‹ Sicle de Louis XIVChapitre 203 sur 447 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ClKirles II descendaient ^ ; Tunioii presque toujours constante des deux branches autricliiennes; la haine encore plus constante de ces deux hranclies contre les Bourbons; l’aversion que la nation espagnole avait alors pour la nation française ; enfin, les ressorts d’une politique en possession de gouverner le conseil d’Espagne.

Rien ne paraissait plus naturel alors que de perpétuer le trône d’Espagne dans la maison d’Autriche. L’Europe entière s’y attendait avant la paix de Ryswick ^ : mais la faiblesse de Charles II avait dérangé dès l’année 1696 cet ordre de succession, et le nom autrichien avait déjà été sacrifié en secret. Le roi d’Espagne avait un petit-neveu, fils de l’électeur de Bavière Maximilien- Emmanuel. La mère du roi, qui vivait encore, était bisaïeule de ce jeune prince de Bavière, âgé alors de quaire ans ; et, quoique cette reine-mère fut de la maison d’Autriche, étant fille de l’empereur Ferdinand III, elle obtint de son fils que la race impériale fût déshéritée. Elle était piquée contre la cour de Vienne. Elle jeta les yeux sur ce prince bavarois sortant du berceau pour le destiner à la monarchie d’Espagne et du Nouveau Monde. Charles II, alors gouverné par elle, fit un testament secret en faveur du prince électoral de Bavière, en 1696^. Charles, ayant depuis perdu sa mère^, fut gouverné par sa femme, Marie-Anne de Bavière-Neubourg. Cette princesse bavaroise, belle-sœur de l’empereur Léopold, était aussi attachée à la maison d’Autriche que la reine-mère autrichienne avait été affectionnée au sang de Bavière. Ainsi le cours naturel des choses fut toujours interverti dans cette affaire, où il s’agissait de la plus vaste monarchie du monde. Marie-Anne de Bavière fit déchirer le testament qui appelait le jeune Bavarois à la succession, et le roi promit à sa femme qu’il n’aurait jamais d’autre héritier qu’un fils de l’empereur Léopold, et qu’il ne ruinerait pas la maison d’Autriche. Les choses étaient en ces termes à la paix de Ryswick. Les maisons de France et d’Autriche se craignaient et s’observaient, et elles avaient l’Europe à craindre. L’Angleterre, et la Hollande

1. La branche cspaj^nole descendait eu edet de Gharles-Quint, et la branche allenaande de son frère, Ferdinand Fl tous deux petits-üls de Maximilien Fl mort en 1519.

2. Les alliés s’étaient engagés, au commencement de la gueire précédente, à soutenir les prétentions de Léopold ; mais Charles II mécontent de la maison d’Autriche, et désirant sans doute assurer l’intégrité de la monar-

chie espagnole et le maintien de l’équilibre européen, fit ce testament de 1696.

3. « Voyez Mémoires de Torcy, t. I«L p. 52. « (Note de Voltaire.) — L’Empereur, en mariant sa fille à l’électeur de Bavière, l’avait forcée à renoncer à ses droits; mais celte renonciation n’avait aucune valeur aux yeux de Charles II et des Espagnols.

Page 1