CHAPITRE II
mais tous correspondants les uns avec les autres ; tous ayant un même fond de religion, quoique divisés en plusieurs sectes; tous ayant les mêmes principes de droit public et de politique, inconnus dans les autres parties du monde. C’est par ces principes que les nations curopéanes ^ ne font point esclaves leurs prisonniers, qu’elles respectent les ambassadeurs de leurs ennemis, qu’elles conviennent ensemble de la prééminence et de quelques droits de certains princes, comme de l’empereur, des rois et des autres moindres potentats, et qu’elles s’accordent surtout dans la sage politique de tenir entre elles, autant qu’elles peuvent, une balance égale de pouvoir, employant sans cesse les négociations, même au milieu de la guerre, et entretenant les unes chez les autres des ambassadeurs ou des espions moins honorables 2, qui peuvent avertir toutes les cours des desseins d’une seule, donner à la fois l’alarme à l’Europe, et garantir les plus faibles des invasions que le plus fort est toujours prêt d’entreprendre
Depuis Charles-Quint^, la balance penchait du côté de la maison d’Autriche. Cette maison puissante était, vers l’an 1630, maîtresse de l’Espagne, du Portugal, et des trésors de l’Amérique ; les Pays-Bas, le Milanais, le royaume de Naples, la Bohême, la Hongrie, l’Allemagne même (si on peut le dire ®), étaient devenus son patrimoine ; et, si tant d’États avaient été réunis sous
1. Eüropéanes. — Voltaire voulait introduire des réformes dans l'orthographe. « L’orthographe de la plupart des livres français, dit-il quelque part, est ridicule. » Plus d’une fois, dans le Siècle de Louis XI V, il écrit : « Auguste, que nous appelons si improprement août. • Dans un autre endroit il fait cette réflexion générale : « Quand nous commençâmes à parler la langue des Romains, nos vainqueurs, nous la corrompîmes. D’Augustus, nous fîmes aoust, août; depavo, paon; de junius, juin ; d'unctus^ oint. C’est une propriété des barbares d’abréger tous les mots. » Il trouvait le mot Européen sec et dur. Malgré son ardeur et son esprit. Voltaire n’a pas toujours réussi ; et l’usage plus fort que lui a prévalu, pour les mots août. Européen, par exemple. Cependant plusieurs poètes modernes ont employé les mots Enropéan, Européane.