‹ Sicle de Louis XIVChapitre 355 sur 447 · Dans l’ouvrage intitulé : Les Anecdotes sur Louis XIV · texte numérisé non relu

Dans l’ouvrage intitulé : Les Anecdotes sur Louis XIV

2. Il y a peut-être un peu de légende dans ces deux histoires qui se répètent en renchérissant l’une sur l’autre.

D’Antin fut le modèle des courtisans ; Voltaire l’a jugé avec indulgence ; le duc d’Orléans était plus sévère;» Voilà, disait-il, comme un vrai courtisan doit être : sans humeur et sans honneur. »

, 3. La Feuillade (voir p. 92, note 3) fit construire, sur l’emplacement d’un hôtel qui lui appartenait, la place qu’il nomma des Victoires. Il y fit élever un groupe colossal, représentant Louis XIV couronné par la Victoire et foulant aux pieds un Cerbère, symbole de la coalition. Quatre esclaves de bronze étaient enchaînés aux quatre angles du piédestal. Le jour de la dédicace (28 mars 1686), La Feuillade en fit trois fois le tour à la tête de son régiment des

gardes françaises, avec les prosternations par lesquelles les Romains inauguraient les statues des Empereurs.

H voulait fonder des lampes votives qui auraient brûlé jour et nuit devant la statue. Louis XIV ne le permit pas.

Le monument a été détruit en 1792, et les quatre esclaves ont été transportés aux Invalides; la statue équestre, qui orne aujourd’hui la place des Victoires, date de 1821, c’est l’ouvrage du sculpteur Bûsio.

4. La place Vendôme occupe l’emplacement de l’hôtel Vendôme et du couvent des Capucines. En 1686, Louvois fit bâtir, sur les dessins de Hardouin Mansard, une place à la gloire de Louis XIV ; elle fut décorée d’une statue en bronze du roi, fondue par Keller d’après Girardon, haute , avec son piédestal, de cinquante-deux pieds, et qui fut inaugurée avec des cérémonies si pompeuses pe Louis XIV en fut mécontent.

iOO SIÈCLE DE LOUIS XIV.

pieds du clément Henri IV et de Louis XIII, à Paris; on en voit à Livourne sous la statue de Ferdinand de Médicis, qui n’enchaîna assurément aucune nation ; on en voit à Berlin sous la statue d’un électeur ^ qui repoussa les Suédois, mais qui ne fit point de conquêtes.

Les voisins de la France, et les Français eux-mêmes, ont rendu très-injustement Louis XIV responsable de cet usage. L’inscription Viro immortali, A Vhomme immortel, a été traitée d’idolâtrie comme si ce mot signifiait autre chose que l’immortalité de sa gloire. L’inscription de Viviani, à sa maison de Florence, Ædes à deo dalæ, Maison donnée par un dieu, serait bien plus idolâtre : elle n’est pourtant qu’une allusion au surnom de Dieu-donné, et au vers de Virgile, dcus noUs hæc otia fecit -;Égl. I, V. 6).

A l’égard de la statue de la place de Vendôme®, c’est la ville qui l’a érigée. Les inscriptions latines qui remplissent les quatre faces de la base sont des flatteries plus grossières que celles de la place des Victoires. On y lit que Louis XIV ne prit jamais les armes que malgré lui. Il démentit bien solennellement cette adulation au lit de la mort, par des paroles dont on se souviendra plus longtemps que de ces inscriptions ignorées de lui, et qui ne sont que l’ouvrage de la bassesse de quelques gens de lettres.

Le roi avait destiné les bâtiments de cette place pour sa bibliothèque publique. La place était plus vaste ; elle avait d’abord trois faces, qui étaient celles d’un palais immense dont les murs étaient déjà élevés, lorsque le malheur des temps, en 1701, força la ville de bâtir des maisons de particuliers sur les ruines de ce palais commencé. Ainsi le Louvre n’a point été fini ; ainsi la fontaine et l’obélisque que Colbert voulait, faire élever vis-à-vis le portail de Perrault n’ont paru que dans les dessins; ainsi le beau portail de Saint-Gervais est demeuré offusqué^; et la plupart des monuments de Paris laissent des regrets.

1. Frédéric-Guillaume, le grand électeur(1640-1688), notre ennemi pendant la guerre de Hollande.

2. Il y eut alors des preuves nombreuses de ces flatteries, voisines de l’idolâtrie; la cour traitait Louis XIV en demi-dieu; Paris lui décernait officiellement le nom de Grand ; les plus grands écrivains préconisaient les vertus du roi, et érigeaient en dogme l’autorité absolue du souverain. Le roi fut lui-même ébloui de sa gloire et de cette adoration universelle; on le vit chan-

ter avec des pleurs d’attendrissement les hymnes composés par Qiiinault.

t Trop est trop, » comme l’écrivait de Sévigné en 1685.

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