‹ Sicle de Louis XIVChapitre 117 sur 447 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Flandre, qu’on nomme Flandre française, avait été prise en trois mois, la Franche-Comté en trois semaines. Le traité entre la Hollande, l’Angleterre et la Suède, pour tenir la balance de l’Europe et réprimer l’ambition de Louis XIV, fut proposé et conclu en cinq jours. Le conseil de l’empereur Léopold n’osa entrer dans cette intrigue. 11 était lié par le traité secret qu’il avait signé avec le roi de France pour dépouiller le jeune roi d’Espagne. Il encourageait secrètement l’union de l’Angleterre, de la Suède et de la Hollande ; mais il ne prenait aucunes mesures ouvertes L

Louis XIV fut indigné qu’un petit État tel que la Hollande conçût l’idée de borner ses conquêtes et d’être l’arbitre des rois, et plus encore qu’elle en fût capable. Cette entreprise des Provinces-Unies lui fut un outrage sensible qu’il fallut dévorer, et dont il médita dès lors la vengeance.

Tout ambitieux, tout puissant et tout irrité qu’il était, il détourna l’orage qui allait s’élever de tous les côtés de l’Europe. Il proposa lui-même la paix^ La France et l’Espagne choisirent Aix-la-Chapelle pour le lieu des conférences, et le nouveau pape Rospigliosi, Clément IX pour médiateur.

Un nonce fut envoyé à ce congrès^. Les Hollandais, déjà jaloux de la gloire, ne voulurent point partager celle de conclure ce qu’ils avaient commencé. Tout se traitait en effet à Saint- Germain, par le ministère de leur ambassadeur Van-Beuning. Ce qui avait été accordé en secret par lui était envoyé à Aix-la- Chapelle, pour être signé avec appareil par les ministres as-

traité de la Haye (23 janvier 1668). On demandait au roi de France de se contenter des places qu’il avait conquises ou de l’équivalent; on lui offrait d’obliger l’Espagne à céder; la paix serait garantie par l’Angleterre, les Provinces-Unies, l’Empereur et les autres rois ou princes voisins. La Suède, mécontente de ce que la France avait supprimé le subside qu’elle lui payait depuis longtemps , s’unit aux deux puissances; ce fut alors la triple alliance de la Haye.

1. Il faut remarquer l’emploi de aucun au pluriel; il n’est pas ordinaire.

2. Le nouveau pape, Clément IX, non pas dans un intérêt de vanité, mais par amour pour la paix, avait aussi offert sa médiation. Louis XIV l’accepta, et déclara, avant la triple alliance, qu’il se contenterait de ses conquêtes ou qu’il accepterait en échange, soit le Luxembourg, soit la Franche-

Comté, avec quelques villes pour fortifier sa frontière du Nord. Le roi fut irrité de la politique hollandaise ; mais il n’est pas juste de dire qu’il fut forcé à la paix; on lui offrait les conditions qu’il avait lui-mème proposées. Ce qui le décida surtout à la paix, ce fut le traité secret qu’il venait de conclure, à Vienne, avec l’Empereur; dans l’espoir d’un partage, qui paraissait prochain, il lui fut facile de se montrer modéré. Plusieurs des réflexions de Voltaire ne sont donc pas justifiées.

3. Clément IX, Rospigliosi, ami des lettres, dit Voltaire, pacifique, économe, libéral, père du peuple, a gouverné l’Eglise de 1667 à 1669.

4. En considération des bons offices du pape, Louis XIV consentit à la démolition de la pyramide qui venait d’étre élevée à Rome, et qui rappelait l’humiliation de la papauté.

semblés au congrès. Qui eût dit trente ans auparavant qu’un bourgeois de Hollande obligerait la France et l’Espagne à recevoir sa médiation ?

Ce Van-Beuning, éclievin d’Amsterdam, avait la vivacité d’un Français et la fierté d’un Espagnol. Il se plaisait à cboquer, dans toutes les occasions, la hauteur impérieuse du roi, et opposait une inflexibilité républicaine au ton de supériorité que les ministres de France commençaient à prendre. «Ne vous fiezvous pas à la parole du roi? lui disait M. de Lionne dans une conférence. «J’ignore ce que veut le roi, dit Van-Beuning, je considère ce qu’il peut.» Enfin, à la cour du plus superbe monarque du monde, un bourgmestre conclut avec autorité (2 mai 1668) une paix par laquelle le roi fut obligé^ de rendre la Franche-Comté. Les Hollandais eussent bien mieux aimé qu’il eût rendu la Flandre, et être délivrés d’un voisin si redoutable; mais toutes les nations trouvèrent que le roi marquait assez de modération en se privant de la Franche-Comté. Cependant il gagnait davantage en retenant les villes de Flandre, et il s’ouvrait les portes de la Hollande, qu’il songeait à détruire dans le temps qu’il lui cédait^.

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