CHAPITRE X
contre la Hollande, y spécifièrent des tableaux injurieux, abusive pictures. Los Etats, qui traduisaient toujours les mémoires des ministres en français, ayant traduit abusive par le mot fautifs, trompeurs, répondirent qu’ils ne savaient ce que c’était que ces tableaux trompeurs. En effet, ils ne devinèrent jamais qu’il était question de ce portrait d’un de leurs concitoyens, et ils ne purent imaginer ce prétexte de la guerre L Tout ce que les efforts de l’ambition et de la prudence humaine peuvent préparer pour détruire une nation, Louis XIV l’avait fait^. 11 n’y a pas chez les hommes d’exemple d’une petite entreprise formée avec des préparatifs plus formidables. De tous les conquérants qui ont envahi une partie du monde, il n’y en a pas un qui ait commencé ses conquêtes avec autant de troupes réglées et autant d’argent que Louis en employa pour subjuguer le petit État des Provinces-Unies. Cinquante millions, qui en feraient aujourd’hui quatre-vingt-dix-sept, furent consommés à cet appareil. Trente vaisseaux de cinquante pièces de canon joignirent la flotte anglaise, forte de cent voiles. Le roi, avec son frère, alla sur les frontières de la Flandre espagnole et de la Hollande, vers Maëstricht^ et Charleroi^, avec plus de cent douze mille hommes. L'évêque de Munster et l’électeur de Cologne en avaient environ vingt mille. Les généraux de l’armée du roi étaient Condé et Turenne : Luxembourg commandait sous eux. Vauban devait conduire les sièges. Louvois était partout avec sa vigilance ordinaire. Jamais on n’avait vu une armée si magnifique, et en même temps mieux disciplinée. C’était surtout un spectacle imposant, que la maison du roi nouvellement reformée. On y voyait quatre compagnies de gardes du corps, chacune composée de trois cents gentilshommes, entre lesquels il y avait beaucoup de jeunes cadets sans paye, assujettis comme
1. Charles II, après avoir fait capturer leurs navires marchands, déclara la guerre aux Hollandais , et énuméra d’autres motifs que des médailles outrageantes ou des tableaux injurieux :
il les accusait de ne pas abaisser leur pavillon devant le sien; d’avoir arrêté des négociants anglais dans la Guyane ; de refuser un traité pour régler les droits des deux nations aux Indes orientales.
2. « Dans le cours de cette guerre, je peux me vanter d’avoir fait voir ce que c’est que la France, ce qu’elle peut faire seule. Il en est sorti des millions pour mes alliés; j’en ai versé des tré-
sors. Tous mes sujets ont secondé mes intentions de tout leur pouvoir : dans les armées, par leur valeur; dans mon royaume, p^ir leur zèle; dans les pays étrangers, par leur industrie et leur capacité. Pour tout dire, la France a fait voir la différence qu’il y a des autres nations à celle qu’elle produit. » (Mém, de Louis XIV.) « Cela, dit Napoléon, forme une nouvelle ère de l’art de la guerre. »