Suivant Lkigard, Henriette espé
rait obtenir de son frère la permission de vivre en Angleterre, séparée de Monsieur; mais cette assertion n’est corroborée par aucun des témoignages français de l’époque.
3. "Dès le 23 avril 1668, Charles II proposa son alliance à Louis XIV contre les Hollandais; celui-ci, tout en envoyant Colbert de Croissi comme ambassadeur, employa, comme intermédiaire confidentiel, Henriette, sa belle-sœur. L’année suivante, Charles, pressé par Jacques, duc d’York, mais désirant surtout avoir de l’argent, révéla au roi son intention de se faire et de se déclarer catholique ; en décembre 1669, il lui adressa un projet
La perte de Madame, morte à son retour d’une manière soudaine et affreuse, jeta des soupçons injustes sur Monsieur^, et ne chanj^ea rien aux résolutions des deux rois. Les dépouilles de la république, qu’on devait détruire, étaient déjà partagées par le traité secret entre les cours de France et d’Angleterre, comme en 1635 on avait partagé la Flandre avec les Hollandais. Ainsi on change de vues, d’alliés et d’ennemis, et on est souvent trompé dans tous ses projets. Les bruits de cette entreprise prochaine commençaient à se répandre ; mais l’Europe les écoutait en silence. L’Empereur, occupé des séditions de la Hongrie ; la Suède, endormie par des négociations ; l’Espagne toujours faible, toujours irrésolue, et toujours lente, laissaient une libre carrière à l’ambition de Louis XIV.
La Hollande, pour comble de malheur, était divisée en deux factions: l’une, des républicains rigides à qui toute ombre d’autorité despotique semblait un monstre contraire aux lois de riiumanité^; l’autre, des républicains mitigés, qui voulaient établir dans les charges de ses ancêtres le jeune prince d’Orange ; si célèbre depuis sous le nom de Guillaume IIP. Le grand pensionnaire Jean de Witt et Corneille, son frère, étaient à la tête des partisans austères de la liberté; mais le parti du jeune prince commençait à prévaloir. La république, plus occupée de ses dissensions domestiques que de son danger, contribuait elle-même à sa ruine.
de traité’; il voulait rétablir le catholicisme en Angleterre, et y faire triompher la royauté absolue ; mais il n’oubliait pas complètement les intérêts maritimes de son pays . car il désirait que la France modérât ses progrès maritimes, et il demandait Cadsand, l’Ecluse, Walcheren, les embouchures de la Meuse et de l’Escaut. Louis XIV, tout en applaudissant au zèle religieux de Charles, ne voulait pas le voir tout-puissant en Angleterre, et désirait avant tout son aide contre les Hollandais, sauf à l’assister plus tard. Henriette, munie de ses instructions, signa à Douvres (1®' juin 1670) un premier traité, resté longtemps secret ; Charles ferait publiquement profession de la foi catholique à l’époque qui lui paraîtrait convenable, et à cet effet recevrait deux millions de Louis XIV ; puis, les deux rois s’uniraient contre la Hollande; et, moyennant un subside de trois millions, Charles fournirait quatre mille fantassins et ses flottes.
Un second traité fut signé le 31 dé-
cemhre tbvü entre Croissi et les ministres anglais; on ne parlait que de l’union contre la Hollande. Dans un troisième traité, on publia la plupart des conditions précédentes (12 février 1672). Charles H, qui avait obtenu l’argent qu’il désirait, se laissa facilement entraîner par Louis à la guerre contre les Hollandais, sans faire profession de catholicisme.