‹ Sicle de Louis XIVChapitre 312 sur 447 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

lait pas au sermon, parce qu’il n’aimait pas le brailler ^ et qu’il n’entendait pas le raisonner^ . »

(i664) La farce du Mariage forcé fut aussi jouée à cette fcle. Mais ce qu’il y eut de véritablement admirable, ce fut la première représentation des trois premiers actes de Tartufe. Le roi voulut voir ce chef-d’œuvre avant même qu’il fut achevé.

La plupart de ces solennités brillantes ne sont souvent que pour les yeux et les oreilies. Ce qui n’est que pompe et magnificence passe en un jour; mais quand les chefs-d’œuvre de l’art, comme le Tartufe^ font l’ornement de ces fêtes, elles laissent après elles une éternelle mémoire.

On se souvient encore de plusieurs traits de ces allégories de Benscrade, qui ornaient les ballets de ce temps-là. Je ne citerai que ces vers pour le roi représentant le Soleil :

Je doute qu’on le prenne avec vous sur le ton De Daphné ni de Phaéton,

Lui trop ambitieux, elle trop inhumaine.

11 n’est point là de piège où vous puissiez donner :

Le moyen de s’imaginer

Qu’une femme vous fuie, et qu’un homme vous mène?

La principale gloire de ces amusements qui perfectionnaient en France le goût, la politesse et les talents, venait de ce qu’ils ne dérobaient rien aux travaux continuels du monarque. Sans ces travaux il n’aurait su que tenir une cour, il n’aurait pas su régner ; et si les plaisirs magnifiques de cette cour avaient insulté à la misère du peuple, ils n’eussent été qu’odieux ; mais le même homme qui avait donné ces fêtes avait donné du pain au peuple dans la disette de 1662. Il avait fait venir des grains, que les riches achetèrent à vil prix, et dont il fit des dons aux pauvres familles à la porte du Louvre ^ ; il avait remis au peuple trois millions de tailles; nulle partie de l’administration intérieure n’était négligée; son gouvernement était respecté au dehors. Le roi d’Espagne, obligé de lui céder la préséance ; le pape forcé de lui faire satisfaction ; Dunkerque ajouté à la France par

1. Le dernier Fou d’office qui ait touché pension du roi en cette qualité est ce l’Angely, dont Boileau parle dans plusieurs endroits; c’était d’abord un valet d’écurie du prince de Condé : le prince s’amusait des boutades caustiques de ce plaisant. Louis XtV le demanda au prince, et celui-ci le lui céda deux ans avant que le titre de nain du roi fût supprimé, à la mort de Balthazar Pinson. On cite quelques propos de

ce bouffon qui sont un peu moins mauvais que la parole rappelée par Voltaire.

2. Le roi provoqua l’importation des grains étrangers; il fit venir par mer, de Dantzig et d’autres ports lointains, des blés achetés aux frais du trésor, et revendus en partie à un prix modéré, en partie distribués gratuitement. II fit distribuer jusqu’à cent mille livres de pain par jour à deux sous la livre.

un marché glorieux à l’acquéreur et honteux pour le vendeur ; enfin toutes ses démarches, depuis qu’il tenait les rénes^, avaient été ou nobles ou utiles : il était beau après cela de donner des fêles.

(1664) Le légat à latere, Chigi, neveu du pape Alexandre VII, venant au milieu de toutes les réjouissances de Versailles faire satisfaction au roi de l’attentat des gardes du pape, étala à la cour un spectacle nouveau. Ces grandes cérémonies sont des fêtes pour le public. Les honneurs qu’on lui fit rendaient la satisfaction plus éclatante. Il reçut, sous un dais, les respects des cours supérieures ^ du corps de ville, du clergé; il entra dans Paris au bruit du canon, ayant le grand Condé à sa droite et le fds de ce prince à sa gauche, et vint dans cet appareil s’humilier devant un roi qui n’avait pas encore tiré l’épée. Il dîna avec Louis XIV après l’audience, et on ne fut occupé que de le traiter avec magnificence et de lui procurer des plaisirs. On traita depuis le doge de Gênes avec moins d’honneur, mais avec ce même empressement de plaire que le roi concilia toujours avec ses démarches altières^.

Tout cela donnait à la cour de Louis XIV un air de grandeur qui effaçait toutes les autres cours de l’Europe. Il voulait que cet éclat, attaché à sa personne, rejaillît sur tout ce qui l’environnait; que tous les grands fussent honorés, et qu’aucun ne fût puissant, à commencer par son frère et par Monsieur le Prince. C’est dans cette vue qu’il jugea en faveur des pairs leur ancienne querelle avec les présidents du Parlement. Ceux-ci prétendaient devoir opiner avant les pairs, et s’étaient mis en possession de ce droit. Il régla dans un conseil extraordinaire que les pairs opineraient aux lits de justice^, en présence du roi, avant les présidents, comme s’ils ne devaient cette prérogative qu’à sa présence ; et il laissa subsister l’ancien usage dans les assemblées qui ne sont pas des lits de justice.

Pour distinguer ses principaux courtisans, il avait inventé des casaques bleues, brodées d’or et d’argent. La permission de les porter était une grande grâce pour des hommes que la vanité mène^. On les demandait presque comme le collier de l’or-

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