CHAPITRE XXVIII
Nous avons aussi rapporté ailleurs^ que le même homme, ayant remarqué qu’un bois assez grand, au bout du canal de Fontainebleau, déplaisait au roi, prit le moment d’une promenade, et, tout étant préparé, il se fit donner un ordre de couper ce bois, et on le vit dans l’instant abattu tout entier. Ces traits sont d’un courtisan ingénieux, et non pas d’un flatteur
On a accusé Louis XIV d’un orgueil insupportable, parce que la base de sa statue, à la place des Victoires, est entourée d’esclaves enchaînés. Mais ce n’est point lui qui fit ériger cette statue^, ni celle qu’on voit à la place Vendôme*. Celle de la place des Victoires est le monument de la grandeur d’àme et de la reconnaissance du premier maréchal de La Feuillade pour son souverain. Il y dépensa cinq cent mille livres, qui font près d’un million aujourd’hui; et la ville en ajouta autant pour rendre la place régulière. Il parait qu’on a eu également tort d’imputer à Louis XIV le faste de cette statue, et de ne voir que de la vanité et de la flatterie dans la magnanimité du maréchal.
On ne parlait que de ces quatre esclaves; mais ils figurent des vices domptés, aussi bien que des nations vaincues; le duel aboli, l’hérésie détruite : les inscriptions le témoignent assez. Elles célèbrent aussi la jonction des mers, la paix de Nimègue; elles parlent de bienfaits plus que d’exploits guerriers. D’ailleurs c’est un ancien usage des sculpteurs de mettre des esclaves aux pieds des statues des rois. Il vaudrait mieux y représenter des citoyens libres et heureux ; mais enfin on voit des esclaves aux
osât encore paraître devant Votre Majesté? Elle vous avait déplu. »