‹ Sicle de Louis XIVChapitre 142 sur 447 · CHAPITRE XL 13.’i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL 13.’i

qui sont assez sensibles à la gloire pour qu’on ne les gouverno point par la crainte de la honte. Il faut savoir qu’à la vérité les provisions 1 des commandants des places les obligent à soutenir trois assauts ; mais ce sont de ces lois qui ne sont jamais exécutées. Du-Pas se fit tuer, un an après, au siège de la petite ville de Grave, où il servit volontaire Son courage et sa mort durent laisser des regrets au marquis de Louvois, qui l’avait fait punir si durement. La puissance souveraine peut maltiailer un brav<* homme, mais non pas le déshonorer.

Les soins du roi, le génie de Vauban, la vigilance sévère d(‘ Louvois, l’expérience et le grand art de Turenne, l’active intrépidité du prince de Condé, tout cela ne put réparer la faute qu’on avait faite de garder trop de places, d’aiïaiblir l’armée et de manquer Amsterdam.

Le prince de Condé voulut en vain percer dans le cœur de la Hollande inondée. Turenne ne put, ni mettre obstacle à la jonction de Montecuculli et du prince d’Orange, ni empêcher le prince d’Orange de prendre Bonn^. L’évêque de Munster, qui avait juré la ruine des États-Généraux, fut attaqué lui-même par les Hollandais.

Le parlement d’Angleterre força son roi d’entrer sérieusement dans^ des négociations de paix, et de cesser d’être l’instrument mercenaire de la grandeur de la France^. Alors il fallut abandonner les trois provinces hollandaises® avec autant de promptitude qu’on les avait conquises. Ce ne fut pas sans les avoir rançonnées : l’intendant Robert tira de la seule province d’Utreclit, en un an, seize cent soixante et huit mille florins^. On était si pressé d’évacuer un pays conquis avec tant de rapidité, que vingt-huit mille prisonniers hollandais furent rendus pour un écu par soldat. L’arc de triomphe de la porte Saint-Denis et les autres monuments de la conquête étaient à peine achevés, que la conquête était déjà abandonnée. Les Hollandai.s, dans le cours de cette invasion, eurent la gloire de disputer l’empire de la mer, et l’adresse de transporter sur terre le théâtre de la guerre hors

1. On donne ce nom aux lettres royales conférant un emploi civil et militaire : on dirait aujourd’hui commissions.

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