‹ Sicle de Louis XIVChapitre 366 sur 447 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

les manufactures * ; rordonnance c^iminelle^ le code du commerce®, celui de la marine*, tout cela se suivit presque d’année en année. Il y eut même une jurisprudence nouvelle, établie en faveur des nègres de nos colonies, espèces d’hommes qui n’avaient pas encore joui des droits de Thumanité

Une connaissance approfondie de la jurisprudence n’est pas le partage d’un souverain ; mais le roi était instruit des lois principales : il en possédait l’esprit, et savait ou les soutenir ou les mitiger à propos. Il jugeait souvent les causes de ses sujets, non-seulement dans le conseil des secrétaires d’État, mais dans celui qu’on appelle le conseil des parties^. Il y a de lui deux jugements célèbres, dans lesquels sa voix décida contre lui-même.

Dans le premier, en 1680, il s’agissait d’un procès entre lui et des particuliers de Paris qui avaient bâti sur son fonds. Il voulut que les maisons leur demeurassent avec le fonds qui lui appartenait, et qu’il leur céda.

L’autre regardait un Persan, nommé Roupli, dont les marchandises avaient été saisies par les commis de ses fermes en 1687. Il opina que tout lui fût rendu, et y ajouta un présent de trois mille écus. Roupli porta dans sa patrie son admiration et sa reconnaissance. Lorsque nous avons vu depuis à Paris l’ambassadeur persan, Mehemet Rizabeg, nous l’avons trouvé instruit dès longtemps de ce fait par la renommée.

L’abolition des duels fut un des plus grands services rendus à la patrie. Ces combats avaient été autorisés autrefois par les rois, par les parlements mêmes et par l’Lglise^*, et, quoiqu'ils

1. Le premier règlement de Colbert sur les manufactures est du 8 avril 1666 ; les statuts des diverses branches d’industrie se succédèrent rapidement. Tout fut réglementé avec un soin minutieux qui plus tard a donné lieu à beaucoup d’embarras et à beaucoup d’attaques, mais qui, pour le moment, contribua beaucoup aux progrès de l’industrie française.

2. L’ordonnance criminelle fut publiée en août 1670 ; beaucoup d’abus de détail sont corrigés, mais c’est la moins hardie et la moins louable des réformes de Colbert.

3. L’ordonnance du commerce ne parut qu’en 1673; c’est un véritable code en douze titres, dont les dispositions sont sages et libérales.

4. L’ordonnance de la marine fut publiée en août 1681. Divisée en cinq li-

vres, elle traite de tous les degrés de la hiérarchie, depuis l’amiral jusqu’au matelot, et dicte à chacun ses devoirs; elle est restée la base de tous les progrès futurs, le point de départ de tous les codes maritimes modernes.

5. L’édit sur la police des îles d’Amérique, ou Code noir, préparé par Colbert, ne fut rendu qu’en 1685. Il est encore bien dur, mais constate un véritable progrès ; les lois doivent être longtemps supérieures aux mœurs de la société coloniale.

6. Le Conseil des parties, ou conseil privé, était présidé ou censé présidé par le roi, qui dans le premier cas décidait seul, après discussion. Voir page 33, note 3.

7. L’Eglise a pu tolérer, aux époques barbares du moyen âge, mais n’a jamais autorisé le duel. Agobard, arche-

fussent défendus depuis Henri IV, cette funeste coutume subsistait plus que jamais. Le fameux combat de La Frette, de j

quatre contre quatre, en 1663, fut ce qui détermina Louis XIV j

à ne plus pardonner. Son heureuse sévérité corrigea peu à peu i notre nation, et même les nations voisines, qui se conformèrent | à nos sages coutumes, après avoir pris nos mauvaises. Il y a dans l’Europe cent fois moins de duels aujourd hui que du temps de Louis XIII L

Législateur de ses peuples, il le fut de ses armées^. Il est étrange qu’avant lui on ne connût point les habits uniformes dans les troupes. Ce fut lui qui, la première année de son administration, ordonna que chaque régiment fût distingué par la couleur des habits ou par différentes marques; règlement adopté bientôt par toutes les nations. Ce fut lui qui institua les |

brigadiers^, et qui mit les corps dont la maison du roi est formée ;

sur le pied où ils sont aujourd’hui^. Il fit une compagnie des ’

mousquetaires des gardes du cardinal Mazarin, et fixa à cinq cents hommes le nombre des deux compagnies, auxquelles il donna l’habit qu’elles portent encore

Sous lui plus de connétable®, et après la mort du duc d’É- |

pernon, plus de colonel général de l’infanterie’^, ils étaient trop ,

maîtres : il voulait l’être, et le devait®. Le maréchal de Gramont, '

simple mestre de camp des gardes françaises sous le duc |

d’Épernon, et prenant l’ordre de ce colonel général, ne le prit I

plus que du roi, et fut le premier qui eut le nom de colonel des |

gardes. Il installait lui-même ces colonels à la tête du régi-

vêque de Lyon au xi® siècle, et depuis, les théologiens, les papes, les conciles, ont souvent proscrit le duel.

1. Voltaire exagère un peu. Malgré la sévérité des ordonnances, malgré les médailles frappées pour célébrer l’extinction de cette fureur homicide, les duels, devenus plus rares, il est vrai, et moins scandaleux, ne disparurent pas; Louis XIV pensait autrement, à cet égard, comme homme que comme législateur.

2. Les réformes dans l’armée furent surtout l’œuvre de Louvois.

3. Les brigadiers ou généraux de brigade, créés en 1668, se sont confondus dans la suite avec les maréchaux de camp. On pouvait devenir brigadier, sans être force d’acheter un régiment; ainsi Martinet, Catinat, Vauban, le furent, sans avoir été colonels.

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