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On üonnail les vers do lioileau

dans son épître iv, au roi ; Bossuet appelait le passage du llhin « le prodige de notre siècle et do la vio de Louis le Grand. » Les allégories, sculptées par les frères Auguier sur la porte Saint- Denis, pointes par Lebrun A Versailles, le célèbre tableau do Van der Moulon, devaient en éterniser la mémoire. Sans mériter tant il’éloges, ce passage que Napoléon appelait assez dédaigneusement n une opération de quatrième ordre, « était une action hardie, dont les conséquences valaient peut-être une victoire.

CHAPITKK X.

roi relevait toutes ses actions, le honheur rapide de ses conquêtes, la splendeur de son règne, l’idolâtrie de ses courtisans, enfin, le goût que le peu[)le et surtout les Parisiens ont pour l’exagéralion, joint à l’ignorance de la guerre où l’on est dans l’oisiveté des grandes villes, tout cela fit regarder, à Paris, le passage du Pliin comme un prodige qu’on exagérait encore. i/o[»inion comrnime était que toute l’armée avait passé ce fleuve à la nage, en présence d’une armée rctrancliée, et malgré l’ar tillerie d’une forteresse imprenable, appelée le Tholus. 11 était Irès-vrai que rien n’était plus imposant pour les ennenjis que C(* passage, et que s’ils avaient eu un corps de bonnes troupes à l’autre bord, l’entreprise était très-périlleuse.

Dès qu’on eut passé le Ilbin, on prit Doesbourg, Zutphen, Arnheim, Nosernbourg, Nimègue, Scbenck, Bornmel, Crève cœur, etc. Il n’y avait guère d’Iieurcs dans la journée où le roi ne reçût la nouvelle de quelque conquête. Un officier nommé Mazel mandait à M. de Turenne: «Si vous voulez m’envoyer cinquante chevaux, je pourrai prendre avec cela deux ou trois places U 7)

(20 juin 1072) Utrecbt envoya ses clefs et capitula avec foule la province qui porte son nom. Louis fit son entrée triomphale dans cette ville, menant avec lui son grand aumônier, son confesseur et l’arclievèque titulaire d’dtreclit. On rendit avec solennité la grande église aux catholiques. L’archevêque, qui n’en portait que le vain nom, fut pour quelque temps établi dans une dignité réelle. La religion de Louis XIV faisait des conquêtes comme ses armes. C’était un droit qu’il acquérait sur la Hollande dans l’esprit des catholiques^.

Les provinces d’ütrecht, d’Over-Yssel, de Gueldre, étaient soumises: Amsterdam n’attendait plus que le moment de son esclavage ou de sa ruine. Les juifs qui y sont établis s’empre.ssèrent d’offrir à Gourville, intendant et ami du prince de Condé, deux millions de florins pour se racheter du pillage.

1. Turenne, du 13 au 16 juin, prend Arnheim et le fort de Knotzembourj^, en face de Nimègue ; le fort de Schenck se rend le 19; puis Tile de Bornmel formée par le Wahal et la Meuse, est envahie; Doësbourg capitule (17-21 juin) ; Monsieur prend Zutphen, le 22 ; Grave est occupée le S juillet, et Nimègue se rend le 9, après trois semaines de bombardement. Après avoir fait enlever le fort de Crève-cœur, qui commande les communications de Bois-

le-Duc avec l’île de Bornmel, puis la ville de Bornmel, qui domine toute l’îlc (19-22 juillet), le roi repartit pour Saint- Germain. Lamédaille frappéoen France, comme monument de ces conquêtes, annonçait que quarante places fortes avaient été prises en vingt-deux jours.

2. Le pape Clément IX félicita Louis XIV d’avoir renversé une puissance élevée sur les ruines d’un pouvoir légitime, et nuisible aux intérêts de la royauté.

Déjà Naerden, voisine d’Amsterdam, était prise. Quatre cavaliers allant en maraude^ s’avancèrent jusqu’aux portes de Muiden, où sont les écluses qui peuvent inonder le pays, et qui n’est qu’à une lieue d’Amsterdam. Les magistrats de Muiden, éperdus de frayeur, vinrent présenter leurs clefs à ces quatre soldats; mais enfin, voyant que les troupes ne s’avançaient point, ils reprirent leurs clefs et fermèrent les portes. Un instant de diligence eût mis Amsterdam dans les mains du roi. Cette capitale une fois prise, non-seulement la république périssait, mais il n’y avait plus de nation hollandaise, et bientôt la terre même de ce pays allait disparaître. Les plus riches familles, les plus ardentes pour la liberté, se préparaient à fuir aux extrémités du monde et à s’embarquer pour Batavia On fit le dénombrement de tous les vaisseaux qui pouvaient faire ce voyage, et le calcul de ce qu’on pouvait embarquer. On trouva que cinquante mille familles pouvaient se réfugier dans leur nouvelle patrie. La Hollande n’eût plus existé qu’au bout des Indes orientales: ses provinces d’Europe, qui n’achètent leur blé qu’avec leurs richesses d’Asie, qui ne vivent que de leur commerce, et, si on l’ose dire, de leur liberté, auraient été presque tout à coup ruinées et dépeuplées. Amsterdam, l’entrepôt et le magasin^ de l’Europe, où deux cent mille hommes cultivent le commerce et les arts, serait devenue bientôt un vaste marais. Toutes les terres voisines demandent des frais immenses et des milliers d’hommes pour élever leurs digues : elles eussent probablement à la fois manqué d’habitants comme de richesses, et auraient été enfin submergées, ne laissant à Louis XIV que la gloire déplorable d’avoir détruit le plus singulier^ et le plus beau monument de l’industrie humaine®.

La désolation de l’État était augmentée par les divisions or-

1. Aller en maraude ou à la maraude, c’est piller dans les environs du camp, en s’éloignant de l’armée.

2. Batavia était une colonie hollandaise déjà florissante; elle avait été fondée au commencement de ce siècle, dans rîle de Java, une des plus riches de la Malaisie.

3. L’entrepôt et le magasin; l’entrepôt est un lieu de dépôt momentané pour les marchandises; le magasin est un lieu où on les serre, où on les amasse.

4. Singulier. — Voltaire a souvent employé cet adjectif dans le sens d’extraordinaire.

5. Une grande partie de la Hollande est au-dessous du niveau de la haute mer et des fleuves ; les côtes sont garanties par des dunes naturelles ou par des digues artificielles, dont quelquesunes ont quinze mètres de hauteur sur quarante de largeur à la base. Les bords des fleuves sont également endigués, et il a fallu fermer les embouchures de certaines rivières par des écluses, qui s’ouvrent à la marée basse, mais arrêtent la mer lorsqu’elle monte.

Le pays est d’ailleurs couvert de canaux; en rompant les digues, en ouvrant les écluses, il est facile de l’inonder. C’est ce qui a fait nommer ce pays Hollande (pays creux j.

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