‹ Sicle de Louis XIVChapitre 326 sur 447 · Voir surtout le chapitre XV^l · texte numérisé non relu

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laissa dans les esprits un penchant funeste à soupçonner des morts naturelles d’avoir été violentes.

Ce qu’on avait cru de la destinée malheureuse de madame Henriette d’Angleterre, on le crut ensuite de sa fille, Marie- Louise^, qu’on maria en 1679 au roi d’Espagne, Charles IL Cette jeune princesse partit à regret pour Madrid Mademoiselle avait souvent dit à Monsieur, frère du roi : « Ne menez pas si souvent votre fille à la cour ; elle sera trop malheureuse ailleurs. » Cette jeune princesse voulait épouser Monseigneur. « Je vous fais reine d’Espagne, lui dit le roi ; que pourrais-je de plus pour ma fille ? — Ah! répondit-elle, vous pourriez plus pour votre nièce. » Elle fut enlevée au monde en 1689, au même âge que sa mère. Il passa pour constant que le conseil autrichien de Charles II voulait se défaire d’elle, parce qu’elle aimait son pays, et qu’elle pouvait empêcher le roi son mari de se déclarer pour les alliés contre la France^. On lui envoya même de Versailles de ce qu’on croit du contre-poison : précaution très-incertaine, puisque ce qui peut guérir une espèce de mal peut envenimer l’autre, et qu’il n’y a point d’antidote général. Le contre-poison prétendu arriva après sa mort. Ceux qui ont lu les Mémoires compilés par le marquis de Dangeau trouveront que le roi dit en soupant : a La reine d’Espagne est morte empoisonnée dans une tourte d’anguille; la comtesse de Pernitz, les caméristes Zapata et Nina, qui en ont mangé après elle, sont mortes du même poison^. ))

Après avoir lu cette étrange anecdote dans ces Mémoires manuscrits, qu’on dit faits avec soin par un courtisan qui n’avait presque point quitté Louis XIV pendant quarante ans, je ne laissai pas d’être encore en doute : je m’informai à d’anciens domestiques du roi s’il était vrai que ce monarque, toujours

1. Marie-Louise d’Orléans, fille de Monsieur et d'Henriette d’Angleterre, était née en 1662.

2. « La reine d’Espagne crie toujours miséricorde, dit M“« de Sévigné, et se jette au pied de tout le monde. » Et autre part : « La reine d’Espagne devient fontaine... Elle va toujours criant et pleurant. Le peuple disait, en la voyant dans la rue Saint-Honoré : Ah !

Monsieur est trop bon ; il ne la laissera point aller; elle est trop affligée.»

3. Elle était restée française de cœur et d’esprit, et sa correspondance informait souvent Versailles de ce qui se passait à Madrid.

4. Bien des personnes ont été accusées de cet empoisonnement; et Saint- Simon nomme la comtesse de Soissons, avec des détails qui ne sont pas trèsvraisemblables. Ce qu’il y a de plus probable est ce que dit M“« de La Fayette : • Le roi d’Espagne aimait passionnément la reine ; mais elle avait conservé pour sa patrie un amour trop violent pour une personne d’esprit. Le conseil d’Espagne (où dominait le parti autrichien) prévint par le poison l’alliance qui paraissait devoir se faire. » t 11 n’est pas douteux, écrit Louville, que cette intéressante princesse n’ait payé de sa vie l’inutile empire qu’elle av'iit su prendre sur son époux. »

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