus tard, Ique jour, à Saint-Pétersbourg.

Qtre temps, j'avais fait une visite au gouverneur, ma reçut fort bien, mais nous eûmes quelque le à nous comprendre en russe, n'ayant rien de I particulier à nous dire; je n'avais pas de lettre ielle, maisj comme j'ai pu le constater^ c'était pariment inutile.

vaut de quitter Tomsk, car le vieil Ivanitzk; rait engagé à partir de suite, sans craindre la ;e ni les mauvais chemins, je pris cependant une :aation qui se trouva être fort utile, celle de ]uiper en tenue d'hiver, bien qu'on fût au 10 mai : sse en peau de mouton, bottes fourrées au dedans peau de mouton, au dehors en peau de renne, ts fourrés et casquette fourrée. Le tout me coûta te-siz roubles; c'est dire que la fourrure commune & bon marché à Tomsk. Mon train partait à leures du soir, mais je ne partais pas seul; gr&ce rieuz mineur sibérien, j'escortais une véritable ivane, composée d'un maitre charpentier, de son I et d'une vingtaine de charpentiers ; tous ensemble

allaient passer tout l'été là-bas, dans les montes, construire un grand chalet en bois pour les priétaires et les employés des mines Ivanitzky. 1 pars donc, emportant le meilleur souvenir de ;es les personnes que j'ai vues à Tomsk, qui ont tout leur possible pour faciliter ma tâche.

faut rejoindre Taïga; notre train est le seul qui responde sans arrêt prolongé avec un train trang-

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sibérien. Nous sommes fort nombreux, car plusieurs de nos hommes n'ont pu se séparer de leur famille; la gare est pleine de mondé; à nous seuls, nous emmenons trente personnes^ sans compter les enfants. Il faut compter plus de quatre heures de Tomsk à Taïga, aussi beaucoup de nos gens ronflent dans leur wagon de quatrième classe : le train n'a pas de première classe, et je m'installe, sans pouvoir dormir, en seconde avec mon maître charpentier qui bavarde tellement en allemand que, lors même que je le voudrais^ je ne pourrais dormir. Je pense que ce brave homme, Allemand, de récente arrivée en Sibérie^ est heureux de cette occasion de parler sa langue maternelle.

A Taïga, nous changeons de train. Il est deux heures, mais il fait déjà grand jour. Nous n'attendons pas longtemps cette fois^ mais le train dans lequel nous montons est un train omnibus qui ne fait guère que 15 à 18 kilomètres à l'heure. Des autres trains, l'un, l'express bihebdomadaire, fait 25 à 30 kilomètres à l'heure; si l'on se trompait de jour, l'arrêt à Taïga pourrait être long. L'autre train, omnibus, nous aurait procuré un arrêt de douze heures à Taïga, il n'y avait donc pas à y songer; mais ces horaires sont singulièrement organisés; je pus constater^ dans certains cas, qu'on a pris l'heure de Pétersbourg, sans se préoccuper des heures locales;

Taïgi sera sans doute un jour la tête d'une autre ligne de chemin de fer, celle que l'on projette pour rejoindre Semipalatinsk sur l'Irtish, par Barnaoul et les gisements de fer et de charbon de Kouznetzk. Semipalatinsk sera relié aussi au Turkestan russe, et ce chemin de fer développera une des plus riches régions de l'Asie.

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