CHAPITRE X. l‘2t
que par cet événement: Rliinberg, Orsoy, Vesel, Burick^ Elles turent prises presque aussitôt qu’elles furent investies. Celle de Pdiinberg, que le roi voulut assiéger en personne, n’essuya pas un coup (le canon ; et, pour assurer encore mieux sa prise, on eut soin de corrompre le lieutenant de la place, Irlandais de nation, nommé Dosseri, qui eut la lacbeté de se vendre, et l’imprudence de se retirer ensuite à Maëstricbt, où le prince d’Orange le fit punir de mort.
Toutes les places qui bordent le Rbiri et TYsseP se rendirent. Quelques gouverneurs envoyèrent leurs clefs, dès qu’ils virent seulement pas.ser de loin un ou deux escadrons français : plusieurs officiers s’enfuirent des villes où ils étaient en garnison, avant que l’ennemi lut dans leur territoire; la consternation était générale. Le prince d’Orange n’avait point encore assez de troupes pour paraître en campagne. Toute la Hollande s’attendait à passer sous le joug, dès que le roi serait au delà du Rbin. Le prince d’Orange fit faire à la bâte des lignes au delà de ce fleuve, et après les avoir faites, il connut l’impuissance de les garder. Il ne s’agissait plus que de savoir en quel endroit les Français voudraient fake un pont de bateaux, et de s’opposer, si on pouvait, à ce passage. En effet, l’intention du roi était de passer le fleuve sur un pont de ces petits bateaux inventés par Martinet. Des gens du pays informèrent alors le prince de Condé que la sécheresse de la saison avait formé un gué sur un bras du Rbin, auprès d’une vieille tourelle qui sert de bureau de péage, qu’on nomme Tollhuys, la maison du péage, dans laquelle il y avait dix-sept soldats. Le roi fit sonder ce gué par le comte de Guiebe^. 11 n’y avait qu’environ vingt pas à nager au milieu de ce bras du fleuve, selon ce que dit dans ses lettres Pellisson, témoin oculaire, et ce que m’ont confirmé les habitants. Get espace n’était rien, parce que plusieurs chevaux de
qui aurait fait perdre beaucoup de temps, on se dirigea par la Meuse vers le Rhin inférieur, en mai 1672.
1. Ces quatre places, que les Hollandais détenaient sur l’électeur de Brandebourg, duc de Clèves, et sur l’électeur de Cologne, formaient les gardes avancées des Provinces-Unies.
2. L'Yssel n’est autre chose qu’un canal dérivé du Rhin par Drusus, qui rejoint la rivière d’Yssel, et communique avec le Zuyderzée.
3. Le comte de Guiche, ûls du maréchal de Gramont, avait été exilé à cause de ses aventures galantes; il
avait servi les Polonais contre les Turcs, et, dans la guerre des Hollandais contre les Anglais, il avait sauvé la vie à Ruyter. « 11 a fait, écrit Madame de Sévigué, une action dont le succès le couvre de gloire, car si eile eût tourné autrement, il eût été criminel. 11 sc charge de reconnaître si la rivière est guéable ; il dit que oui; elle ne l’est pas; des escadrons entiers liassent à la nage, sans se déranger. 11 est vrai qu’il passe le premier; cela ne s’est jamais hasardé, cela réussit; il enveloppe les escadrons et les force à se rendre. » '^Lettre du 3 juillet 1672.) '
i’22 SIÈCLE DE LOUIS XIV.
front rompaiont le lil de Teaii Irès-peii rapide. L’abord était ai^^e: il n’y avait de l’aiilre coté de l’eaii que quatre h cinq cents ca valiers et deux faibles régiments d’inranlerie sans canon. L’arlillerie fran^'aise les foudroyait en t1anc. Tandis cpie la maison du roi et les meilleures troupes de cavalerie passèrent, sans risque, au nombre d'environ quinze mille hommes (12 juin 1072), le priiict' de Coudé les côtoyait dans un bateau de cuivre. A peine (pielques cavaliers hollandais entrèreut dans la rivière pour Taiia' semblant de combattre, ils s’eufuirent l’instant d’après ilevaut la multitude qui venait ù eux. Leur inranterie mit aussitôt bas les armes et demanda la vie. Ou ne perdit dans le passade cpie h‘ comte de Notent et quelques cavaliers (pii, s’étant écartés du ^ué, se noyèrent ; et il n’y aurait eu personne de tué dans cetti* journée, sans l’imprudence du jeime du(‘ de Lim^ueville ‘. On dit qif ayant la tète [ileine des t'umées du vin, il tira un coup de pistolet sur les ennemis qui demandaii'iit la vie à penoux, en leur criant: Point de quarlicr pour celle canaille. Il tua du coup un de leurs ot'ticiers. I/inl'anterie hollandaise désespérée reprit à l’instant ses armes, et lit une décharge dont le duc de Longui'ville fut tué. Un capitaine de cavalerie nommé Ossemhrœk^, qui ne s’était point enfui avec les autres, court au ju'iuce de Coudé qui montait alors à cheval en sortant de la rivière, et lui appuie son pistolet ù la tète. Le prince, par un mouvement, détourna le coup, qui lui fracassa le poignet. Coudé ne reçut jamais (pie cette blessure dans toutes ses campagnes^. Les Français irrites tirent main-basse sur cette infauterie, (pii se mit à fuir de tons cotés. Louis XIV [nissa sur un pont de bateaux avec rinraiil(‘ri(', après avoir dirigé lui-mème toute la marche.
Tel fut ce passage du Hhiu, action éclatante et unique, ce lébrée alors comme un des grands événements (pii dussent occuper la mémoire des hommes*. Cet air de grandeur dont le
1. Le duc do Longuevillo (Cliarlos- Piiria d’Orléans), né à l’IIôtel do ville de Paris, le 2S janvier 1649, servait, comme volontaire, auprès de Coudé, son oncle. Sur la proposition do Jean Sobieski, grand maréchal de Pologne, la diète de ce royaume voulait l’élever au trùne; les députés polonais étaient mémo en chemin pour le camp français quand il fut tué.
2. On prononce Ossembrouk ; l’tf fait ou chez les Hollandais. (Note de Volt.)
3. Coudé avait reçu d’autres blessures dans ses campagnes précédentes; c('lle-ci fut la plus grave.