CHAPITRE XXX
arguments captieux persuadèrent ce paradoxe ridicule à ceux qui voulurent être persuadés. C'est ainsi qu’en Angleterre, dans les temps les plus florissants, on voit cent papiers publics qui démontrent que l’État est ruiné.
Il était plus aisé en France qu'ailleurs de décrier le ministère des finances dans l’esprit des peuples. Ce ministère est le plus odieux, parce que les impôts le sont toujours : il régnait d’ailleurs en général dans la finance^ autant de préjugés et d’ignorance que dans la philosophie.
On s’est instruit si tard que, de nos jours même, on a entendu, en 1718, le Parlement en corps dire au duc d’Orléans, que (( la valeur intrinsèque du marc d’argent est de vingt-cinq livres ; » comme s’il y avait une autre valeur réelle intrinsèque que celle du poids et du titre : et le duc d’Orléans, tout éclairé qu’il était, ne le fut pas assez pour relever cette méprise du Parlement.
Colbert arriva au maniement des finances avec de la science et du génie Il commençât, comme le duc de Sully, par arrêter les abus et les pillages, qui étaient énormes. La recette fut simplifiée autant qu’il était possible; et, par une économie qui tient du prodige, il augmenta le trésor du roi en diminuant les tailles 3. On voit, par l’édit mémorable de 1664, qu’il y avait tous les ans un million de ce temps-là destiné à l’encouragement des manufactures et du commerce maritime. Il négligea si peu les campagnes, abandonnées jusqu’à lui^ à la rapacité des traitants, que des négociants anglais s’étant adressés à M. Colbert de Croissy, son frère, ambassadeur à Londres, pour fournir en France des bestiaux d’Irlande et des salaisons pour les colonies, en 1667, le contrôleur général répondit que depuis quatre ans on en avait à revendre aux étrangers.