CHAPITRE I
Il faut, pour qu’un Etat soit puissant, ou que le peuple ait une liberté fondée sur les lois, ou que Tautorité souveraine soit affermie sans contradiction. En France, les peuples furent esclaves jusque vers le temps de Philippe Auguste : les seigneurs furent tyrans jusqu’à Louis XI; et les rois, toujours occupés à soutenir leur autorité contre leurs vassaux, n’eurent jamais ni le temps de songer au bonheur de leurs sujets, ni le pouvoir de les rendre heureux.
Louis XI fit beaucoup pour la puissance royale, mais rien pour la félicité et la gloire de la nation L François I®^’ fit naître le commerce, la iravigation, les lettres et tous les arts; mais il fut trop malheureux pour leur faire prendre racine en France, et tous périrent avec lui. Henri le Grand adait retirer la France des calamités et de la barbarie où trente ans de discorde l’avaient replongée, quand il fut assassiné dans sa capitale, au milieu du peuple dont il commençait à faire le bonheur. Le cardinal de Richelieu, occupé d’abaisser la maison d’Autriche, le calvinisme et les grands, ne jouit point d’une puissance assez paisible pour réformer la nation ; mais au moins il commença cet heureux ouvrage.
Les Français n’eurent part ni aux grandes découvertes ni aux inventions admirables des autres nations : l’imprimerie, la poudre, les glaces, les télescopes, le compas de proportion, la machine pneumatique, le vrai système de l’univers, ne leur appartiennent pas ; ils faisaient des tournois, pendant que les Portugais et les Espagnols découvraient et conquéraient de nouveaux mondes à l’orient et à l’occident du monde connu. Gharles- Quint prodiguait déjà en Europe les trésors du Mexique, avant que quelques sujets de François eussent découvert la contrée inculte du Canada mais, par le peu même que firent les
qu’on doit les vers à soie, les plantations de mûriers. Henri fait creuser le canal de Briare. Paris est agrandi et embelli; il forme la place Royale; il restaure tous les ponts. Le faubourg Saint- Germain ne tenait pJnt à la ville ; il n’était point pavé ; le roi se charge de tout... Saint-Germain, Monceaux, Fontainebleau, et surtout le Louvre sont augmentés et presque entièrement bâtis. Il donne des logements dans le Louvre à des artistes en tous genres, qu’il encourageait souvent de ses regards comme par des récompenses. 11 est enfin le vrai fondateur de la Bibliothèque royale, etc.» Essai sur les mœurs J chap. clxxiv.
1. Louis XI ne fit rien... Dans VEs~ sai^ Voltaire a été plus juste, sans être favorable à ce roi : « Il avait du courage; il savait donner en roi ; il voulait que la justice fût rendue. C’est à lui que le peuple doit le premier abaissereient des grands. Environ cinquante familles en ont murmuré, et plus de cinq cent mille ont dû s’en féliciter... De lui vient l’établissement des postes... Il voulait rendre les poids et les mesures uniformes dans ses Etats... Enfin il prouva qu’un méchant homme peut faire le bien public, quand son intérêt particulier n’y est pas contraire. » Essai sur les mœurs^ chap. xciv.