CHAPITRE XX
prince Eugène dans les lignes de circonvallation, ou celui de marcher à lui’ lorsqu’il était encore auprès de Villane^ Le duc d’Orléans assemble un conseil de guerre : ceux qui le composaient étaient le maréchal de Marsin, celui-là même qui avait perdu la bataille d’Hochstedt, le duc de La Feuillade, Albergotti, Saint-Fremond, et d’autres lieutenants généraux. « Messieurs, leur dit le duc d’Orléans, si nous restons dans nos lignes, nous perdrons la bataille. Notre circonvallation est de cinq lieues d’étendue, nous ne pouvons border tous ces retranchements. Vous voyez ici le régiment de la marine qui n’est que sur deux hommes de hauteur; là vous voyez des endroits entièrement dégarnis. La Boire, qui passe dans notre camp, empêchera nos troupes de se porter mutuellement de prompts secours. Quand le Français attend qu’on l’attaque, il perd le plus grand de ses avantages, cette impétuosité et ces premiers moments d’ardeur qui décident si souvent du gain des batailles. Croyezmoi, il faut marcher à l’ennemi » Tous les lieutenants généraux répondirent : Il faut marcher. Alors le maréchal de Marsin tire de sa poche un ordre du roi, par lequel on devait déférer à son avis en cas d’action : et son avis fut de rester dans les lignes^.
Le duc d’Orléans indigné vit qu’on l’avait envoyé à l’armée que comme un prince du sang, et non comme un général; et, forcé de suivre le conseil du maréchal de Marsin, il se prépara à ce combat si désavantageux.
Les ennemis paraissaient vouloir former à la fois plusieurs attaques. Leurs mouvements jetaient l’incertitude dans le camp des Français. Le duc d’Orléans voulait une chose, Marsin et La Feuillade une autre ; on disputait, on ne concluait rien. Enfin
1. Veellane, ou Avigliana, sur la Doria Riparia, à Touest de Turin.