‹ Sicle de Louis XIVChapitre 249 sur 447 · Voir la note 4 de la page · texte numérisé non relu

Voir la note 4 de la page

3. Le duo d’Orléans a donné luimême à Saint-Simon des détails qui different un peu du récit de Voltaire :

« La dispute s’échauffa tellement, que Marsin consentit à un conseil de guerre où tous les lieutenants généraux furent appelés. La matière y fut débattue.

Mais La Feuillade, gendre favori du ministre, arbitre de la fortune de tout homme de guerre, et Marsin, dépositaire, disoit-on, du secret, n’avoicnt garde de n’ètre pas suivis. Le seul d’Estaing parla en homme d’un cou-

I ^-age libre (M. le duc d Orléans ne l’oublia jamais), et seul aussi y acquit de

l’honneur. Albergotti, Italien raffiné, prévit la honte et l’orage, et se tint à son poste sous prétexte de l’éloignement. Tous les autres opinèrent servilement, de sorte que ce remède rendit le mal incurable. M. le duc d’Orléans protesta devant tous des malheurs qui en alloient arriver, déclara que, n’étant maître de rien, il n’étoit pas juste qu’il essuyât l’affront que la nation alloit recevoir, et le sien particulier encore, demanda sa chaise de poste, et à l’instant voulut quitter l’armée. Marsin, La Feuillade et les plus distingués de ce conseil de guerre mirent tout en œuvre pour l’arrêter... Il resta, mais ne voulut plus se mêler du commandement de l’armée. »

on laisse les ennemis passer la Doire ^ Ils avancent sur huit colonnes de vingt-cinq hommes de profondeur. Il faut dans Tinstant leur opposer des bataillons d’une épaisseur assez forte.

Albergotti, placé loin de l’armée sur la montagne des Capucins, avait avec lui vingt mille hommes, et n’avait en tête que des milices qui n’osaient l’attaquer. On lui envoie demander douze mille hommes Il répond qu’il ne peut se dégarnir : il donne des raisons spécieuses : on les écoute : le temps se perd. ' (7 septembre 1706) Le prince Eugène attaque les retrancbements, et au bout de deux heures il les force. Le duc d’Orléans blessé s’était retiré pour se faire panser. A peine était-il entre les mains des chirurgiens qu’on lui apprend que tout est perdu, que les ennemis sont maîtres du camp, et que la déroute est générale. Aussitôt il faut fuir ; les lignes, les tranchées sont abandonnées, l’armée dispersée. Tous les bagages, les provisions, les munitions, la caisse militaire, tombent dans les mains du vainqueur.

Le maréchal de Marsin, blessé à la cuisse, est fait prisonnier^.

Un chirurgien du duc de Savoie lui coupa la cuisse, et le maréchal mourut quelques moments après l’opération. Le chevalier Métliuin, ambassadeur d’Angleterre auprès du duc de Savoie, le plus généreux, le plus franc et le plus brave homme de son pays qu’on ait jamais employé dans les ambassades, avait toujours combattu à côté de ce souverain. Il avait vu prendre le maréchal de Marsin, et il fut témoin de ses derniers moments. Il m’a raconté que Marsin lui dit ces propres mots : « Croyez au moins. Monsieur, que ç’a été contre mon avis que nous vous avons attendu dans nos lignes. » Ces paroles semblaient contredire formellement ce qui s’était passé dans le conseil de guerre, et elles étaient pourtant vraies ; c’est que le maréchal de Marsin, en prenant congé à Versailles, avait représenté au roi qu’il fallait aller aux ennemis, en cas qu’ils parussent pour secourir Turin; mais Chamillart, intimidé par les défaites précédentes, avait fait ! décider qu’on devait attendre et non présenter la bataille ; et cet | ordre, donné dans Versailles, fut cause que soixante mille I

1. La Doire, ou Doria Riparia, vient fies Alpes Cotliennes, et se jette dans le Pô, par la rive gauche, à côté de Turin.

2. Le duc d’Orléans, dit Saint-Simon, envoya chercher les quarante-six bataillons d’ Albergotti ; mais La Feuillade, bien plus craint et obéi que le prince, avait défendu à Albergotti de

bouger, et il ne bougea pas, malgré les ordres réitérés de M. le duc d’Orléans.

3. Marsin , depuis quelque temps, avait le pressentiment de sa mort prochaine, cette crainte, dont il s’accusait même dans ses lettres, ne fut pas sans influence sur sa conduite à la bataille de Turin.

Page 1