‹ Sicle de Louis XIVChapitre 177 sur 447 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

liqiios qui claut très-pauvres clans leur patrie, voulurent aller subsister ou France dos libéralités du roi.

Il est à croire que la lortune eut pou de part à toute cotte révolution depuis son cominonceinent jusqu’à sa tin. Les caractères de Guillaume et de Jacques firent tout. Ceux qui aiment à voir dans la conduite des hommes les causes des événements remarqueront que le roi Guillaume, après sa victoire, fit publier un pardon général, et que le roi Jacques vaincu, en passant par une petite ville nommés Galloway^ fit pendre quelques citoyens qui avaient été d’avis de lui fermer ies portes. De deux hommes qui se conduisaient ainsi, il était bien aisé de voir qui devait l’emporter.

Il restait à Jacques quelques villes en Irlande, entre autres Limerick^, où il y avait plus de douze mille soldats. Le roi de France, soutenant toujours la fortune de Jacques, fit passer encore trois mille hommes de troupes réglées clans Limerick. Pour surcroît de libéralité, il envoya tout ce qui peut servir aux besoins d’un grand peuple et à ceux des soldats. Quarante vaisseaux de transport, escortés de douze vaisseaux de guerre, apportèrent tous les secours possibles en hommes, en ustensiles, en équipages ; des ingénieurs, des canonniers, des bombardiers, deux cents maçons; des selles, des brides, des housses, pour plus de vingt mille chevaux; des canons avec leurs affûts, des fusils, des pistolets, des épées, pour armer vingt-six mille hommes; des vivres, des habits, et juscju’à vingt-six mille paires de souliers. Limerick assiégée, mais munie de tant de secours, espérait de voir son roi combattre pour sa défense. Jacques ne vint point. Limerick se rendit, les vaisseaux français retournèrent encore vers les côtes d’Irlande, et ramenèrent en France environ vingt mille Irlandais, tant soldats que citoyens fugitifs 3.

Ce qu’il y a peut-être de plus étonnant, c’est que Louis XIV ne se rebuta pas. Il soutenait alors une guerre difficile contre presque toute l’Europe. Cependant il tenta encore de changer la fortune de Jacques par une entreprise décisive, et de faire une descente en Angleterre avec vingt mille hommes. Il comptait sur

1. Galway, dans le Connaught, à l’ouest de l’Irlande , au fond de la grande baie de ce nom. — Le fait, rapporté ici par Voltaire, est nié dans les ^Jpmoir•ef} de Berwick.

2. Limerick^ grande ville située sur le Shannnn, à l’ouest de l’Irlanfle, dans

le Connaught. Elle se rendit le 13 octobre 1691.

3. Douze à quinze mille Irlandais vinrent se mettre à la solde de la France, à côté des cinq à six mille qu’elle entretenait déjà.

le parti que Jacques avait conservé en Angleterre^. Les troupes étaient assemblées entre Cherbourg et la Hogue. Plus de trois cents navires de transport étaient prêts à Brest L Tourville, avec quarante-quatre grands vaisseaux de guerre, les attendait aux côtes de Normandie. D’Estrées arrivait du port de Toulon avec trente autres vaisseaux. S’il y a des malheurs causés par la mauvaise conduite, il en est qu’on ne peut imputer qu’à la fortune. Le vent, d’abord favorable à l’escadre de d’Estrées, changea; il ne put joindre Tourvil le, dont les quarante-quatre vaisseaux furent attaqués par les flottes d’Angleterre et de Hollande, fortes de près de cent voiles^. La supériorité du nombre l’emporta. Les Français cédèrent après un combat de dix heures (29 juillet 1692^). Russel, amiral anglais, les poursuivit deux jours. Quatorze grands vaisseaux, dont deux portaient cent quatre pièces de canon, échouèrent sur la côte; et les capitaines y firent mettre le feu, pour ne les pas laisser brûler par les ennemis. Le roi Jacques, qui du rivage voyait ce dé^stre, perdit toutes ses espérances.

Ce fut le premier échec que reçut sur la mer la puissance de Louis XIV. Seignelay qui, après Colbert son père, avait perfectionné la marine, était mort à la fin de 1690. Pontchartrain, élevé de la première présidence de Bretagne à l’emploi de secrétaire d’Etat de la marine, ne la laissa point périr Le même esprit régnait dans le gouvernement. La France eut, dès l’année qui suivit la disgrâce de la Hogue, des flottes aussi nombreuses

1. Beaucoup de grands personnages, parmi les wliigs comme parmi les tories, Marlborough, Russel, Godolphin, correspondaient avec Jacques II, qui avait de nombreuses intelligences sur la flotte.

2. Trente mille hommes et plus de cinq cents bâtiments de transport étaient réunis de Cherbourg au Havre, sous le maréchal de Bellefonds.

3. Tourville demandait l’autorisation de ne pas combattre encore : « Ce n’est point à vous, répondit le ministre Pontchartrain, à discuter les ordres du roi, c’est à vous de les exécuter, et d’entrer dans la Manche, sinon le roi commettra à votre place quelqu’un plus obéissant et moins circonspect que vous. » L’amiral s’était plaint de la qualité de la poudre; un commis lui répondit «qu’il n’avait qu’à s’approcher plus près des ennemis. »

4. La bataille fut livrée le 29 mai ; elle a rendu Tourville plus célèbre que

ses victoires, a dit Voltaire. En eflet, après une lutte admirable, pendant laquelle les Français n’avaient pas perdu un seul vaisseau, il fallut se retirer ; mais tous les bâtiments ne purent franchir le raz de Blanchard, pour gagner Saint-Malo ; trois allèrent échouer à Cherbourg, alors sans défense, et furent brûlés par les ennemis; douze périrent également dans la rade de la Hougue, accablés par des forces supérieures; mais les équipages furent sauvés.

5. Seignelai était mort en 1690; Pontchartrain (Louis Phélippeaux, comte de) commença par être premier président du parlement de Bretagne; puis intendant des finances, contrôleur général, après la démission de Le Pelletier (20 septembre 1689), puis secrétaire d’Etat de la marine, après la mort de Seignelai. Il s’excusait en disant qu’il n’avait aucune connaissance , et il prouva trop qu’il se jugeait bien.

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