CHAPITRE XXIH
VICTOIRE DU MARÉCHAL DE VILLARS A DENAN. RÉTABLISSEMENT DES AFFAIRES. PAIX GÉNÉRALE.
Les négociations qu’on entama enfin ouvertement à Londres furent plus salutaires^. La reine envoya le comte de Strafforcl, ambassadeur en Hollande, communiquer les propositions de Louis XIV. Ce n’élait plus alors à Marlborough qu’on demandait grâce. Le comte de Strafford obligea les Hollandais à nommer des plénipotentiaires et à recevoir ceux de la France.
Trois particuliers s’opposaient toujours à cette paix. Marlborougb, le prince Eugène et Heinsius persistaient à vouloir accabler Louis XIV. Mais quand le général anglais^ retourna dans Londres, à la fin de 17 U, on lui ôta tous ses emplois. Il trouva une nouvelle chambre basse, et n’eut pas pour lui la pluralité^
culé qu’il avait pris alors aux ennemis seize vaisseaux de ligne ou frégates et plus de trois cents bâtiments marchands. Plus tard, il fut nommé chef d’escadre et lieutenant général; il était presque aussi habile ingénieur que marin intrépide.
1. 11 partit de La Rochelle avec huit vaisseaux de ligne et sept frégates; on lui conûa deux mille cinq cents hommes outre ses équipages (juin 1711). Son expédition coûta aux Portugais une perte de trente millions.
2. Louis XIV avait préféré pour négocier, Londres à La Haye, afin d’écarter l’influence d’Heinsins et du prince Eugène. L’évêque de Bristol et le comte de Straflbrd étaient les plénipotentiaires anglais ; le maréchal d’Huxeiles et l’abbé de Polignac étaient avec Ménager les représentants de la France.
3. Le nouveau parlement se réunit au mois de décembre 1711; (Jaos le
discours de la couronne on disait que le temps était venu de songer à une paix générale, en dépit des menées de ceux qui se complaisaient à la guerre.
Marlborough, déjà accusé d’énormes péculats, déclara solennellement, « la main sur la conscience, en présence de Dieu lui-même, qu’il n’avait jamais cessé de désirer une paix honorable et solide. Mon grand âge, ajouta-t-il, les nombreuses fatigues de la guerre, tout me fait aspirer au moment où je pourrai jouir du repos et songer à l’éternité qui s’approche...» 11 eut un dernier triomphe. La reine lui ôta peu de jours après tous ses emplois, afln que l’examen de l’accusation pût avoir un libre cours exempt de toute partialité.
4. Pluralité dans le sens de majorité. Harley fit une promotion de douze nouveaux pairs, et on déclara illégale la perception des sommes remises à Marlborough.
de la haute. La reine, en créant de nouveaux pairs, avait affaibli le parti du duc et fortifié celui de la couronne. Il fut accusé, comme Scipion, d’avoir malversé; mais il se tira d’affaire à peu près de même, par sa gloire et par la retraite L II était encore puissant dans sa disgrâce. Le prince Eugène n’hésita pas à passer à Londres pour seconder sa faction. Ce prince reçut l’accueil qu’on devait à son nom et à sa renommée, et les refus qu’on devait à ses propositions. La cour prévalut; le prince Eugène retourna seul achever la guerre ; et c’était encore un i nouvel aiguillon pour lui d’espérer de nouvelles victoires, sans compagnon qui en partageât l’honneur Tandis qu’on s’assemble à Utrecht^, tandis que les ministres de France, tant maltraités à Gertruydenberg, viennent négocier avec plus d’égalité, le maréchal de Yillars, retiré derrière, des lignes, couvrait encore Arras et Cambrai. Le prince Eugène prenait la ville du Quesnoi (16 juillet 1712\ et il étendait dans le pays une armée d’environ cent mille combattants. Les Hollandais avaient fait un effort; et n’ayant jamais encore fourni à toutes les dépenses qu’ils étaient obligés de faire pour la guerre, ils avaient été au delà de leur contingent cette année. La reine Aune ne pouvait encore se dégager ouvertement; elle avait envoyé à l’armée du prince Eugène le duc d’Ormond, avec douze mille Anglais, et payait encore beaucoup de troupes allemandes.
Le prince Eugène, ayant brûlé le faubourg d’Arras, s’avançait sur l’armée française. Il proposa au duc d’Ormond ^ de livrer bataille. Le général anglais avait été envoyé pour ne point combattre. Les négociations particulières entre l’Angleterre et la France avançaient. Une suspension d’armes fut publiée entre les deux couronnes. Louis XIV fit remettre aux Anglais la ville
Mailborough n’était pas un Scipion, et les soixante-quinze millions de francs qu’il laissa sont une preuve de ses spéculations peu honorables. Ses ennemis, satisfaits de l’avoir renversé, aimèrent mieux laisser les soupçons peser sur sa réputation que de poursuivre un procès difficile et dangereux.
2. Le prince Eugène passa deux mois à Londres ijanvier-mars 17 J2); il fit les offres les plus magnifiques de la part de l’Empereur, si les Anglais voulaient continuer la guerre; il ne put rien obtenir. On l’engageait à témoigner peu d’égards pour Marlborough :
« 11 ne convient, répondit Eugène, ni à mon honneur ni à mon caractère, de manquer dans sa disgrâce à un ami
pour lequel, au temps de sa prospérité, j’ai toujours professé l’estime la plus profonde. »
3. Utrecht, capitale de la province hollandaise de ce nom, sur le vieux Rhin; 43,000 habitants. C’est là que les sept provinces unies proclamèrent leur indépendance en 1579.
4. Le duc d’ORMOXD, né en 1665 à Dublin, mort en 1747 à Avignon, petitfils du vice-roi d’Irlande, défenseur dévoué de Charles R'', aussi aimé en Angleterre, dit Voltaire, que le due de Marlborough y était admiré, fut condamné comme traître au commencement du règne de Georges I*'’, à cause de ses efforts malheureux en faveur des Stuarts,