‹ Sicle de Louis XIVChapitre 291 sur 447 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

écrils secrets que laissent les f^rands princes, quand la candeur de leur âme se manifeste dans ces monuments : tels sont ceux que je rapporte de Louis XIV L

Les détails domestiques amusent seulement la curiosité; les faiblesses qu’on met au grand jour ne plaisent qu’à la malignité, à moins que ces mêmes faiblesses n’instruisent, où par les malheurs qui les ont suivies, ou par les vertus qui les ont réparées.

Les Mémoires secrets des contemporains sont suspects de partialité ; ceux qui écrivent une ou deux générations après doivent user de la plus grande circonspection, écarter le frivole, réduire l’exagéré et combattre la satire.

Louis XIV mit dans sa cour, comme dans son règne, tant d’éclat et de magnificence, que les moindres détails de sa vie semblent intéresser la postérité, ainsi qu’ils étaient l’objet de la curiosité de toutes les cours de l’Europe et de tous les contemporains. La splendeur de son gouvernement s’est répandue sur ses moindres actions. On est plus avide, surtout en France, de savoir les particularités de sa cour que les révolutions de quelques autres États. Tel est l’effet de la grande réputation. On aime mieux apprendre ce qui se passait dans le cabinet et dans la cour d’Auguste, que le détail des conquêtes d’Attila ou de Tamerlan.

Voilà pourquoi il n’y a guère d’historiens qui n’aient publié les premiers goûts de Louis XIV pour la baronne de Beauvais, pour mademoiselle d’Argencourt, pour la nièce du cardinal Mazarin, qui fut mariée au comte de Soissons, père du prince Eugène^; surtout pour Marie Mancini, sa sœur, qui épousa ensuite le connétable Colonne

Il ne régnait pas encore quand ces amusements occupaient l’oisiveté où le cardinal Mazarin, qui gouvernait despotiquement, le laissait languir. L’attachement seul pour Marie Mancini fut une affaire importante, parce qu’il l’aima assez pour être tenté de l’épouser, et fut assez maître de lui-même pour s’en séparer. Cette victoire qu’il remporta sur sa passion commença à faire connaître qu’il était né avec une grande âme. Il en remporta une plus forte et plus difficile en laissant le carci. -al Mazarin maître absolu. La reconnaissance l’empêcha de secouei le

1. «Voyez les deux Mémoires de Louis XIV rapportés dans ce volume, au chapitre xxviii. » (Note de Voltaire). Voyez aussi la note 3 de la page 87.

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