CHAPITRE XVll
sans mesure à l’ambitioii ne se trompent pas moins que celui qui penserait qu’ils sacrifient toujours au bonheur du mondes
Le roi rendit donc à la branche autrichienne d’Espagne tout ce qu’il lui avait pris vers les Pyrénées, et ce qu’il venait de lui prendre en Flandre dans cette dernière guerre, Luxembourg, Mons, Ath, Courtrai. Il reconnut pour roi légitime d’Angleterre le roi Guillaume, traité jusqu’alors de prince d’Orange, d’usurpateur et de tyran. 11 promit de ne donner aucun secours à scs ennemis. Le roi Jacques, dont le nom fut omis dans le traité, resta dans Saint-Germain^, avec le nom inutile de roi, et des pensions de Louis XIV. Il ne fit plus que des manifestes, sacrifié par son protecteur à la nécessité, et déjà oublié de l’Europe.
Les jugements rendus par les chambres de Brisacli^ et de Metz contre tant de souverains, et les réunions faites à l’Alsace, monuments d’une puissance et d’une fierté dangereuse, furent abolis; et les bailliages juridiquement saisis furent rendus à leurs maîtres légitimes.
Outre ces désistements, on restitua à l’Empire Fribourg, Brisach, Kehl, Philipsbourg. On se soumit à raser les forteresses de Strasbourg sur le Bhin, le Fort-Louis, Trarbach, le Mont- Royal, ouvrages où Yauban avait épuisé son art, et le roi ses finances^. On fut surpris dans l’Europe et mécontent en France, que Louis XIV eût fait la paix, comme s’il eût été vaincu. Harlay, Crécy et Callières, qui avaient signé cette paix, n’osaient se montrer, ni à la cour, ni à la ville; on les accablait de reproches et de ridicules, comme s’ils avaient fait un seul pas qui n’eût été ordonné par le ministère. La cour de Louis XIV leur reprochait d’avoir trahi l’honneur de la France, et depuis on les loua d’avoir préparé par ce traité la succession à la monarchie espagnole ; mais ils ne méritèrent ni les critiques ni les louanges.
Ce fut enfin par cette paix que la France rendit la Lorraine à la maison qui la possédait depuis sept cents années. Le duc
1. La paix fut signée, le 20 septembre, avec les Hollandais, qui rendirent Pondichéry; puis avec l’Angleterre, l’Espagne et l’Empereur (octobre).
2. Guillaume demandait que Jacques sortît de Saint-Germain, lieu trop rapproché de l’Angleterre ; Louis refusa.
On dit que Louis XIV avait proposé à Guillaume de reconnaître le prince de Galles, son beau-frère, pour son héritier, et que Jacques s’y opposa: « Mon fils, dit-il, ne peut tenir la couronne que de moi. »
3. « Giannone, si célèbre par son utile Histoire de Naples, dit que ces tribunaux étaient établis à Tournai. 11 se trompe souvent sur toutes les affaires qui ne sont pas celles de son pays.
H dit, par exemple, qu’à Nimègue Louis XIV fit la paix avec la Suède.
Au contraire, la Suède était son alliée.» (Note de Voltaire.)