‹ Sicle de Louis XIVChapitre 263 sur 447 · Les historiens les plus exacts don · texte numérisé non relu

Les historiens les plus exacts don

nent d’autres chiffres, les ennemis auraient eu cent mille hommes environ contre quatre-vingt-dix mille, et cent vingt canons contre quatre-vingts.

3. Ce prince de Nassau, favorisé, diton, par Heinsius, espérait conquérir le stathoudérat par une action d’éclat; il se noya par accident en 1711.

4. Villars a donné lui-même dans ses Mémoires de curieux détails sur la composition et l’esprit de son armée :

« Je veux espérer, écrit-il, que je retrouverai des hommes; mais jusqu’à présent je n’en ai reconnu que dans le soldat... C’est une merveille que sa vertu et sa fermeté à souffrir la faim... Au contraire , les offlciers généraux tiennent de mauvais discours et fort propres à détruire l’audace qui est dans le soldat et que je fais tout mon possible pour réveiller dans l’officier. » Et dans un autre endroit : « Pour donner du pain aux brigades que je fais marcher, je fais jeûner celles qui restent. » Il engageait les soldats à prendre patience, et ceux-ci, le regardant d’un air de résignation : « M. le maréchal a raison, disaient-ils, il faut souffrir quelquefois. »

les soldats, qui, ayant manqué de pain un jour entier, venaient de le recevoir, en jetèrent une partie pour courir plus légèrement au combat. Il y a eu, depuis plusieurs siècles, peu de batailles plus disputées et plus longues, aucune plus meurlière. Je ne dirai autre chose de cette bataille que ce qui fut avoué de tout le monde. La gauche des ennemis, où combattaient les Hollandais, fut presque toute détruite, et même poursuivie la baïonnette au bout du fusil. Marlborough, à la droite, faisait et soutenait les plus grands efforts. Le maréchal de Villars dégarnit un peu son centre pour s’opposer à Marlborough, et alors même ce centre fut attaqué. Les retranchements qui le couvraient furent emportés. Le régiment des gardes, qui les défendait, ne put résister. Le maréchal, en accourant de sa gauche à son centre, fut blessé, et la bataille fut perdue. Le champ était jonché de près de trente mille morts ou mourants.

On marchait sur les cadavres entassés, surtout au quartier des Hollandais. La France ne perdit guère plus de huit mille hommes dans cette journée. Ses ennemis en laissèrent environ vingt et un mille tués ou blessés; mais le centre étant forcé, les deux ailes coupées, ceux qui avaient fait le plus grand carnage furent les vaincus.

Le maréchal de Boufflers ^ fit la retraite en bon ordre, aidé du prince de Tingry-Montmorency, depuis maréchal de Luxembourg '2, héritier du courage de ses pères. L’armée se retira entre le Quesnoy et Valenciennes, emportant plusieurs drapeaux et étendards pris sur les ennemis. Ces dépouilles consolèrent Louis XIV ; et on compta pour une victoire l’honneur de l’avoir disputée si longtemps, et de n’avoir perdu que le champ de bataille. Le maréchal de Villars, en revenant à la cour, assura le roi que, sans sa blessure, il aurait remporté la victoire. J’en ai vu ce général persuadé, mais j’ai vu peu de personnes qui le crussent.

1. « Dans le livre intitulé Mémoires du maréchal de Berwick, il est dit que le maréchal de Berwick fit cette retraite. C’est ainsi que tant de Mémoires sont écrits. On trouve dans ceux de M“® de Maintenon, par La Baumelle, tome V, page 99, que les alliés accusèrent le duc de Villars de s’étre blessé lui-même, et que les Français lui reprochèrent de s’être retiré trop tôt. »

Ce sont deux impostures ridicules. Ce général avait reçu un coup de carabine au-dessous du genou, qui lui fracassa l’os et qui le fit boiter toute sa vie. Le roi lui envoya le sieur Maréchal, son

premier chirurgien, qui seul empêcha qu’on lui coupât la cuisse. C’est ce que je tiens de la bouche de M. le maréchal de Villars et de ce chirurgien célèbre; c’est ce que tous les officiers ont^=;u ; c’est ce que M. le duc de Villars daigne me confirmer par ses lettres. 11 n’oppose que le mépris aux sottises insolentes et calomnieuses de La Baumelle.»

(Note de Voltaire.)

2. Luxembourg (Christian-Louis de Montmorency), petit-fils du maréchal de Luxembourg, s’est signalé, dit Voltaire, dans la guerre de 1741 ; maréchal en 1747.

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