‹ Sicle de Louis XIVChapitre 231 sur 447 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

le prince de Hesse depuis roi de Suède, qui voulait secourir la ville. Si l’on en croit le marquis de Feuquières, cet officier et ce juge si instruit dans l’art militaire, mais si sévère dans ses jugements, le maréchal de Tallard ne gagna celte bataille que par une faute et par une méprise. Mais enfin il écrivit du champ de bataille au roi : « Sire, votre armée a pris plus d’étendards et de drapeaux qu’elle n’a perdu de simples soldats. »

Cette action fut celle de toute la guerre où la baïonnette fit le plus de carnage. Les Français, par leur impétuosité, avaient un grand avantage en se servant de cette arme. Elle est devenue depuis plus menaçante que meurtrière. Le feu soutenu et roulant a prévalu. Les Allemands et les Anglais s’accoutumèrent à tirer par divisions avec plus d’ordre et de promptitude que les Français. Les Prussiens furent les premiers qui chargèrent leurs fusils avec des baguettes de fer. Le second roi de Prusse ^ les disciplina, de sorte qu’ils pouvaient tirer six coups par minute très-aisément. Trois rangs tirant à la fois, et avançant ensuite rapidement, décident aujourd’hui du sort des batailles. Les canons de campagne font un effet non moins redoutable. Les bataillons que ce feu ébranle n’attendent pas l’attaque des baïonnettes, et la cavalerie achève de les rompre. Ainsi la baïonnette effraye plus qu’elle ne tue, et l’épée est devenue absolument inutile à l’infanterie^. La force du corps, l’adresse, le courage d’un combattant ne lui servent plus de rien. Les bataillons sont devenus de grandes machines, dont la mieux montée dérange nécessairement celle qui lui est opposée. C’est précisément par celte raison que le prince Eugène a gagné contre les Turcs les célèbres batailles de Témeswar et de Belgrade^, où les Turcs auraient eu probablement l’avantage par leur nombre supérieur.

jusqu’au moment où elle fut dévastée par les Français, en 1689.

1. Le prince Frédéric de Hesse-Gassel, né à Gassel en 1676, devait épouser la sœur de Charles XII, Ulrique- Eléonore, en 1715, et devenir roi de Suède en 1720. Alors détaché de l’armée des Pays-Bas, il fut attaqué en avant du Speyerbach par Tallard ; les ennemis perdirent autant de monde qu’à Hochstedt.

2. Le second roi de Prusse fut Frédéric-Guillaume (1713-1740); le premier, dit Volaire, qui eut une grande armée, et qui la disciplina; père de Frédéric le Grand, le premier qui vainquit avec cette armée.

3. Il y a de l’exagération dans tout ce que dit ici Voltaire de l’emploi de la

baïonnette ; il partageait sans doute l’engouement des hommes de son temps pour la nouvelle tactique prussienne ; mais toutes les guerres de la Révolution, de l’Empire, et même les plus récentes, ont montré l’usage terrible de la baïonnette entre les mains des soldats français.

4. Les Turcs recommencèrent la guerre contre l’Autriche en 1716; alors le prince Eugène gagna la bataille de Peterwaradin, le 5 août 1716, s’empara de Témeswar, après un siège difficile, le 13 octobre; puis, en 1717, il assiégeait Belgrade, lorsqu’il remporta la plus belle de ses victoires sur l’armée du grand- vizir (15 août). Ces succès amenèrent la paix de Passarovitz en 1719.

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s’il y avait eu ce qu’on appelle une mêlée. Ainsi l’art de se détruire est non-seulement tout autre de ce qu’il était avant l’invention de la poudre, mais de ce qu’il était il y a cent ans.

Cependant, la fortune de la France se soutenant d’abord si heureusement du côté de l’Allemagne, on présumait que le maréchal de Villars la pousserait encore plus loin avec cette impétuosité qui déconcertait la lenteur allemande; mais ce même caractère, qui en faisait un chef redoutable, le rendait incompatible avec l’électeur de Bavière. Le roi voulait qu’un général ne fut fier qu’avec l’ennemi ; et l’électeur de Bavière fut assez malheureux pour demander un autre maréchal de France.

Villars lui-même, fatigué des petites intrigues d’une cour orageuse et intéressée, des irrésolutions de l’électeur et plus encore des lettres du ministre d’État Chamillart, plein de prévention contre lui comme d’ignorance, demanda au roi sa retraite. Ce fut la seule récompense qu’il eut des opérations de guerre les plus savantes, et d’une bataille gagnée L Chamillart, pour le malheur de la France, l’envoya dans le fond des Cévennes réprimer des paysans fanatiques, et il ôta aux armées françaises le seul général qui pût alors, ainsi que le duc de Vendôme, leur inspirer un courage invincible. Louis XIV avait alors des ennemis plus terribles, plus heureux et plus irréconciliables que ces habitants des Cévennes.

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