Les portes Saint-Denis et Saint
Martin, commencées en 1670, furent consacrées à la mémoire des triomphes de Louis XIV en Hollande. La pre mière fut construite par Blondel, la seconde est de Bullet, son élève.
généraux imprimait la vénération ^ Ses ministres étaient regardés comme des génies supérieurs aux conseillers des autres princes, et Louis était en Europe comme le seul roi 2. En effet, l’empereur Léopold ne paraissait pas dans ses armées; Charles 11, roi d’Espagne, fils de Philippe IV, sortait à peine de l’enfance^; celui d’Angleterre ne mettait d’activité dans sa vie que celle des plaisirs.
Tous ces princes et leurs ministres tirent de grandes fautes. L’Angleterre agit contre les principes de la raison d’État en s’unissant avec la France pour élever une puissance que son intérêt était d’affaiblir L’Empereur, l’Empire, le conseil espagnol, firent encore plus mal de ne pas s’opposer d’abord à ce torrent. Enfin Louis lui-même commit une aussi grande faute qu’eux tous en ne poursuivant pas avec assez de rapidité des conquêtes si faciles^. Coudé et Turenne voulaient qu’on démolît la plupart des places hollandaises. Ils disaient que ce n’était point avec des garnisons que l’on prend des États, mais avec des armées ; et qu’en conservant une ou deux places de guerre pour la retraite, on devait marcher rapidement à la conquête entièn , Louvois, au contraire, voulait que tout fût place et garnison ; c’était là son génie, c’était aussi le goût du roi. Louvois avait par là plus d’emplois à sa disposition; il étendait le pouvoir de son ministère; il s’applaudissait de contredire les deux plus grands capitaines du siècle®. Louis le crut, et se trompa, comme il l’avoua depuis; il manqua le moment d’entrer dans la capitale de la Hollande; il affaiblit son armée en la divisant dans trop de places; il laissa à son ennemi le temps de respirer. L’histoire des plus grands princes est souvent le récit des fautes des hommes.
1. Us imprimaient plutôt la terreur et Y admiration que la vénération.
2. « il est le plus roi de tous les rois, » écrivait Leibnitz à Bossuet.
Goethe l’appelle quelque part «l’homme souverain. » « Les faiblesses et les fautes de Louis XIV, a dit Vobaire, n’ont pas empêché don Ustariz de le proposer pour modèle au gouvernement de l’Espagne, el de l’appeler un homme 'prodigieux. Ses anciens ennemis lui ont payé à sa mort le tribut d’estime qu’ils lui devaient. »
3. Charles n'avait alors que onze ans, et son enfance devait se prolonger au delà des limites ordinaires.
4. La France commit alors une plus grande faute que l’Angleterre, en s’unissant à elle, pour détruire la seule
puissance maritime et commerciale, capable de lui disputer, avec l’aide de la France , cette prépondérance sur les mers, que l’Angleterre réclamait déjà.
Charles II lui-même ne s’opposait-il pas, autant qu’il le pouvait, à l’accroissement de la marine française! Ne déclarait-il pas, dans sa harangue au Parlement (1673), que la guerre était populaire, et qu’il fallait que Carthage fût détruite!