CHAPITRE XXV
(jii’il était un des critiques les plus éclairés. Il y a une f^ramhî distance de tout cela au génie. La science et l’esprit coiuluiseiiL un artiste, mais ne le forment en aucun genre, l^ersoime eu France n’eut plus de réputation de son temps que Ronsard et Chapelain L C’est qu’on était barbare dans le temps de Ronsard, et qu’à peine on sortait de la barbarie dans celui de Chapelain. Costar 2, le compagnon d’études de Balzac et de Voiture, appela Chapelain le premier des poètes héroïques.
Boileau n’eut point de part à ces libéralités; il n’avait encore fait que des satires, et l’on sait que scs satires attaquaient les mêmes savants que le ministre avait consultés. Le roi le distingua, quelques années après, sans consulter personne.
Les présents faits dans les pays étrangers furent si considérables^, que Viviani fit bâtir à Florence une maison des libéralités de Louis XIV. Il mit en lettres d’or sur le frontispice : Ædes à Üeo datæ : allusion au surnom de Dieu-donné, dont la voi.\ publique avait nommé ce prince à sa naissance.
On se figure aisément l’effet qu’eut dans l’Europe cette magnificence extraordinaire ; et, si l’on considère tout ce que le roi lit bientôt après de mémorable, les esprits les plus sévères et les plus difticiles doivent soulfrir les éloges immodérés qu’on lui prodigua. Les Français ne furent pas les seuls qui le louèrent. On prononça douze panégyriques de Louis XIV, en diverses villes d’Italie : hommage qui n'était rendu ni par la crainte ni par Fespérance, et que le marquis Zampieri envoya au roi.
Il continua toujours à répandre ses bienfaits sur les lettres et sur les arts. Des gratifications parliculières d’environ quatre mille louis à Racine, la fortune de Despréaux, celle de Quinault, surtout celle de Lulli et de tous les artistes qui lui consacrèrent leurs travaux, en sont des preuves. 11 donna mille louis à Bcnscrade, pour faire graver les tailles-douces de ses Métamorphoses d’Ovide en rondeaux) libéralité mal appliquée, qui prouve seule-
1. Chapelain (Jean), né en 1595, mort en 1674, fut l’un des premiers membres de l’Académie française. 11 dressa le plan d’un dictionnaireet d’une grammaire, et, par ordre de Richelieu, fit la critique du Cid. On attendit pendant vingt ans La Pucelle; les douze premiers chants seulement parurent en 1646. Ce fut une chute complète et méritée. On connaît les critiques de Boileau :
Attaquer Chapelain! ahl c’est un si [bon homme, etc.