CHAPITRE XXIII
de Dunkerque pour sûreté de ses engagements (19 juillet 1712). Le duc d’Ormond se relira vers Gand. Il voulut emmener avec les troupes de sa nation celles qui étaient à la solde de sa reine; mais il ne put se faire suivre que de quatre escadrons de llolstein et d’un régiment liégeois. Les troupes du Brandebourg, du Palatinat, de Saxe, de Hesse, de Danemark, restèrent sous les drapeaux du prince Eugène, et furent payées par les Hollandais. L’électeur de Hanovre même, qui devait succéder à la reine Anne, laissa malgré elle ses troupes aux alliés, et fit voir que, si sa famille attendait la couronne d’Angleterre, ce n’était pas sur la faveur de la reine Anne qu’elle comptait L
Le prince Eugène, privé des Anglais, était encore supérieur de vingt mille hommes à l’armée française; il l’était par sa position, par l’abondance de ses magasins, et par neuf ans de victoires.
Le maréchal de Villars ne put l’empêcher de faire le siège de Landrecies^, La France épuisée d’hommes et d’argent, était dans la consternation. Les esprits ne se rassuraient point par les conférences d’ütrecht que les succès du prince Eugène pouvaient rendre infructueuses. Déjà même des détachements considérables avaient ravagé une partie de la Champagne, et pénétré jusqu’aux portes de Reims.
Déjà l’alarme était à Versailles comme dans le reste du royaume. La mort du fds unique du roi, arrivée depuis un an, le duc de Bourgogne, la duchesse de Bourgogne (février 1712), leur fils aîné (mars), enlevés rapidement depuis quelques mois, et portés dans le même tombeau; le dernier de leurs enfants moribond; toutes ces infortunes domestiques^, jointes aux étrangères et à la misère publique, faisaient regarder la fin du règne de Louis XIV comme un temps marqué pour la calamité; et l’on s’attendait à plus de désastres, que l’on n’avait vu auparavant de grandeur et de gloire.
(11 juin 1712) Précisément dans ce temps-là^, mourut en Espagne le duc de Vendôme. L’esprit de découragement, généralement répandu en France, et que je me souviens d’avoir
1. L’électeur de Hanovre Georges, de la maison de Brunswick-Hanovre, né en IGGO, était le fils du premier électeur de Hanovre et de Sophie, petitefille de Jacques PL II fut appelé au trône, en vertu de l’acte du Parlement de 1701, qui donnait le droit de succéder au trône d’Angleterre aux seuls princes de la ligne protestante des Stuarts
2. Landregies, place forte sur la Sambre ; si Eugène la prenait, il occupait tout le pays de Lille à la rivière, et pouvait se porter vers Paris par la vallée de l'Oise.