Cette princesse mourut en
alors puissante, dont l’intérêt était de tenir la balance entre les souverains, ne voulaient point souffrir que la même tête pût porter avec la couronne d’Espagne celle de l’Empire ou celle de France.
Ce qu’il y eut de plus étrange, c’est que le roi de Portugal, Pierre II se mit au rang des prétendants. Cela était absurde : il ne pouvait tirer son droit que d’un Jean I®^, fils naturel de Pierre le Justicier, au xv® siècle ; mais cette prétention chimérique était soutenue par le comte d’Oropeza de la maison de Bragance. Il était membre du conseil; il osa en parler; il fut disgracié et renvoyé.
Louis XIV ne pouvait souffrir qu’un fils de l’Empereur recueillît la succession, et il ne pouvait la demander On ne sait pas positivement quel homme imagina le premier de faire un partage prématuré et inouï do la monarchie espagnole pendant la vie de Charles IL II est très-vraisemblable que ce fut le ministre Torcy ; car ce fut lui qui en fit l’ouverture au comte de Portland, Bentinck ambassadeur de Guillaume III auprès de Louis XIV L
(Octobre 1698) Leroi Guillaume entra vivement dans ce projet nouveau. 11 disposa dans la Haye, avec le comte de Tallard^, de la succession d’Espagne. On donnait au jeune prince de Bavière l’Espagne et les Indes occidentales, sans savoir que Charles II lui avait déjà légué auparavant tous ses États. Le Dauphin, fils de Louis XIV, devait posséder Naples, la Sicile et la province de Guipuscoa, avec quelques villes. On ne laissait à l’archiduc Charles, second fils de l’empereur Léopold, que le Milanais, et rien à l’archiduc Joseph, fils aîné de Léopold, héritier de l’Empire
1. Pierre II descendait aussi de Jeanne, fille de Henri roi de Castille au xv« siècle. Si cette combinaison pouvait être avantageuse à la péninsule, ces prétentions n'en étaient pas moins chimériques.
2. Léopold, pour maintenir l’équilibre européen, cédait ses droits à son second fils, l’archiduc Charles.
3. Bentinck (Jean-William), ami d’enfance de Guiljaume d’Orange, créé par lui comte de Portland en Angleterre, lui resta toujours dévoué. Il fut enterré à côté du roi, son ami, à Westminster, en 1709.
4. « L’auteur du Siècle de Louis XIV avait écrit la plupart de ces particularités, alors aussi nouvelles qu'intéres-
santes, longtemps avant que les Mémoires du marquis de Torcy parussent ; et cos Mémoires ont enfin confirmé tous les faits rapportés dans cette histoire. )' (Note de Voltaire.)
5. Tallart (Camille de Hostun, duc de). Ce fut lui qui conclut les deux traités de partage; maréchal en 1703 ; ministre d’Etat en 1726 ; mort en 1728. (Voltaire). 11 était alors ambassadeur de France auprès de Guillaume.
Voir ce qu’en dit Voltaire au chapitre
6. Le prince de Bavière avait de plus les Pays-Bas espagnols. Le dauphin avait les places ou présides de Toscane, la ville et le marquisat de Final.