‹ Sicle de Louis XIVChapitre 311 sur 447 · Voir plus haut, page 28 et note · texte numérisé non relu

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do Charles 1®**, oubliant alors ses malheurs, élaient sous un dais à ce spectacle. Le comte de Sault, fils du duc de Lesdiguières, remporta le prix, et le reçut des mains de la reine-mère. Ces fêtes ranimèrent plus que jamais le goût des devises et des emblèmes que les tournois avaient mis autrefois à la mode, et qui avaient subsisté après eux.

Un antiquaire, nommé Douvrier, imagina dès lors pour Louis XIV l’emblème d’un soleil dardant ses rayons sur un globe, avec ces mots : Nec plurihus irnpar^. L’idée était un peu imitée d’une devise espagnole faite pour Philippe II, et plus convenable à ce roi qui possédait la plus belle partie du Nouveau Monde et tant d’Etats dans l’ancien, qu’à un jeune roi de France qui ne donnait encore que des espérances. Cette devise eut un succès prodigieux. Les armoiries du roi, les meubles de la couronne, les tapisseries, les sculptures en furent ornés. Le roi ne les porta jamais dans ses carrousels. On a reproché injustement à Louis XIV le faste de cette devise, comme s’il l’avait choisie lui-même; et elle a été peut-être plus justement critiquée pour le fond. Le corps ne représente pas ce que la légende signifie, et cette légende n’a pas un sens assez clair et assez déterminé Ce qu’on peut expliquer de plusieurs manières ne mérite d’être expliqué d’aucune. Les devises, ce reste de l’ancienne chevalerie, peuvent convenir à des fêtes et ont de l’agrément quand les allusions sont justes, nouvelles et piquantes. 11 vaut mieux n’en point avoir que d’en souffrir de mauvaises et de basses, comme celle de Louis XII; c’était un porc-épic ^ avec ces paroles : « Qui s’y frotte s’y pique. » Les devises sont, par rapport aux inscriptions, ce que sont des mascarades en comparaison des cérémonies augustes.

La fête de Versailles, en 1664, surpassa celle du carrousel par sa singularité, par sa magnificence, et les plaisirs de l’esprit qui, se mêlant à la splendeur de ces divertissements, y ajoutaient un goût et des grâces dont aucune fête n’avait encore été embellie.

1. Louis XIV avait pris le soleil pour devise dès 1556, dans une fête donnée au Palais-Royal. Mais ce fut seulement pour le carrousel de 1672 que Douvrier, érudit et antiquaire, célèbre pour composer les emblèmes et les devises, imagina la légende si connue dont parle Voltaire.

2. Le corps de la devise représente le soleil éclairant la terre de ses rayons ; la légende signifie qu’il serait capable

de suffire à plusieurs terres. Elle est à la fois orgueilleuse et embarrassée, comme Louis XIV en convient luimême dans ses Mémoires.

3. Le porc-épic rappelait que Louis XII avait été grand-maître de l’ordre du Porc-Epic, fondé par son aïeul, Louis d'Orléans. Quoiqu'il eût supprimé l’ordre à son avènement, Louis XII conserva le Porc-Epic dans ses armes.

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Versailles commençait à être un séjour délicieux, sans approcher do la grandeur dont il fut depuis.

(1664) Le 5 mai, le roi y vint avec la cour composée de six cents personnes, qui furent défrayées avec leur suite, aussi bien que tous ceux qui servirent aux apprêts de ces enchantements, il ne manqua jamais à ces fêtes que des monuments construits exprès pour les donner, tels qu’en élevèrent les Grecs et les Romains : mais la promptitude avec laquelle on construisit des théâtres, des amphithéâtres, des portiques ornés avec autant de magnificence que de goût, était une merveille qui ajoutait à l’illusion, et qui, diversifiée depuis en mille manières, augmentait encore le charme de ces spectacles.

Il y eut d’abord une espèce de carrousel. Ceux qui devaient courir parurent le premier jour comme dans une revue : ils étaient précédés de hérauts d’armes, de pages, d’écuyers, qui portaient leurs devises et leurs boucliers ; et sur ces boucliers étaient écrits en lettres d’or des vers composés par Perigni et par Benserade L Ce dernier surtout avait un talent singulier pour ces pièces galantes, dans lesquelles il faisait toujours des allusions délicates et piquantes aux caractères des personnes, aux personnages de l’antiquité ou de la fable qu’on représentait et aux passions qui animaient la cour. Le roi représentait Roger : tous les diamants de la couronne brillaient sur son habit et sur le cheval qu’il montait. Les reines et trois cents dames, sous des arcs de triomphe, voyaient cette entrée.

