CHAPITRE X
là qu’ou le pouvait séduire. Louis, qui n’avait qu’à parler alors pour avoir de l’argent, en promit beaucoup au roi Charles, qui n’en pouvait avoir sans son parlement. Cette liaison secrète entre les deux rois ne fut confiée en France qu’à Madame^, sœur de Charles II et épouse de Monsieur, frère unique du roi, à Turennc et à Louvoi.®
(Mai 1670) Une princesse de vingt-six ans fut le plénipotentiaire qui devait consommer ce traité avec le roi Charles. On prit pour prétexte du passage de Madame en Angleterre un voyage que le toi voulut faire dans ses conquêtes nouvelles vers Dunkerque et vers Lille. La pompe et la grandeur des anciens rois de l’Asie n’approchaient pas de l’éclat de ce voyage. Trente mille hommes précédèrent ou suivirent la marche du roi ; les uns destinés à renforcer les garnisons des pays conquis, les autres à travailler aux fortifications, quelques-uns à aplanir les chemins. Le roi menait avec lui la reine sa femme, toutes les princesses et les plus belles femmes de sa cour. Madame brillait au milieu d’elles, et goûtait dans le fond de son cœur le plaisir et la gloire de tout cet appareil, qui couvrait son voyage ^ Ce fut une fête continuelle depuis Saint-Germain jusqu’à Lille.
Le roi, qui voulait gagner les cœurs de ses nouveaux sujets et éblouir ses voisins, répandait partout ses libéralités avec profusion ; l’or et les pierreries étaient prodigués à quiconque avait le moindre prétexte pour lui parler. La princesse Henriette s’embarqua à Calais, pour voir son frère qui s’était avancé jusqu’à Cantorbéry. Charles, séduit par son amitié pour sa sœur et par l’argent de la France, signa tout ce que Louis XIV voulait, et prépara la ruine de la Hollande au milieu des plaisirs et des fêtes®.
1. Madame. — Henriette-Anne d’Angleterre, fille de Charles I**’ et d’Henriette de France, née en 1644, morte en 1670, épousa Monsieur, frère de Louis XIV, en 1661. Elle devint bientôt toute la joie^ tout l’agrément, tout le plaisir de la cour ; elle mérita l’affection et la confiance du roi. — A Gourtrai, elle reçut un message de son frère, qui la priait de passer à Douvres, où il irait la voir. Monsieur s’opposait à ce voyage ; mais le roi l’ordonna. Henriette s’embarqua à Dunkerque, et alla à Douvres, où elle passa dix jours avec Charles II, au milieu des fêtes et des négociations secrètes.