‹ Sicle de Louis XIVChapitre 114 sur 447 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

nison de six mille hommes, capitula (27 auguste) après neuf jours de siège. Les Espagnols n’avaient que huit mille hommes à opposer à l’armée victorieuse; encore l’arrière-garde de cette petite armée lut-elle taillée en pièces (31 auguste) par le marquis, depuis maréchal, de Créqui. Le reste se cacha sous Bruxelles et sous Mons, laissant le roi vaincre sans combattre.

Cette campagne, faite au milieu de la plus grande abondance, parmi des succès si faciles, parut le voyage d’une cour. La bonne chère, le luxe et les plaisirs s’introduisirent alors dans les armées, dans le temps même que la discipline s’affermissait. Les officiers faisaient le devoir militaire beaucoup plus exactement, mais avec des commodités plus recherchées. Le maréchal de Turenne n’avait eu longtemps que des assiettes de fer en campagne, Le marquis d’Humières fut le premier, au siège d’Arras ^, en 1658, qui se fit servir en vaisselle d’argent à la tranchée, et qui fit manger des ragoûts et des entremets. Mais dans celle campagne de 1667, où un jeune roi, aimant la magnificence, étalait celle de sa cour dans les fatigues de la guerre, tout le monde se piqua de somptuosité et de goût dans la bonne chère, dans les habits, dans les équipages. Ce luxe, la marque certaine de la richesse d’un grand État, et souvent la cause de la décadence d’un petit, était cependant encore très-peu de chose auprès de celui qu’on a vu depuis. Le roi, ses généraux et ses ministres allaient au rendez-vous de l’armée à cheval, au lieu qu’aujourd’hui il n’y a point de capitaine de cavalerie ni de secrétaire d’un officier général qui ne fasse ce voyage en chaise de poste avec des glaces et des ressorts, plus commodément et plus tranquillement qu’on ne faisait alors une visite dans Paris d’un quartier à un autre.

La délicatesse des officiers ne les empêchait point alors d’aller à la tranchée avec le pot^ en tête et la cuirasse sur le dos. Le roi en donnait l’exemple : il alla ainsi à la tranchée devant Douai et devant Lille®. Cette conduite sage conserva plus d’un grand homme. Elle a été trop négligée depuis par des jeunes gens peu

1. Il y a ici une erreur; Arras appartenait à la France depuis 1640; les Espagnols tentèrent en vain de la reprendre en 1654; d’Humières servait sous Turenne à l’attaque des lignes d’Arras.

Créé maréchal en 1668, it mourut en 1694, aimé de Louvois, de Turenne, de Louis XIV. « Il avait, dit Saint-Simon, tous les talents de la cour et du grand monde, et toutes les manières d’un fort grand seigneur. »

2. C’était une espèce de casque, qui couvrait la tête et les épaules.

3. Au siège de Lille, le roi, en visitant la tranchée, se trouva exposé au feu de la place ; les courtisans le pressaient de se retirer. Le vieux duc de Chabrost, capitaine des gardes, lui dit tout bas : « Sire, le vin est tiré, il faut le boire. » Louis acheva sa promena fie sans presser le pas.

robustes, pleins de valeur, mais de mollesse, et qui semblent plus craindre la fatigue que le danger,

La rapidité de ces conquêtes remplit d’alarmes Bruxelles; les citoyens transportaient déjà leurs effets dans Anvers. La conquête de la Flandre entière pouvait être l’ouvrage d'une campagne. Il ne manquait au roi que des troupes assez nombreuses pour garder les places prêtes à s’ouvrir à ses armes. Louvois lui conseilla de mettre de grosses garnisons dans les villes prises et de les fortifier. Vauban l’un de ces grands hommes et de ces génies qui parurent dans ce siècle, pour le service de Louis XIV, fut chargé de ces fortifications. Il les fit suivant sa nouvelle méthode, devenue aujourd’hui la règle de tous les bons ingénieurs. On fut étonné de ne plus voir les places revêtues que d’ouvrages presque au niveau de la campagne. Les fortifications hautes et menaçantes n’en étaient que plus exposées à être foudroyées par l’artillerie : plus il les rendit rasantes, moins elles étaient en prise 2. Il construisit la citadelle de Lille sur ces principes (1668). On n’avait point encore en France détaché le gouvernement d’une ville de celui de la forteresse. L’exemple commença en faveur de Vauban; il fut le premier gouverneur d’une citadelle. On peut encore observer que le premier de ces plans en relief qu’on voit dans la galerie du Louvre^ fut celui des fortifications de Lille.

Le roi se hâta de venir jouir des acclamations des peuples, des adorations de ses courtisans et de ses maîtresses, et des fêtes qu’il donna à sa cour.

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