‹ Sicle de Louis XIVChapitre 327 sur 447 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

retenu dans ses discours, eût jamais prononcé des paroles si imprudentes. Ils m’assurèrent tous que rien n’était plus faux Je demandai à M“° la duchesse de Saint-Pierre, qui arrivait d’Espagne, s’il était vrai que ces trois personnes fussent mortes avec la reine; elle me donna des attestations que toutes trois avaient survécu longtemps à leur maîtresse. Enfin je sus que ces Mémoires du marquis de Dangeau, qu’on regarde comme un monument précieux, n’étaient que des nouvelles à la main^ écrites quelquefois par un de ses domestiques ; et je puis répondre qu’on s’en aperçoit souvent au style, aux inutilités et aux faussetés dont ce recueil est rempli Après toutes ces idées funestes, où la mort de Henriette d’Angleterre nous a conduits, il faut revenir aux événements de la cour qui suivirent sa perte.

La princesse palatine lui succéda un an après, et fut mère du duc d’Orléans, régent du royaume^. Il fallut qu’elle renonçât au calvinisme pour épouser Monsieur; mais elle conserva toujours pour son ancienne religion un respect secret qu’il est difficile de secouer quand l’enfance l’a imprimé dans le cœur.

L’aventure infortunée d’une fdlc d’honneur de la reine, en 1663, donna lieu à un nouvel établissement.

Les dangers attachés à l’état de filles, dans une cour galante et voluptueuse, déterminèrent à substituer aux douze filles d’honneur, qui embellissaient la cour de la reine, douze dames du palais; et depuis, la maison des reines fut ainsi composée. Cet établissement rendait la cour plus nombreuse et plus magnifique, en y fixant les maris et les parents de ces dames; ce qui augmentait la société et répandait plus d’opulence.

La princesse de Bavière, épouse de Monseigneur*, ajouta, dans

1. Les raisons que donne Voltaire, écrivant cinquante ans après l’événement, ne sont pas très-concluantes.

2. Le marquis de Dangeau, qui ne mérite ni les railleries de Voltaire, ni les sarcasmes de Saint-Simon, était un homme d’esprit, honnête, modeste, qui fut toujours dans les bonnes grâces de toute la famille royale. Dans son Journal de 1684 à 172U, il a inscrit, jour par jour, tout ce qu’on a dit, tout ce qu’on a fait à la cour, tout ce qu’il a vu. Ce n’est peut-être pas, comme on l’a dit, une œuvre de la plus grande importance ; mais on y trouve beaucoup de faits précis, de détails vrais, qui complètent ou rectifient les Mémoires

contemporains. Ce journal a été récemment publié.

3. Charlotte-Elisabeth de Bavière, née en 1632, morte en 1722, fille du comte palatin, épousa le duc d’Orléans, le 16 novembre 1671. On a publié en 1853 une partie de ses lettres , elles sont, il est vrai, curieuses, mais souvent satiriques, méchantes et cyniques. — Elle ne prit jamais les manières élégantes ni les goûts délicats de la cour ; elle avoue qu’elle ne put jamais s’y plaire.

4. Marie-Anne-Victoire de Bavière épousa Monseigneur, le 7 mars 1680.

Sa bonne grâce, sa dignité naturelle et surtout son mérite et sa bonté la rendirent chère à Louis XIV. H compta sur

les commencements, de l’éclat et de la vivacité à cette cour. La marquise de Montespan attirait toujours l’altention priucipale ; mais enfin elle cessait de plaire, et les emportements altiers de sa douleur ne ramenaient pas un cœur qui s’éloignait. Cependant elle tenait toujours à la cour par une grande charge, étant surintendante de la maison de la reine ; et au roi par ses enfants, par l’habitude et par son ascendant.

Il paraît assez honorable pour Louis XIV qu’aucune de ces intrigues n’influât sur les affaires générales, et que l’amour, qui troublait la cour, n’ait jamais mis le moindre trouble dans le gouvernement. Rien ne prouve mieux, ce me semble, que Louis XIV avait une âme aussi grande que sensible L

Je croirais même que ces intrigues de cour, étrangères â l’État, ne devraient point entrer dans l’iiistoire, si le grand siècle de Louis XIV ne rendait tout intéressant, et si le voile de ces mystères n’avait été soulevé par tant d’historiens, qui pour la plupart les ont défigurés.

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