CHAPITRE XXV
éclat son adresse h tous les exercices. Tout respirait les plaisirs et la magnificence qu’on connaissait alors. C’était peu de chose en comparaison de ce qu’on vit quand le roi régna par lui-même; mais c’était de quoi étonner après les horreurs d’une guerre civile et après la tristesse de la vie sombre et retirée de Louis XllI. Ce prince malade et chagrin n’avait été ni servi, ni logé, ni meublé en roi. Il n’y avait pas pour cent mille écris de pierreries appartenant à la couronne. Le cardinal Mazarin n’en laissa que pour douze cent mille ; et aujourd’hui il y en a pour environ vingt millions de livres.
/|1660) Tout prit, au mariage de Louis XIV, un caractère plus ^grand de magnificence et de goût qui augmenta toujours depuis. Quand il fit sou entrée avec la reine son épouse, Paris vit avec une admiration respectueuse et tendre cette jeune reine, qui avait de la beauté, portée dans un char superbe, d’une invention nouvelle, le roi à cheval, à côté d’elle, paré de tout ce que l’art avait pu ajouter à sa beauté mâle et héroïque, qui arrêtait tous les regards.
On prépara au bout des allées de Vincennes un arc de triomphe dont la base était de pierre ^ ; mais le temps qui pressait ne permit pas qu’on l’achevât d’une matière durable, il ne fut élevé qu’en plâtre, et il a été depuis totalement démoli. Claude Perrault ^ en avait donné le dessin. Laporte Saint-Antoine fut rebâtie pour la même cérémonie; monument d’un goût moins noble, mais orné d’assez beaux morceaux de sculpture. Tous ceux qui avaient vu, le jour de la bataille de Saint-Antoine, rapportera Paris, par cette porte, alors garnie d’une herse, les corps morts ou mourants de tant de citoyens, et qui voyaient cette entrée si différente, bénissaient le ciel et rendaient grâces d’un si heureux changement.
Le cardinal Mazarin, pour solenniscr ce mariage, fit représenter au Louvre l’opéra ilalien intitulé Ercole amante. Il ne plut pas aux Français. Ils n’y virent avec plaisir que le roi et la reine qui y dansèrent. Le cardinal voulut se signaler par un spectacle plus au goût de la nation. Le secrétaire d’État de Lionne se chargea de faire composer une espèce de tragédie allégorique,
Saint-Antoine était à côté de la Bastille ; on y avait élevé, sous Henri II, un arc de triomphe dont les sculptures étaient de Jean Goujon, qui, restauré par Blondel en 167Ü, et consacré à la gloire de Louis XIV, fut démoli en 1778.