‹ Sicle de Louis XIVChapitre 125 sur 447 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

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La Suède n’attaqua pas les Provinces-Unies ; mais elle les abandonna dès qu’elle les vit menacées, et rentra dans ses an- ! cieimes liaisons avec la France moyennant quelques subsides.

! Tout conspirait à la destruction de la Hollande ^

Il est singulier et digne de remarque que, de tous les ennemis qui allaient fondre sur ce petit Etat, il n’y en eût pas un qui pût alléguer un prétexte de guerre C’était une entreprise I; à peu près semblable à cette ligue de Louis XII, de l’empereur I Maximilien, et du roi d’Espagne, qui avaient autrefois conjuré ï la perte de la république de Venise, parce qu’elle était riche et fière ®.

Les États-Généraux consternés écrivirent au roi, lui demandant humblement si les grands préparatifs qu’il faisait étaient en effet destinés contre eux, ses anciens et fidèles alliés ; en quoi ils l’avaient offensé; quelle réparation il exigeait. 11 répondit « qu’il ferait de ses troupes l’usage que demanderait sa « dignité, dont il ne devait compte à personne. )> Ses ministres alléguaient pour toute raison que le gazetier de Hollande avait été trop insolent, et qu’on disait que Van-Beuning avait fait frapper une médaille injurieuse à Louis XIV. Le goût des devises régnait alors en France. On avait donné à Louis XIV la devise du soleil avec cette légende; Nec pluribus impar^. On prétendait que Van-Beuning s’était fait représenter avec un soleil, et ces mots pour âme: In conspectu meo stetit sol; A mon aspect le soleil s'est arrêté^. Cette médaille n’exista

1. Après bien des intrigues, la Suède, qui avait pour roi le jeune Charles XI, s’engagea, par le traité du 14 avril 1672, à soutenir la France, pendant trois ans, en s’opposant aux princes allemands, qui voudraient secourir les Hollandais. Louis XIV promettait 400 000 écus comptant et 600,000 écus pendant la guerre; il garantissait la paix avec le Danemark.

2. Dans son manifeste, Louis XIV ne précise aucun grief; il parle vaguement de sa mauvaise satisfaction et de sa gloire intéressée à ne pas dissimuler plus longtemps l’indignation que lui a causée la manière d’agir des Etats- Généraux. Les deux rois accusèrent aussi la république d’être l’ennemie commune des monarchies.

3. C’est la ligue de Cambrai, qui fut formée par les soins du pape Jules II (1507), entre ces différents princes ; chacun d’eux voulait, en humiliant la fierté vénitienne, reprendre des villes

ou des territoires que la politique de la république avait usurpés précédemment. Les richesses de Venise excitaient leur convoitise; et Jules II espérait par là arriver plus facilement au but de ses efforts, l’expulsion des barbares^ des étrangers hors de l’Italie.

4. Nec pluribus impar. — Voir au chapitre xxv. On appelle dme, en termes du blason, les mots qui expliquent la figure représentée dans le corps d’une devise ou d’une médaille. La légende est l’inscription gravée circulairement près des bords et quelquefois sur la tranche.

5. « Il est vrai que depuis on a frappé en Hollande une médaille qu’on a cru être celle de Van-Beuning; mais elle ne porte point de date. Elle représente un combat avec un soleil qui culmine sur la tête des combattants. La légende est : stetit sol in medio cœli.

Cette médaille, que des particuliers ont fabriquée, n’a été faite que pour la

jamais ^ Il est vrai que les États avaient fait frapper une médaille dans laquelle ils avaient exprimé tout ce que la république avait fait de glorieux: nAssertls legibus ; emendatis sa- » cris, adjutis, defensis, conciliatis regibus ; vindicata marium » liberiate ; stabilita or bis Europæ quiete. » « Les lois affermies ; la religion épurée ; les rois secourus, défendus et réunis -, la liberté des mers vengée-, l’Europe pacifiée^.»

Ils ne se vantaient, en effet, de rien qu’ils n’eussent fait: cependant ils firent briser le coin de cette médaille pour apaiser I.ouis XIY.

Le roi d’Angleterre, de son côlé, leur reprochait que leur lîotte n’avait pas baissé son pavillon devant un bateau anglais, et alléguait encore un certain tableau, où Corneille de Witt, frère du pensionnaire, était peint avec les attributs d’un vainqueur. On voyait des vaisseaux pris et brûlés dans le fond du tableau. Ce Corneille de Witt, qui en effet avait eu beaucoup de part aux exploits maritimes contre l’Angleterre, avait souffert ce faible monument de sa gloire ; mais ce tableau presque ignoré était dans une chambre où l’on n’entrait presque jamais. Les ministres anglais, qui mirent par écrit les griefs de leur roi

bataille d’Hoclistedt, en 1709, à l’occasion de ces deux vers qui coururent alors :

Aller in egregionuper certamine Josue Glamavit : Sta, sol Gallice! soigne [stetit.

« Or, Van-Beuning ne s’appelait point Josué, mais Conrad. » (Note de Voltaire.) — Il faut avouer que la raison que donne Voltaire n’est pas bien concluante.

1. Van-Beuning se défendit d’avoir commis une si grande et si téméraire extravagance \ mais il avait souvent, par sa roideur, indisposé Colbert et le roi lui-même. Voltaire a rappelé plus haut, page 108, sa fière réponse à Lionne.

2. La guerre de Hollande eut d’autres causes que l’orgueil du roi, blessé par des médailles. Il était mécontent de la politique des Provinces-Unies, qui avaient abandonné la France, au traité de Munster, en 1648, et s’étaient interposées, en 1668, pour arrêter les progrès de Louis XIV; comme il l’écrivait alors : il n’appartient pas à des marchands, qui sont eux-mêmes des usurpateurs^ de décider souverainement des intérêts des plu grands mo-

narques de la chrétienté. Puis Louis XIV S ne voulait pas rencontrer de nouveau i leur opposition, quand il s’agirait de j régler la grande question de la succès- j sion d’Espagne : « Le véritable moyen | de parvenir à la conquête des Pays- Bas espagnols est d’abaisser les Hollandais, de les anéantir, s’il est possible. » (Lettre de Louvois à Condé,

1" novembre 1671.) La marine hollandaise inspirait de la jalousie au roi, et depuis quelques années, il y avait en- ? tre les deux pays une guerre de tarifs, qui préparait la guerre par les armes.

Le tarif de 1667, qui protégeait le commerce français, avait atteint les Anglais et surtout les Hollandais, qui ' pendant trois ans réclamèrent vivement, et finirent par grever de gros droits les vins et eaux-de-vie de France. j On riposta par de nouvelles rigueurs (juin 1671) : cependant il n’est pas ' juste de dire que Colbert, dans l’intérêt de notre marine, poussait le roi à ' la guerre : « Il y a plus de gens qui la blâment, écrit-il à Pomponne, le lendemain de la déclaration de guerre,

30 mars 1672, tant à la cour qu’à la ville, qu’il n’y en a qui la louent. » Colbert fut toujours partisan de la paix.

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