CHAPITRE XXIX
core plus grande que la magnificence de François 1°*' pour Raphaël. Le Rernin, par reconnaissance, fit depuis à Rome la statue équestre du roi, qu’on voit à Versailles. Mais quand il arriva à Paris avec tant d’appareil, comme le seul homme digne de travailler pour Louis XIV, il fut bien surpris de voir le dessin de la façade du Louvre, du côté de Saint-Gcrmain-l’Auxerrois, qui devint bientôt après dans l’exécution un des plus augustes monuments d’architecture qui soient au monde. Claude Perrault^ avait donné ce dessin, exécuté par Louis Le vau et Dorbay. Il inventa les maebines avec lesquelles on transporta des pierres de cinquante-deux pieds de long, qui forment le fronton de ce majestueux édifice On va chercher quelquefois bien loin ce qu’on a chez soi. Aucun palais de Rome n’a une entrée comparable à celle du Louvre, dont on est redevable à ce Perrault que Roileau osa vouloir rendre ridicule. Ces vignes si renommées sont, de l’aveu des voyageurs, très-inférieures au seul château de Maisons, qu’avait bâti François Mansard à si peu de frais. Bernini fut magnifiquement récompensé, et ne mérita pas ses récompenses : il donna seulement des dessins qui ne furent pas exécutés.
Le roi, en faisant bâtir ce Louvre dont l’achèvement est tant désiré, en faisant une ville à Versailles près de ce château qui a coûté tant de millions, en bâtissant Trianon, Marly^, et en faisant embellir tant d’autres édifices, fit élever l’Observatoire commencé en IGGG, dès le temps qu’il établit l’accadémie des sciences. Mais le monument le plus glorieux par son utilité, par sa grandeur et par ses difficultés, fut ce canal du Languedoc
1. Claude Perrault, dit Voltaire, né à Paris en 1613, mort en 1688, fut médecin, mais n’exerça la médecine que pour ses amis. Il devint, sans aucun maître, habile dans tous les arts qui ont rapport au dessin, et dans les arts mécaniques. Bon physicien, grand architecte, il travailla sous la protection de Colbert et eut de la réputation malgré Boileau, etc.
2. De 1666 à 1670, Perrault éleva la fameuse colonnade du Louvre, et commença les deux façades extérieures du nord^et du sud; puis les travaux du Louvre furent délaissés, abandonnés, malgré Colbert, pour le palais de Versailles. Le Louvre a été terminé de nos jours; un décret du 19 mars 1852, en a ordonné l’achèvement, et en 1856 tous les grands travaux d’architecture et de
sculpture au dedans étaient terminés.
3. Versailles est l’œuvre capitale et personnelle du règne de Louis XIV; il a coûté très-cher à la France, mais on a singulièrement exagéré les dépenses ; il paraît que les frais de constrution, de décoration et d’ameublement du palais et de ses dépendances s’élevèrent à environ ccntdix millions de l’époque.
Marly, pour qui Louis XIV, dit Saint- Simon, dépensa des milliards^ n’a coûté de 1669 à 1690 que 4 millions 1/2 et peut-être un peu plus de 1690 à 1715.
4. L’Observatoire fut construit, de 1667 à 1674, sur les dessins de Claude Perrault. C’est un monument très-simple, formé d’un bâtiment carré avec des tours octogones au midi; il a reçu depuis cinquante ans de nombreuses améliorations.
qui joint les deux mers S et qui tombe dans le port de Cette, construit pour recevoir ses eaux. Tout ce travail fut commencé dès 1664, et on le continua sans interruption jusqu'en 1681. La fondation des Invalides et la chapelle de ce bâtiment, la plus belle de Paris l’établissement de Saint-Cyr, le dernier de tant d’ouvrages construits par ce monarque, suffiraient seuls pour faire bénir sa mémoire^. Quatre mille soldats et un grand nombre d’officiers, qui trouvent dans l’im de ces grands asiles une consolation dans leur vieillesse et des secours pour leurs blessures et pour leurs besoins, deux cent cinquante filles nobles, qui reçoivent dans l’autre une éducation digne d’elles, sont autant de voix qui célèbrent Louis XIV. L’établissement de Saint-Cyr sera surpassé par celui que Louis XV vient de former pour élever cinq cent gentilshommes ^ ; mais loin de faire oublier Saint-Cyr, il en fait souvenir : c’est l’art de faire du bien qui s’est perfectionné.
Louis XIV voulut en même temps faire des choses plus grandes et d’une utilité plus générale, mais d’une exécution plus difficile : c’était de réformer les lois Il y fit travailler le chancelier Séguier, les Lamoignon, les Talon, les Bignon, et surtout le conseiller d’État Pussort. Il assistait quelquefois à leurs assemblées. L’année 1667 fut à la fois l’époque de ses premières lois et de ses conquêtes. L’ordonnance civile® parut d’abord, ensuite le code des eaux et forêts"^, puis des statuts pour toutes
1. Le canal du Languedoc, ouvrage du célèbre Riquet, unit la Garonne, l’Aude et l’Hérault, au moyen de soixante-quinze écluses ; commencé en 1666, achevé en 1681, il a coûté 17 millions de l’époque.
2. L’hôtel des Invalides fut construit de 1670 à 1674 ; c’est l’œuvre de Bruant. L’église ne fut terminée par Jules Mansard que trente ans plus tard; la chapelle, sans être la plus belle de Paris, est surmontée d’un dôme et d’une flèche hardie, l’un des ornements de la capitale. Le dôme recouvre les restes de Napoléon, pour lequel on a construit un magnifique tombeau.
3. « L’abbé de Saint-Pierre critique et établissement, que presque toutes
les nations ont imité. » (Note de Voltaire.) Voltaire a combattu à plusieurs reprises les critiques de cet abbé ; elles
f»arurent si exagérées que ses confrères e bannirent de l’Académie française.
4. C’est l’Ecole militaire, fondée en 1751, à l’extrémité méridionale du Champ-de-Mars. L’institution, trans-
férée de nos jours à Saint-Cyr, est ouverte à toutes les conditions, après examen.
5. Colbert voulait réformer les lois afin de rendre le corps des ordonnances aussi complet que celui de Justinien pour le droit romain, et même réduire tout le royaume sous même loi, même mesure, même poids. Louis XIV, à cet effet, institua un conseil de justice sous la présidence du chancelier; on voyait parmi les membres le premier président de Lamoignon, les avocats généraux Talon et Bignon, et surtout l’oncle de la femme de Colbert, le vieux et rigide conseiller d’Etat, Pussort. Après de sérieuses discussions, s’jl s’élevait quelque difficulté raisonnable^ elle était rapportée au roi qui décidait.
6. L’ordonnance civile ou code Louis (avril 1667) est un véritable code do procédure en trente-cinq livres.
7. L’ordonnance des eaux et forêts (août 1669) est une œuvre fort remarquable, que le code forestier de 1827 n’a pas fait oublier.