CHAPITRE XXIX
soixante-dix mille hommes, en 1G98. On y fit toutes les opérations d’une campagne. C’était pour l’instruction de ses trois petits-fils. Le luxe fit une fête somptueuse de cette école militaire L
Cette même attention qu’il eut à former des armées de terre nombreuses et bien disciplinées, même avant d’être en guerre, il l’eut à se donner l’empire de la mer. D’abord le peu de vaisseaux que le cardinal Mazarin avait laissés pourrir dans les ports sont réparés. On en fait acheter en Hollande, en Suède; et, dès la troisième année de son gouvernement, il envoie ses forces maritimes s’essayer à Gigeri, sur la côte d’Afrique Le duc de Beaufort purge les mers de pirates, dès l’an 1665; et, deux ans après, la France a dans ses ports soixante vaisseaux de guerre. Ce n’est là qu’un commencement : mais, tandis qu’on fait de nouveaux règlements et de nouveaux efforts, il sent déjà toute sa force. Il ne veut pas consentir que ses vaisseaux baissent leur pavillon devant celui d’Angleterre En vain le conseil du roi Charles II insiste sur ce droit, que la force, l’industrie et le temps avaient donné aux Anglais. Louis XIV écrit au comte d’ Estrades, son ambassadeur : a Le roi d’Angleterre et son chancelier peuvent voir quelles sont mes forces; mais ils ne voient pas mon cœur. Tout ne m’est rien à l’égard de l’honneur. »
Il ne disait que ce qu’il était résolu de soutenir ; et en effet l’usurpation des Anglais céda au droit naturel et à la fermeté de Louis XIV. Tout fut égal entre les deux nations sur la mer. Mais, tandis qu’il veut l’égalité avec l’Angleterre, il soutient sa supériorité avec l’Espagne. Il fait baisser le pavillon aux amiraux espagnols devant le sien, en vertu de cette préséance solennelle accordée en 1662*.
Cependant on travaille de tous côtés à l’établissement d’une marine capable de justifier ces sentiments de hauteur. On bâtit la ville et le port de Rochefort, à l’embouchure de la Charente.
1. Saint-Simon a donné de curieux détails sur la magnificence du camp de Compiègne : « Non-seulement il n’y eut rien de si parfaitement beau que toutes les troupes, et toutes à tel point qu’on ne sut à quels corps en donner le prix ; mais leurs commandants ajoutèrent à la beauté majestueuse et guerrière des hommes, des armes, des chevaux, les parures et les magnificences de la cour, et les officiers s’épuisèrent encore par des uniformes qui auraient
pu orner des fêtes. Le maréchal de Boufflers étonna surtout par ses dépenses. « Le roi voulut montrer des images de tout ce qui se fait à la guerre ; on fit donc le siège de Compiègne dans les formes, mais fort abrégées; lignes, tranchées, batteries, sapes, etc. »