‹ Sicle de Louis XIVChapitre 240 sur 447 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

PERTES EN ESPAGNE : PERTES DES BATAILLES DE RAMILLIES ET DE TURIN ET LEURS SUITES

Un des premiers exploits ^ de ces troupes anglaises fut de prendre Gibraltar, qui passait avec raison pour imprenable. Une longue chaîne de rochers escarpés en défendent toute approche de côté de terre : il n’y a point de port. Une baie longue, mal sûre et orageuse y laisse les vaisseaux exposés aux tempêtes et à

1. L’empereur Léopold et son fils aîné Joseph avaient cédé tous leurs droits à l’archiduc Charles, qui fut proclamé roi à Vienne le 12 septembre 1703. Charles III se rendit en An gleterre( janvier 1704); les Anglais lui fournirent tout ce dont il avait besoin ; et une expédition considérable partit pour le Portugal, le 17 février.

2. a Reboulet dit que la chancellerie allemande donnait aux rois le titre de Dilection ; mais c’est celui des élec teurs. » (Note de Voltaire.)

3. Comme on l’a plus d’une fois remarqué, les alliés poursuivaient avec

intelligence et opiniâtreté leur plan d’attaque, très-sagement médité. Après avoir chassé les Français de l’Allemagne, Eugène reparaissait en Italie, pour essayer de les expulser; Marlborough en Flandre, pour achever la conquête du pays, tandis que Philippe V était attaqué et menacé au cœur même de l’Espagne.

4. Les alliés avaient d’abord échoué dans leur attaque de la Péninsule; le duc de Berwick, fils naturel de Jacques TI, avait envahi le Portugal et obtenu d’assez grands succès; l’amiral Rooke avait échoué devant Barcelone.

l’artillerie de la fortesse et du môle ; les bourgeois seuls de cette ' ville la défendraient contre mille vaisseaux et cent mille hommes; mais cette force même fut la cause de la prise. Il n’y avait que cent hommes de garnison ; c’en était assez, mais ils négligeaient un service qu’ils croyaient inutile. Le prince de Hesse avait débarqué avec dix-buit cents soldats dans l’isthme qui est au nord, derrière la ville : mais, de ce côté-là, un rocher escarpé rend la ville inattaquable. La flotte tira en vain quinze mille coups de canon. Enfin, des matelots, dans une de leurs réjouissances, s’approchèrent dans des barques, sous le môle, dont l’artillerie devait les foudroyer ; elle ne joua point. Ils montent sur le môle; ils s’en rendent maîtres; les troupes y accourent ; il fallut que cette ville imprenable se rendît (4 auguste 1704). Elle est encore aux Anglais dans le temps que j’écris L L’Espagne, redevenue une puissance sous le gouver- . nement de la princesse de Parme, seconde femme de Philippe V et victorieuse depuis en Afrique et en Italie, voit encore, avec ' une douleur impuissante, Gibraltar aux mains d’une nation septentrionale, dont les vaisseaux fréquentaient à peine, il y a deux siècles, la mer Méditerranée.

Immédiatement après la prise de Gibraltar, la flotte anglaise, maîtresse de la mer, attaqua, à la vue de Malaga, le comte de ^ Toulouse 3 amiral de France : bataille indécise à la vérité, il mais dernière époque de la puissance de Louis XIV. Son fils I naturel, le comte de Toulouse, amiral de France, y commandait ? cinquante vaisseaux de ligne et vingt-quatre galères. 11 se retira 4 avec gloire et sans perte (Mars 1705) L Mais depuis, le roi ayant envoyé treize vaisseaux pour attaquer Gibraltar®, tandis que le

1. a En 1740. » (Note de Voltaire.) — Elle appartient encore aux Anglais, malgré tous les efforts tentés par les Espagnols, souvent unis aux Français, pour la reprendre au xviii® et au xix® siècle.

2. Philippe V, après la mort de sa première femme (14 février 1714), épousa Elisabeth Farnèse, sœur du duc de Parme, princesse active et ambitieuse, qui a joué le plus grand rôle en Espagne, et souvent a troublé la paix de l’Europe pour assurer des trônes^à ses enfants.

3. Louis Alexandre de Bourbon , comte de Toulouse, fils de Louis XIV et de de Montespan, né le 6 juin 1678, mort en 1737, était un prince intelligent, sage et vertueux, qui a obtenu les éloges de Saint-Simon lui-même,

malgré la haine de celui-ci pour les princes légitimés. Il était grand amiral de France depuis 1683. j

Page 1