‹ Sicle de Louis XIVChapitre 178 sur 447 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

qu’elle en avait eu déjà car ïourville sc trouva à la tète de soixante vaisseaux de ligne, et d’Estrées en avait trente sans compter ceux qui étaient dans les ports; (1696) et même, quatre ans après, le roi fit encore un armement plus considérable que tous les précédents, pour conduire Jacques en Angleterre à la tête de vingt mille Français; mais cette flotte ne fit que se montrer, les mesures du parti de Jacques ayant été aussi mal concertées à Londres que celles de son protecteur avaient été bien prises en France

Il ne resta de ressource au parti du roi détrôné que dans quelques conspirations contre la vie de son rival Ceux qui les tramèrent périrent presque tous du dernier supplice ; et il est à croire que, quand môme elles eussent réussi, il n’eût jamais recouvré son royaume. Il passa le reste de ses jours à Saint- Germain, où il vécut des bienfaits de Louis et d’une pension de soixante-dix mille francs qu’il eut la faiblesse de recevoir en secret de sa fille Marie, par laquelle il avait été détrôné. Il mourut en 1701 à Saint-Germain.

Peu de princes furent plus malheureux que lui; et il n’y a aucun exemple dans l’histoire d’une maison si longtemps infortunée. Le premier des rois d’Ecosse ses aïeux, qui eut le nom de Jacques, après avoir été dix-huit ans prisonnier en Angleterre, mourut assassiné avec sa femme par la main de ses sujets. Jacques II, son fils, fut tué à vingt-neuf ans, en combattant contre les Anglais. Jacques III, mis en prison par son peuple, fut tué ensuite par les révoltés dans une bataille. Jacques IV périt dans un combat qu’il perdit. Marie Stuart, sa petite-fille, chassée de son trône, fugitive en Angleterre, ayant langui dix-huit ans en prison, se vit condamnée à mort par des juges anglais, et eut la tête tranchée. Charles I®^, petit-fils de Marie, roi d’Écosse et

1. « Le roi a présentement soixantedix vaisseaux à Brest en état de tenir la mer, malgré ceux que nous avons perdus, et on a déjà envoyé l’argent nécessaire pour faire achever quatorze N^aisseaux, qui seront prêts au printemps. » (Journal de Dangeau.) Un an après La Hougue, Louis XIV put, sans exagération, consacrer une médaille à la splendeur maritime de la France [splendor rei navalis), et y montrer la France, le trident à la main, sur le char de Neptune. Cette même année, 1693, Tourville remportait une belle victoire près de Lagos ou du cap Saint-Vincent et s’emparait

d’une partie considérable de la flotte de Smyrne.

2. On réunit seize mille soldats d’élite à Calais, à Dunkerque, à Gravelines; Jacques II, en février 1696, alla se mettre à leur tête ; Jean Bart et d’autres braves marins devaient l’escorter. Mais le complot jacobite échoua en Angleterre; Guillaume eut le temps de se couvrir de ses flottes, et Jacques revint à Saint-Germain.

3. Jacques repoussa toutes les propositions contre la vie de Guillaume; mais il y eut plusieurs complots découverts, jugés et punis.

d’Angleterre, vendu par les Écossais et jugé à mort par les Anglais, mourut sur un échafaud dans la place publique. Jacques, sou tils, septième du nom et deuxième en Angleterre, dont il est ici question, fut chassé de ses trois royaumes ; et, pour comble de malheur, on contesta à son fils jusqu’à sa naissance. Ce fils ne tenta de remonter sur le trône de ses pères que pour faire périr ses amis par des bourreaux ; et nous avons vu le prince Charles-Édouard, réunissant en vain les vertus de ses pères et le courage du roi Jean Sobieski, son aïeul maternel, exécuter les exploits et essuyer les malheurs les plus incroyables.

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