‹ Sicle de Louis XIVChapitre 331 sur 447 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

décorations superbes, qui représentaient les quatre saisons de l’année. de Monlespan en tenait une avec Monseigneur. Sa rivale, M“® de Maintenon, en tenait une autre avec le duc du Maine. Les deux nouveaux mariés avaient chacun la leur; Monsieur le Duc avec deThianges; et Madame la Duchesse, à qui la bienséance ne permettait pas d’en tenir une avec un homme, à cause de sa grande jeunesse, était avec la duchesse de Chevreuse. Les dames et les hommes nommés du voyage tiraient au sort les bijoux dont ces boutiques étaient garnies. Ain.si le roi fit des présents à toute la cour, d’une manière digne d’un roi. La loterie du cardinal Mazarin fut moins ingénieuse et moins brillante. Ces loteries avaient été mises en usage autrefois par les empereurs romains ; mais aucun d’eux n’en releva la magnificence par tant de galanterie.

Après le mariage de sa fille, M°^® de Montespan ne reparut plus à la cour L Elle vécut à Paris avec beaucoup de dignité. Elle avait un grand revenu, mais viager; et le roi lui fit payer toujours une pension de mille louis d’or par mois. Elle allait prendre tous les ans les eaux à Bourbon, et y mariait des filles du voisinage qu’elle dotait. Elle mourut à Bourbon en 1707.

Un an après le mariage de Mademoiselle de Nantes avec Monsieur le Duc, mourut à Fontainebleau le prince de Condé, à l'âge de soixante-six ans, d’une maladie qui empira par l’effort qu’il fit d’aller voir Madame la Duchesse, qui avait la petite vérole^. On peut juger par cet empressement, qui lui coûta la vie, s’il avait eu de la répugnance au mariage de son petit-fils avec cette fille du roi et de M“^° de Montespan, comme l’ont écrit tous ces gazetiers de mensonges, dont la Hollande était alors infectée^. On trouve encore une Histoire du prince de Condé’* ^ sortie de ces mêmes bureaux d’igoorance et d’imposture, que le roi se plaisait en toute occasion à mortifier ce prince, et qu’au mariage de la princesse de Conti, fille de M™° de La Vallière, le secrétaire d’État lui refusa le titre de haut et puissant seigneur^ comme si ce titre était celui qu’on donne aux princes du sang^. L’écrivain

1. Le roi, depuis longtemps séparé de M“« de Montespan , continua cependant d’aller la voir chaque jour, au sortir de la messe, jusqu’en 1687. Ce ne fut qu’en 1691 qu’elle se décida à quitter Versailles.

2. Le grand Condé mourut à 6o ans, le 11 décembre 1686. — Voir pages 147 et 148.

3. « Lui et son fils n’avaient rien oublié pour témoigner, comme ils n’a-

vaient rien oublié pour faire réussir ce mariage, qu’ils avaient désiré assez vivement pour obtenir qu’il eût lieu, quoique Mademoiselle de Nantes n’eût encore que douze ans. » [Mém. de M“>® de Caylus.)

4. On a quelquefois attribué cette histoire à Pierre Goste, protestant réfugié en Angleterre.

5. Ce titre était réservé aux ministres; les princes du sang étaient appe-

qui a composé V Histoire de Louis XIV^ dans Avignon, en partie sur ces malheureux Mémoires, pouvait-il assez ignorer le monde et les usages de notre cour pour rapporter des faussetés pareilles?

Cependant, après le mariage de Madame la Duchesse, après l’éclipse totale de la mère, M°"® de Maintenon, victorieuse, prit un tel ascendant, et inspira à Louis XIV tant de tendresse et de scrupule, que le roi, par le conseil du P. La Chaise, l’épousa secrètement, au mois de janvier 1686-, dans une petite chapelle qui était au bout de l’appartement occupé depuis par le duc de Bourgogne. Il n’y eut aucun contrat, aucune stipulation. L’archevêque de Paris, Harlay de Chanvalon, leur donna la bénédiction; le confesseur y assistait; Montchevreuil et Bontemps, premiers valets de chambre, y furent comme témoins Il n’est plus permis de supprimer ce fait, rapporté dans tous les auteurs, qui d’ailleurs se sont trompés sur les noms, sur le lieu et sur les dates. Louis XIV était alors dans sa quarante-huitième année, et la personne qu’il épousait dans sa cinquante-deuxième. Ce prince, comblé de gloire, voulait mêler aux fatigues du gouvernement les douceurs innocentes d’une vie privée : ce mariage ne l’engageait à rien d’indigne desonrang.il fut toujours problématique à la cour si M“^® de Maintenon était mariée : on respectait en elle le choix du roi, sans la traiter en reine

La destinée de cette dame paraît parmi nous fort étrange,

lés très-havts et très-puissants princes.

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