‹ Sicle de Louis XIVChapitre 17 sur 447 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

phie expérimentale, inconnue partout également, et qu’enlin Galilée fit connaître.

Le quatrième siècle est celui que l’on nomme le siècle de Louis XIV, et c’est peut-être celui des quatre qui approche le plus de la perfection. Enrichi des découvertes des trois autres, il a plus fait en certains genres que les trois ensemble. Tous les arts, à la vérité, n’ont point été poussés plus loin que sous les Médicis, sous les Auguste et les Alexandre ; mais la raison humaine en général s’est perfectionnée. La saine philosophie ^ n’a été connue que dans ce temps ; et il est vrai de dire qu’à commencer depuis les dernières années du cardinal de Richelieu, jusqu’à celles qui ont suivi la mort de Louis XIV, il s’est fait dans nos arts, dans nos esprits, dans nos mœurs, comme dans notre gouvernement, une révolution générale qui doit servir de marque éternelle à la véritable gloire de notre patrie. Cette heureuse influence ne s’est pas même arrêtée en France ; elle s’est étendue en Angleterre ; elle a excité l’émulation dont avait alors besoin cette nation spirituelle ^ et hardie; elle a porté le g< ût en Allemagne, les sciences en Russie elle a même ranimé l’ilalie qui languissait, et l’Europe a dû sa politesse ^ et l’esprit de société à la cour de Louis XIV.

Il ne faut pas croire que ces quatre siècles aient été exempts de malheurs et de crimes. La perfection des arts cultivés par des citoyens paisibles n’empêche pas les princes d’être ambitieux, les peuples d’être séditieux. Tous les siècles se ressemblent par la méchanceté des hommes : mais je ne connais que ces quatre âges distingués parles grands talents

Avant le siècle que j’appelle de Louis XIV, et qui commence à peu près à l’étal3lissement de l’Académie française®, les Italiens appelaient tous les ultramontains'^ du nom de barbares: il faut avouer que les Français méritaient en quelque sorte cette

4. Politesse est ici dans le sens du mot, plus moderne, cimlisation^

5. Ici encore Texagération que nous avons signalée plus haut; elle est trop évidente pour être réfutée.

6. L’Académie fnançaise fut instituée par Richelieu, le 2 janvier 1635.

7. Ultramontains, c’est-à-dire au delà de la chaîne des Alpes, par rapport à ritaüe. On se sert plus ordinairement en France de cette expression pour désigner les Italiens, et surtout les défenseurs de la papauté dans leurs querelles avec les Gallicans.

^ tres-souvent le mot philosophie dans l’acception Ae sciences. Si Voltaire employait ce mot dans le sens que nous lui donnons habituellement, on pourrait croire qu’il fait allusion à Descartes.

2. On ne peut refuser la hardiesse à la nation anglaise; mais je ne sais pas si Voltaire, au lieu de spirituelle, n’a pas voulu dire intelligente.

3. Voltaire fait ici allusion à Frédéric 11 de Prusse et aux souverains de Russie, qui, au xyiii® siècle, acceptèrent par politique autant que par goût Tinüuence des idées françaises.

iDjure. Leurs pères joignaient la galanterie romanesque des Maures^ à la grossièreté gothique®. Ils n’avaient presque aucun des arts aimables, ce qui prouve que les arts utiles étaient négligés; car lorsqu’on a perfectionné ce qui est nécessaire, on trouve bientôt le beau et l’agréable; et il n’est pas étonnant que la peinture, la sculpture, la poésie, l’éloquence, la philosophie, fussent presque inconnues à une nation qui, ayant des ports sur l’Océan et sur la Méditerranée, n’avait pourtant point de flotte, et qui, aimant le luxe à l’excès, avait à peine quelques manufactures grossières^.

Les Juifs, les Génois, les Vénitiens, les Portugais, les Flamands, les Hollandais, les Anglais, firent tour à tour le commerce de la France, qui en ignorait les principes. Louis XIII, à son avènement à la couronne, n’avait pas un vaisseau : Paris ne contenait pas quatre cent mille hommes, et n’était pas décoré de quatre beaux édifices^; les autres villes du royaume ressemblaient à ces bourgs qu’on voit au delà de la Loire. Toute la noblesse, cantonnée à la campagne dans des donjons entourés de fossés, opprimait ceux qui cultivent la terre. Les grands chemins étaient presque impraticables ; les villes étaient sans police, l’État sans argent, et le gouvernement presque toujours sans crédit parmi les nations étrangères

1. Voltaire fait allusion d’une manière un peu vague, à l'influence des modes et du langage de l’Espagne dans la première partie du xvii® siècle.

2. Pour Voltaire, le mot gothique est synonyme de barbare ; tous les siècles du moyen âge sont des siècles grossiers, gothiques^ sans qu’il soit bien facile de justifier l’origine de l’expression.

3. Pour rehausser l’éclat du siècle de Louis XIV, l’auteur semble avoir pris plaisir à rabaisser les âges précédents, sans distinction, sans restriction ; c’est peut-être de l’art, ce n’est pas la vérité.

4. On peut citer cependant la cathédrale et la plupart des vieilles églises; il est vrai que Voltaire était loin d’apprécier les œuvres de l’art du moyen âge. Mais les plus belles parties du Louvre existaient, Catherine de Médicis avait commencé les Tuileries, Marie de Médicis avait élevé le palais d i Luxembourg, etc. Un historien récent a pu dire avec vérité : «Paris, sous Louis XIII, reçut une face nouvelle. Son enceinte fut agrandie, de nouveaux quartiers furent créés; un grand nombre de monuments, dont quelques-uns très-considérables, furent construits... La ville

devint la digne capitale d’une nation qui devait être bientôt la première de l’Europe.» Corneille a célébré ces changements dans le Menteur :

Paris semble à mes yeux un pays de [romans ;

J’y croyais ce matin voir une île en- [chantée ;

Je la laissai déserte et la trouve habi* [tée.

Quelque Amphion nouveau, sans l'aide [des maçons,

En superbes palais a changé les buis- [sons.

5. Cette appréciation est en contradiction avec la vérité, avec tout ce que Voltaire lui-même a maintes fois répété, lorsqu’il a célébré, en prose et en vers, le règne réparateur de Henri IV , opposons-iui seulement ce passage : « La j'ustice est réformée; le commerce et les arts sont en honneur. Les étoffes d’argent et d'or reparaissent avec plus d’éclat, et enrichissent Lyon et la France. Il établit des manufactures de haute lice, en laine et en soie rehaussées d’or. On commence à faire de petites glaces dans le goût de Venise. C’est à lui seul

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