‹ Sicle de Louis XIVChapitre 224 sur 447 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

apprend que le Portugal est déclaré contre elle. Pierre, roi de Portugal, reconnaît l’archiduc Charles pour roi d’Espagne C Le conseil impérial, au nom de cet archiduc, démembrait, en faveur de Pierre II, une monarchie dans laquelle il n’avait pas encore une ville; il lui cédait, par un de ces traités qui n’ont point eu d’exécution, Vigo, Bayonne, Alcantaras, Radajoz, une partie de l’Estramadure, tous les pays situés à 1 occident de la rivière de la Plata en Amérique ; en un mot, il partageait ce qu’il n’avait pas, pour acquérir ce qu’il pourrait en Espagne.

Le roi de Portugal, le prince de Darmstadt ministre de l’archiduc, l’amirante de Castille son partisan, implorèrent même le secours du roi de Maroc. Non-seulement ils firent des traitéb avec ce barbare pour avoir des chevaux et du blé, mais ils demandèrent des troupes. L’Empereur du Maroc, Muley Ismaël*, le tyran le plus guerrier et le plus politique qui fut alors chez les nations mahométanes, ne voulut envoyer ses troupes qu’à des conditions dangereuses pour la chrétienté et honteuses pour le roi de Portugal : il demandait en otage un fils de ce roi et des villes. Le traité n’eut point lieu. Ce secours d’Afrique ne valait pas, pour la maison d’Autriche, celui d’Angleterre et de Hollande.

Churchill comte et ensuite duc de Marlborough , déclaré

1 . Le traité, qui porte le nom du négociateur anglais Metwhen, devait avoir de graves conséquenoes : les villes et les territoires promis ne furent pas acquis par le Portugal, il est vrai; mais les alliés pouvaient désormais débarquer librement dans la Péninsule, et du Portugal menacer et envahir l’Espagne, comme firent les Anglais un siècle plus tard. De plus, les Portugais s’engageaient à ne recevoir que les produits des manufactures anglaises, et leurs vins étaient introduits en Angleterre, en ne payant que le tiers des droits payés par les vins de la France. Depuis lors, le Portugal, asservi, devint comme une colonie de l’Angleterre. Pierre II craignait pour l’indépendance de sa maison, depuis que la France, l’ancienne protectrice du Portugal, était alliée à l’Espagne, son ennemie naturelle; il reçut un subside et dut joindre quinze mille hommes à douze mille soldats de vieilles troupes étrangères.

2. Le prince de Darmstadt , de la maison de Hesse, parent de la reine, femme de Charles II, « de ces cadets qni n’ont rien, dit Saint-Simon , qui servent où ils peuvent vivre, et qui

vont cherchant fortune. » Il devint alors grand d’Espagne, s’attacha à la cause de 1 archiduc Charles, et l’accompagna sur la flotte qui devait le mener en Portugal. Il fut tué plus tard au siège de Barcelone.

3. L’amirante de Castille, nommé par Philippe V, ambassadeur en France, disparut quand il était en Navarre et se réfugia en Portugal, où il tomba dans un grand discrédit.

4. Muley Ismaël, né en 1646, mort en 1727. Cet empereur, habile politique, actif, entreprenant, s’est encore plus fait connaître par son avarice, sa mauvaise foi, sa cruauté extraordinaire, dont ses ministres, ses parents, plusieurs de ces fils, furent les victimes. C’est lui qui, dit-on, fit demander en mariage la fille de Louis XIV, qui fut la princesse de Conti. Le duc de Nevers, Périgny, J. -B. Rousseau ont cébléré en vers ce curieux incident qui n’eut pas de suites.

5. Churchill, John (duc de Marlborough) était né en 1650; Voltaire en a déjà parlé plusieurs fois et en parlera bien souvent. Dans le Parlement, il dirigeait le parti whig, dont les chefs

général des troupes anglaises et hollandaises dès l’an 1702, fut riiomme le plus fatal à la grandeur de la France qu’on eût vu depuis plusieurs siècles. Il n’était pas comme ces généraux auxquels un ministre donne par écrit le projet d’une campagne, et qui, après avoir servi à la tête d’une armée les ordres du cabinet, reviennent briguer l’honneur de servir encore. Il gouvernait alors la reine d’Angleterre, et par le besoin qu’on avait de lui, et par l’autorité que sa femme avait sur l’esprit de cette reine Il menait le parlement par son crédit et par celui de Godolphin. grand trésorier, dont le fils épousa sa fille. Ainsi, maître de la cour, du parlement, de la guerre et des finances, plus roi que n’avait été Guillaume, aussi politique que lui et beaucoup plus grand capitaine, il fit plus que les alliés n’osaient espérer. 11 avait, par dessus tous les généraux de son temps, cette tranquillité de courage au milieu du tumulte, et cette sérénité d’àme dans le péril, que les Anglais appellent cold head, tête froide^. C’est peut-être cette qualité, le premier don de la nature pour le commandement, qui a donné autrefois tant d’avantages aux Anglais sur les Français dans les plaines de Poitiers, de Crécy et d’Azincourt^.

Marlborough, guerrier infatigable pendant la campagne, devenait un négociateur aussi agissant pendant l’hiver. Il allait à La Haye et dans toutes les cours d’Allemagne. Il persuadait les Hollandais de s’épuiser pour abaisser la France. Il excitait les ressentiments de l’électeur palatin. Il allait flatter la fierté de l’électeur de Brandebourg, lorsque ce prince voulut être roi. Il lui présentait la serviette à table, pour en tirer un secours de sept à huit mille soldats^. Le prince Eugène, de son côté, ne finissait une campagne que pour aller faire lui même à Vienne les préparatifs de l’autre. On sait si les armées en sont mieux

étaient avec lui, les ministres Godolphin et Sunderland, qui avait épousé une fille de Marlborough.

1. Voir, pour les rapports de la reine et de la duchesse, le chapitre xxii.

2. Telle était aussi la qualité supérieure du duc de Wellington, qui combattit les Français un siècle plus tard, en Portugal, en Espagne et dans les Pays-Bas.

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