‹ Sicle de Louis XIVChapitre 222 sur 447 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

princes; il se rendait l’égal de tout le reste. C’était le seul général sous lequel le devoir du service, et cet instinct de fureur purement animal et mécanique qui obéit à la voix des officiers, ne menassent point des soldats au combat : ils combattaient pour le duc de Vendôme ils auraient donné leur vie pour le tirer d’un mauvais pas, où la précipitation de son génie l’engageait quelquefois Il ne passait pas pour méditer ses desseins avec la même profondeur que le prince Eugène, et pour entendre comme lui l’art de faire subsister les armées. Il négligeait trop les détails; il laissait périr la discipline militaire; la table et le sommeil lui dérobaient trop de temps, aussi bien qu’à son frère Cette mollesse le mit plus d’une fois en danger d’être enlevé; mais, un jour d’action, il réparait tout par une présence d’esprit et par des lumières que le péril rendait plus vives, et ces jours d’action, il les cherchait toujours ; moins fait, à ce que qu’on disait, pour une guerre défensive, et aussi propre à l’offensive que le prince Eugène.

Ce désordre et cette négligence qu’il portait dans les armées, il l’avait à un excès surprenant dans sa maison et même sur sa personne : à force de haïr le faste, il en vint à une malpropreté cynique dont il n’y a point d’exemple; et son désintéressement, la plus noble des vertus, devint en lui un défaut qui lui fit perdre, par son dérangement, beaucoup plus qu’il n’eût dépensé en bienfaits. On l’a vu manquer souvent du nécessaire. Son frère, le grand prieur, qui commanda sous lui en Italie, avait tous ces mêmes défauts, qu’il poussait encore plus loin, et qu’il ne rachetait que par la même valeur. Il était étonnant de voir deux généraux ne sortir souvent de leur lit qu’à quatre heures après midi, et deux princes, petits-fils de Henri IV, plongés dans une négligence de leurs personnes dont les plus vils des hommes auraient eu honte.

Ce qui est plus surprenant encore, c’est ce mélange d’activité et d’indolence avec lequel Vendôme fit contre Eugène une guerre vive d’artifices, de surprises, de marches, de passages de rivières, de petits combats souvent aussi inutiles que meurtriers, de batailles sanglantes où les deux parties s’attribuaient la victoire : (15 auguste 1702) telle fut celle de Luzzara pour la-

Page 1