CHAPITRE XXII
pour préliminaires, s’engageât seul à cliasser d’Espagne son petit-fils, dans deux mois, par la voie des armes. Cette iriliumanité absurde, beaucoup plus outrageante qu’un refus, était inspirée par de nouveaux succès C Tandis que les alliés parlaient ainsi en maîtres irrités contre la grandeur et la fierté de Louis XIV également abaissées, ils prenaient la ville de Douai (juin 1710) Ils s’emparèrent bientôt après de Béthune, d’Aire, de Saint-Venant, et le lord Stair proposa d’envoyer des partis jusqu’à Paris Presque dans le même temps, l’armée de l’archiduc, commandée en Espagne par Guy de Slareinberg le général allemand qui avait le plus de réputation après le prince Eugène, remporta près de Saragosse (20 auguste 1710) une victoire complète sur l’armée en qui le parti de Philippe V avait mis son espérance, à la tête de laquelle était le marquis de Bay®, général malheureux. On remarqua encore que les deux princes qui se disputaient l’Espagne, et qui étaient l’un et l’autre à portée de leur armée, ne se trouvèrent pas à cette bataille®. De tous les princes pour qui ou combattait en Europe, il n’y avait alors que le duc de Savoie qui fît la guerre par lui-même. 11 était triste quTl n’acquît celte gloire qu’en combattant contre ses deux filles, dont il voulait détrôner l’une pour acquérir en Lombardie un peu de terrain sur lequel l’empereur Joseph lui faisait déjà des difficultés, et dont on l’aurait dépouillé à la première occasion^.
1. Louis XIV avait rappelé ses ambassadeurs de Hollande : « Cette constance, dit Saint-Simon, cette fermeté d’ûme, cette égalité extérieure, cette espérance contre toute espérance, par courage et par sagesse, non par aveuglement, c’est ce qui lui mérita le nom de Grand, qui lui avait été si prématuré ; ce fut aussi ce qui lui acquit la véritable admiration de l’Europe, celle de tous ses sujets qui en lurent témoins, et ce qui lui rappela tant de cœurs qu’un règne si long et si dur lui avait aliénés. »
2. Villars était malade de ses blessures ; le maréchal de Montesquieu, qui le remplaça d’abord, était peu capable; enfin les alliés avaient réuni des forces plus considérables que jamais; et cependant ils passèrent la plus grande partie de la campagne à assiéger ces quatre villes, qui leur coûtèrent plus (îe trente mille hommes.
3. Douai, sur la Soarpe, fut pris le 26 juin; Béthune, très-bravement défendue, ne se rendit que le 29 août; Aire, surTa Lys, le 9 novembre ; Saint-
Venant, sur la même rivière, le 30 septembre. Villars, qui défendait Arras et le haut Escaut, disait que les alliés avaient perdu beaucoup plus d'hommes qu’il n’y en avait dans les garnisons de ces places. C’était une résistance héro'ique.
4. Staremberg, ou plutôt Stahremberg (Guido, comte de), né en 1657, mort en 1737, se distingua en Hongrie et en Italie; général en chef des alliés, il combattit les armées de Philippe V, en Espagne, fut vainqueur à Almenara, à Saragosse, puis vaincu à Villaviciosa.
5. Le marquis de Bay, générai espagnol, originaire de Franche-Comté, né en 1650, mort en 1715, se distingua par sa bravoure dans la guerre de la Succession.
6. Philippe V avait la fièvre pour excuse, et son courage n’était pas suspect; Charles 111 s’était retiré à quelque distance du champ de bataille.
7. En 1708, le duc de Savoie avait en quelque sorte forcé l’Empereur à lui donner l’investiture du Montferrat.
Cet Empereur était heureux partout, et n’était nulle part modéré dans son bonheur*. Il démembrait de sa seule autorité la Bavière, il en donnait les fiefs à ses parents et à ses créatures. Il dépouillait le jeune duc de La Mirandole en Italie ; et les princes de l’Empire lui entretenaient une armée vers le Rhin, sans penser qu’ils travaillaient à cimenter un pouvoir qu’ils craignaient ; tant était encore dominante dans les esprits la vieille haine contre le nom de Louis XIV, qui semblait le premier des intérêts. La fortune de Joseph le fit encore triompher des mécontents de Hongrie. La France avait suscité contre lui le prince Ragotski armé pour ses prétentions et pour celles de son pays. Ragotski fut battu, ses villes prises et son parti ruiné. Ainsi Louis XIV était également malheureux au dehors, au dedans, sur mer et sur terre, dans les négociations publiques et dans les intrigues secrètes.
Toute l’Europe croyait alors que l’archiduc Charles, frère de l’heureux Joseph, régnerait sans concurrent en Espagne. L’Europe était menacée d’une puissance plus terrible que celle de Charles-Quint ; et c’était l’Angleterre, longtemps ennemie de la branche d’Autriche espagnole, et la Hollande, son esclave^ révoltée, qui s’épuisaient pour l’établir. Philippe V, réfugié k Madrid, en sortit encore, et se retira à Valladolid tandis que l’archiduc Charles fit son entrée en vainqueur dans la capitale
Le roi de France ne pouvait plus secourir son petit-fils; il avait été obligé de faire en partie ce que ses ennemis exigeaient à Gertruydenberg, d’abandonner la cause de Philippe, en faisant venir, pour sa propre défense, quelques troupes demeurées en Espagne. Lui-même à peine pouvait résister vers la Savoie, vers le Rhin, et surtout en Flandre, où se portaient les plus grands coups.
L’Espagne était encore bien plus à plaindre que la France.
1. tt C’était un prince emporté, dit Saint-Simon, violent, d’esprit et de talents au-dessous du médiocre. Sa cour était orageuse, et les plus grands y étaient mal assurés de leur état. »
2. Ragostk[ (voir page 253, note 6), l’un des grands hommes de la Hongrie, avait été proclamé duc et chef suprême de la contédération magyare, en 1705; une diète avait déclaré le trône de Hongrie vacant en 1707. Mais, peu secondé par la France, Ragotski succomba; les Autrichiens reprirent l’avantage en 1710 ; ils proclamèrent une amnistie générale en 1711 ; Ragotski aima mieux
se retirer en France. Il mourut à Rodosto, en Turquie, en 1735.
3. L’expression est un peu forte. On sait que les Hollandais, ou habitants des provinces bataves, opprimés par Philippe 11, leur souverain, se soulevèrent au xvi« siècle, formèrent la république des Provinces-Unies, en 1579, et furent reconnus indépendants par l’Espagne au traité de Munster, en 1648.
4. L’archiduc entra à Madrid, le 28 septembre, au milieu de la consternation générale ; on assomma les quelques individus qu' V applaudirent.