La cavalcade était suivie d’un char doré de dix-huit pieds de haut, de quinze de large, de vingt-quatre de long, représentant le char du Soleil. Les quatre Ages, d’or, d’argent, d’airain et de fer, les signes célestes, les Saisons, les Heures suivaient à pied ce char. Tout était caractérisé. Des bergers portaient les pièces de la barrière qu’on ajustait au son des trompettes, auxquelles succédaient par intervalles les musettes et les violons. Quelques personnages, qui suivaient le char d’Apollon, vinrent d’abord réciter aux reines des vers convenables au lieu, au temps, au roi et aux dames. Les courses finies, et la nuit venue, quatre mille gros flambeaux éclairèrent l’espace où se donnaient les fêtes. Des tables y furent servies par deux cents personnages qui re-

1. Benserade (Isaac de), né en 1612, mort en 1691, fut pendant vingt ans chargé de composer les vers des ballets , l’un des principaux divertissements de la cour; il n’eut pas de rival dans ces spirituelles bagatelles dont

l’à-propos fait tout le mérite. Le président de Périgni ou Pétigny, Molière lui-même, ne réussirent pas aussi bien que lui. En 1676, il mit en rondeaux, par ordre du roi, les Métamorphoser d’Ovide,

présentaient les Saisons, les Faunes, les Sylvains, les Dryades, avec des pasteurs, des vendangeurs, des moissonneurs. Pan et Diane avançaient sur une montagne mouvante, et en descendirent pour faire poser sur les labiés ce que les campagnes et les forets produisent de plus délicieux. Derrière les tables, en demicercle, s'éleva tout dïm coup un théâtre chargé de concertants. Les arcades qui entouraient la table et le théâtre étaient ornées de cinq cents girandoles vertes et argent, qui portaient des bougies ; et une balustrade dorée fermait cette vaste enceinte.

Ces fêtes, si supérieures à celles qu’on invente dans les romans durèrent sept jours. Le roi remporta quatre fois le prix des jeux, et laissa disputer ensuite aux autres chevaliers les prix qu’il avait gagnés, et qu’il leur abandonnait.

La comédie de la Princesse d'Élide, quoiqu’elle ne. soit pas une des meilleures de Molière, fut un des plus agréables ornements de ces jeux, par une infinité d’allégories fines sur les mœurs du temps, et par des à-propos qui font l’agrément de ces fêtes, mais qui sont perdues pour la postérité. On était encore trèsentêté, à la cour, de l’astrologie judiciaire : plusieurs princes pensaient, par une superstition orgueilleuse, que la nature les distinguait jusqu’à écrire leur destinée dans les astres. Le duc de Savoie, Yictor-Amédée, père de la duchesse de Bourgogue, eut un astrologue auprès de lui, même après son abdication L Molière osa attaquer cette illusion dans les Amants magnifiques^ joués dans une autre fête, en 1670.

On y voit aussi un fou de cour, ainsi que dans la Princesse d' Elidé. Ces misérables étaient encore fort à la mode. C’était un reste de barbarie, quia duré plus longtemps en Allemagne qu’ailleurs. Le besoin des amusements, l’impuissance de s’en procurer d’agréables et d’honnêtes dans les temps d’ignorance et de mauvais goût, avaient fait imaginer ce triste plaisir, qui dégrade l’esprit humain. Le fou qui était alors auprès de Louis XIV avait appartenu au prince de Condé : il s’appelait l’Angeli. Le comte do Grammont disait que, de tous les fous qui avaient suivi Monsieur le Prince, il n’y avait que l’Angeli, qui eût fait fortune. Ce bouffon ne manquait pas d’esprit. C’est lui qui dit « qu’il n’al-

1. Victor-Amédée II, né en 1665, devint duc de Savoie en 1675, épousa Anne d’Orléans, nièce de Louis XIV, en 1684, combattit la France dans la guerre de 1689 et dans celle de 1701; prit le titre de roi de Sicile, à la paix

d’Utrecht, en 1713, de roi de Sardaigne en 1720. Il abdiqua en 1730; il voulut, mais en vain, ressaisir la couronne, et mourut en 1732, au château de Moncaglieri, où il était comme retenu prisonnier.

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