CHAPITRE XVII
fureiil la inéclialiuii la plus eflicace.- La cour de liuiiie ollïil encore son arbitrage, et Fut reFusée comme à Nimcgue. Le roi de Suède, Cijarles XI, Fut le médiateur L (Septembre, octobre 1G97). Enfin, la paix sc fit, non plus avec cette hauteur et ces conditions avantageuses qui avaient signalé la grandeur de Louis XIV, mais avec une Facilité et un relâchement de ses droits qui étonnèrent également les Français et les alliés. On a cru longtemps que cette paix avait été préparée par la plus proFonde politique.
On prétendait que le grand projet du roi de France était et devait être de ne pas laisser tomber toute la succession de la vaste monarchie espagnole dans Fautre branche de la maison d’Autriche. Il espérait, disait-on, que la maison de Bourbon en arracherait au moins quelque démembrement, et que peut-être un jour elle l’aurait tout entière. Les renonciations authentiques de la Femme et de la mère de Louis XIV ne paraissaient que de vaines signatures, que des conjonctures nouvelles devaient anéantir. Dans ce dessein, qui agrandissait ou la France ou la maison de Bourbon, il était nécessaire de montrer quelque modération à l’Europe, pour ne pas eFFaroucher tant de puissances toujours soupçonneuses. La paix donnait le temps de se Faire de nouveaux alliés, de rétablir les finances, de gagner ceux dont on aurait besoin, et de laisser Former dans l’État de nouvelles milices. Il Fallait céder quelque chose dans l’espérance d’obtenir beaucoup plus.
On pensa que c’étaient là les moliFs secrets de cette paix de Ryswick, qui en effet procura par l’événement le trône d’Espagne au petit-fils de Louis XIV. Cette idée, si vraisemblable, n’est pas vraie: ni Louis XIV ni son conseil n’eurent ces vues qui semblaient devoir se présenter à eux^. C’est un grand exemple de cet enchaînement des révolutions de ce monde, qui entraînent les hommes par lesquels elles semblent conduites. L’intérêt visible de posséder bientôt l’Espagne, ou une partie de cette monarchie, n’influa en rien dans la paix de Ryswick.
1. Charles XI mourut pendant les négociations (15 avril 1697); la Suède continua sa médiation au nom du jeune Charles Xll.
2. Voltaire est ici beaucoup trop affirmatif; sans doute la lassitude de la guerre, l'épuisement des finances, les instances de Madame de Maintenon, deBeauvilliers, etc., contribuèrent beaucoup à la conclusion do la paix. Mais tons les fai [s prouvent que la perspec-
tive de la mort prochaine de Charles 11 ne fut pas étrangère à la modération de Louis XIV. Pendant les négociations de la paix, les ministres du roi et ceux de Guillaume commencèrent à s’occuper de la grande question de la succession d’Espagne, et à préparer un premier traité de partage ; les prétentions de l’empereur Léopold furent complètement négligées par ses alliés.
Le marquis de Torcy en fait l’aveu dans ses Mémoires manuscrits L On fit la paix par lassitude de la guerre, et cette guerre avait été presque sans objet; du moins elle n’avait été, du côté des alliés, que le dessein vague d’abaisser la grandeur de Louis XIV, et dans ce monarque, que la suite de cette même grandeur qui n’avait pas voulu plier. Le roi Guillaume avait entraîné dans sa cause l’Empereur, l’Empire, l’Espagne, les Provinces-Unies, la Savoie. Louis XIV s’était vu trop engagé pour reculer. La plus belle partie de l’Europe avait été ravagée, parce que le roi de France avait usé avec trop de hauteur de ses avantages après la paix de Nimègue. C’était contre sa personne qu’on s’était ligué plutôt que contre la France. Le roi croyait avoir mis en sûreté la gloire que donnent les armes; il voulut avoir celle de la m.odéralion; et l’épuisement qui se faisait sentir dans les finances ne lui rendit pas cette modération difficile.
Les affaires politiques se traitaient dans le conseil : les résolutions s’y prenaient. Le marquis de Torcy encore jeune, n’était chargé que de l’exécution. Tout le conseil voulait la paix. Le duc de Beauvilliers ^ surtout y représentait avec force la misère des peuples : de Maintenon en était touchée : le roi n’y était
pas insensible. Cette misère faisait d’autant plus d’impression, qu’on tombait de cet état florissant où le ministre Colbert avait mis le royaume. Les grands établissements en tout genre avaient prodigieusement coûté, et l’économie ne réparait pas le dérangement de ces dépenses forcées. Ce mal intérieur étonnait, parce qu’on ne l’avait jamais senti depuis que Louis XIV gouvernait par lui-même. Voilà les causes de la paix de Ryswick^. Les sentiments vertueux y infl Lièrent certainement. Ceux qui pensent que les rois et leurs ministres sacrifient sans cesse et
1. « Ces Mémoires de Torcy ont été imprimés depuis, et confirment combien l'auteur du Siècle de Louis XIV était instruit de tout ce qu’il avance. » (Note de Voltaire.)
2. Colbert de Croissi était mort le 28 juillet 1696; son fils, le marquis de Torcy, lui succéda à trente et un ans; c’était un homme instruit, laborieux, intègre, intelligent; il eut pour guide son beau-père, Arnaud de Pomponne, qui était rentré au conseil après la mort de Louvois, et qui eut la principale autorité jusqu’à sa mort en 1699.
« Torcy joignit la dextérité à la probité, ne donna jamais de promesse qu’il ne tînt, fut aimé et respecté des étran-
gers. Mort en 1746. » (Voltaire.)
3. Le duc de Beauvilliers (Paul), fils du duc de Saint-Aignan, avait épousé une fille de Colbert; il est célèbre par ses vertus et par son amitié pour Fénelon; Saint-Simon lui a prodigué ses éloges. Louis XIV l’avait nommé gouverneur du duc de Bourgogne, et, par une exception honorable, lui fit une place dans le gouvernement, quoiqu’il fût d’une grande famille ; il était chef du conseil des finances. Il mourut en
4. « Paix précipitée par le seul motif de soulager le royaume. » Mémoires de Torcy, t. I", pag. 50, première édition. (Note de Voltaire.)