‹ Sicle de Louis XIVChapitre 368 sur 447 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

ment, en leur doniiaiU de sa main un liausse-col doré avec une pique et ensuite un esponton^, quand l’usage des piques fut aboli. Il institua les grenadiers d’abord au nombre de quatre par compagnies dans le régiment du roi, qui est de sa création; ensuite il forma une compagnie de grenadiers dans chaque régiment d’infanterie; il en donna deux aux gardes françaises; maintenant il y en a, dans toute l’infanterie, une par bataillon. Il augmenta beaucoup le corps des dragons^ et leur donna un colonel général. Il ne faut pas oublier l’établissement des haras en 1667. Ils étaient absolument abandonnés auparavant, et ils furent d’une grande ressource pour remonter la cavalerie : ressource importante, depuis trop négligée.

L’usage de la baïonnette au bout du fusil est de son institution^ Avant lui on s’en servait quelquefois, mais il n’y avait que quelques compagnies qui combattissent avec cette arme. Point d’usage uniforme, point d’exercice; tout était abandonné à la volonté du général. Les piques passaient pour l’arme la plus redoutable. Le premier régiment qui eut des baïonnettes et qu’on forma à cet exercice fut celui des fusiliers, établi en 1671.

La manière dont l’artillerie est servie aujourd’hui lui est due tout entière Il en fonda des écoles à Douai, puis à Metz et à Strasbourg; et le régiment d’artillerie s’est vu enfin rempli d’officiers presque tous capables de bien conduire un siège. Tous les magasins du royaume étaient pourvus, et on distribuait tous les ans huit cents milliers de poudre. Il forma un régiment de bombardiers et un de houssards ® : avant lui on ne connaissait les houssards que chez les ennemis.

11 établit en 1688 trente régiments de milice, fournis et

1. Le hausse-col, souvenir de l’ancienne cuirasse, était le symbole du commandement. L’esponton était une demi-pique, longue de deux mètres" et demi, dont l’usage dura jusqu’en 1756.

2. Les grenadiers étaient une troupe d’élite, qui, outre les armes ordinaires, portait des grenades, et les lançaient au milieu des ennemis.

3. Les dragons avaient été établis sous Henri II; ils adoptèrent ce nom, pour marquer leur activité et se comparer aux monstres de la fable, également redoutables dans Tair, sur terre et sur mer. C’était une cavalerie légère qui parfois faisait le service de l’infanterie, et, au besoin, dans les sièges, faisait l’office de tirailleurs.

4. C’est seulement en 1699 qu’on adapta la baïonnette au fusil, à l’aide d’une douille.

5. L’artillerie avait été jadis confiée aux Suisses, puis aux lansquenets; en 1671, on créa un premier régiment spécialement chargé de défendre et de servir les canons ; en 1693, il prit le nom de royal- artillerie.

6. Il y avait eu déjà sous Richelieu de la cavalerie hongroise. Louvois forma définitivement en 1691 des compagnies de hussards, ainsi nommés du hongrois housz, vingtième, parce que, pour former ces corps, la noblesse hongroise équipait un homme par vingt feux.

équipés par les communautés ^ Ces milices s’exerçaient à la guerre sans abandonner la culture des campagnes. i

Des compagnies de cadets ^ furent entretenues dans la plupart des places frontières : ils y apprenaient les mathématiques, le dessin et tous les exercices, et faisaient les fonctions de soldats. Cette institution dura dix années. On se lassa enfin de cette ,

jeunesse trop difficile à discipliner ; mais le corps des ingénieurs |

que le roi forma, et auquel il donna les règlements qu’il suit encore, est un établissement à jamais durable^. Sous lui, l’art de fortifier les places fut porté à la perfection par le maréchal de Vauban et ses élèves, qui surpassèrent le comte de Pagan Il construisit ou répara cent cinquante places de guerre.

Pour soutenir la discipline militaire, il créa des inspecteurs généraux, ensuite des directeurs, qui rendirent compte de l’état des troupes ; et on voyait, par leur rapport, si les commissaires des guerres avaient fait leur devoir.

Il institua l’ordre de Saint-Louis^, récompense honorable, plus briguée souvent que la fortune. L’hôtel des Invalides mit le comble aux soins qu’il prit pour mériter d’être bien servi.

C’est par de tels soins que, dès l’an 1672, il eut cent quatrevingt mille hommes de troupes réglées, et qu’augmentant ses forces à mesure que le nombre et la puissance de ses ennemis augmentaient, il eut enfin jusqu’à quatre cent cinquante mille hommes en armes, en comptant les troupes de la marine.

Avant lui on n’avait point vu de si fortes armées. Ses ennemis lui en opposèrent à peine d’aussi considérables; mais il fallait qu’ils fussent réunis. Il montra ce que la France seule pouvait; et il eut toujours ou de grands succès ou de grandes | ressources.

11 fut le premier qui, en temps de paix, donna une image et une leçon complète de la guerre. Il assembla à Compiègiie

1. On dirait aujourd’hui^^a?’ /es communes. Ces milices étaient tirées au sort; c’était une cause de désolation dans les campagnes et souvent de querelles sanglantes avec ceux qui étaient chargés de mettre à exécution ces tirages forcés.

2. C’étaient des cadets de familles nobles, destinés à être officiera.

3. Grâce à cette institution, Vauban, capitaine à quarante et un ans, en 1674 put être mis à sa place.

4. Le comte de Pagan (1604-1665), auteur d’un Traité des fortifications ^

passait pour le meilleur ingénieur du temps de Richelieu et de Mazarin ; il est intermédiaire entre Evrard, l’ingénieur de Henri IV, et Vauban, qui l’a bien surpassé.

5. Cet ordre fut institué par édit du 10 mai 1693; le mérite et les services étaient les seules conditions exigées.

On distribua des médailles aux simples marins, qui se distinguaient, et de grandes croix en cuivre, de la forme des croix de Saint-Louis, furent suspendues aux mâts des navires qui avaient livré de beaux combats.

Page 1